PRÉFACE V
de la liberté, soit par crainte d'une emprise qu'il redoute, soit par orgueil ou vanité d'un chef d'école, Victor Hu go s'écarte alors du christianisme; ceci n'entrait plus dans le plan de notre travail et nous n'aAions pas à nous demander, — pour le moment, — les raisons qui l'ont porté à s'éloigner d'une religion dont il avait chanté la poésie.
Fidèle à notre propos délibéré d'équité et de prudence nous n'avons point non plus voulu établir tout ce que Victor Hugo ignorait des dogmes catholiques. Parce qu'il ne parle point de telle ou telle vérité, il serait erroné de prétendre qu'il n'en était pas instruit ; cependant ce qu'il ne connaît pas nous paraît l'emporter de beaucoup sur ce qu'il connaît.
Et ainsi menée cette étude a pu nous conduire à des conclusions assez précises sur la formation des idées religieuses de Victor Hugo. A quelles conclusions ? Nous montre -t-elle chez le poète une forte dose de sentiment chrétien ? Il ne nous a point paru. Victor Hugo, tout le monde le reconnaît, fut un déiste, un croyant à l'immortalité de l'âme. Dans ses Odes et Ballades, il a chanté, à la suite de Chateaubriand, la Trinité, le péché originel, la Rédemption, la divinité du Christ, mais ce sont là purement et simplement des thè mes littéraires qu'il lui plaît de développer. On peut admettre qu'il y ait de sa part une adhésion « sentimentale > à une religion qui berce nos douleurs, ennoblit notre vie, élève notre idéal; une adhésion « esthétique !> à une religion qui inspire tous les arts, crée les plus beaux monuments, tous ces trésors, objets de l'admiration de nos yeux; une adhésion « sociale » à une religion qui a fait la France grande et belle, a renouvelé sans cesse à travers les siècles l'énergie morale, la vigueur nationale. Tout cela ne vaut pas un atome de cette foi qui vivifie tous les actes du chrétien et qui ne semble point avoir inspiré sa muse.
Pour s'en convaincre, que l'on compare ses meilleures odes avec les chœurs d'Afhalie. Les différences sautent