L INFLUENCE MATERNELLE Ô
Comte de Grasse (juin 1782) Sophie fut placée dans le pensionnat de Mme Menant-Dugué. Quel était l'esprit de cette institution, nous l'ignorons absolument ; Sophie d'ailleurs n'y resta pas longtemps ; après la mort de son père, elle rentra chez son gi'and-pèrc maternel, M^ Lenormand- Dubuisson. Celui-ci, qui avait sur les bras les cinq enfants du capitaine Trébuchet, confia de bonne heure Sophie à Mme Robin, qui était sa tante et en même temps sa marraine(l). Ses deux sœurs, Renée-Rose et Madeleine- Françoise, qui avaient trois et quatre ans de plus qu'elle, furent recueillies par leur tante Trébuchet ; leur oncle, René-Pierre Lenormand, procureur au Parlement de Rennes, paya leur pension (2). Elles étaient très pieuses, comme l'affirment les papiers de la famille Trébuchet et un journal inédit composé par une cousine de V. Hugo, Joséphine Allory, en religion sœur St-Stanislas, ursuline à Nantes. L'auteur de Victor Hugo raconté appuie beaucoup sur leur dévotion et sur le contraste qui existait entre elles et Sophie(3). Victor Hugo avait raison cette fois. Son affirmation n'est évidemment que l'écho des récits maternels et une preuve que Sophie ne partageait point les idées religieuses de ses sœurs. Celles-ci les avaient puisées auprès de leur tante Trébuchet et elles avaient su garder précieusement les principes de religion qu'on leur avait donnés ( 4 ) .
(1) « Ma tanle Robin me prit chez elle », écrira plus tard Sophie à son frère {Lettre inédite du 12 Avril 1809). Marie-Joseph lui répondra dans le même sens : « Toi seule, tu n'as point été à la charge de notre grand-père... lia considéré que tu avais reçu chez Mme Robin, notre tante commune, les frais qu'il m'a donnés à moi-môme » (Lettre inédite du 20 Avril 1809).
(2) Lettre de Sophie du 12 Avril 1809.
(3) Victor Hugo raconté, t. 1, ch. IL p. 14.
(4) Renée-Rose dut mourir assez jeune. Elle vivait encore en 1784 au moment du décès de son père, mais elle était morte probablement au commencement de la Révolution, en tout cas elle n'existait plus au moment du mariage de Sophie (1797). Car celle-ci n'en fait aucune mention dans les lettres qu'elle adresse de Paris à sa famille après son mariage. Madeleine-Françoise alla rejoindre en 1787 ou 1788 sa tante Rose Lenormand-Dubuisson chez les Ursulines. Son oncle Lenormand, de Rennes, s'était engagé à payer la moitié de sa dot et sa pension de noviciat; son grand-père avait compté l'autre moitié (Lettre de Sophie Hugo à Marie-Joseph Trébuchet, 12 avril 1809, et Lettre de Marie-Joseph Trébuchet à Sophie, 20 Avril 1809).
Rose Lenormand-Dubuisson et Madeleine-Françoise Trébuchel n'ont dû avoir aucune influence sur Sophie, trop jeune encore au moment où elles quittèrent le monde pour aller au couvent. Il semble d'un autre côté que de bonne heure deux courants s'établirent dans la famille, l'un religieux que suivirent Rose Lenormand-Dubuisson et Madeleine-Françoise Trébuchet, l'autre voltairien, irréligieux, puis révolutionnaire qui entraîna Mme Robin, M^ Lenormand-Dubuisson et, à leur suite, Sophie.
Car c'est en 1784 ou 1785, vers l'âge de douze ans que Sophie fut confiée à Mme Robin ; si elle n'habita pas toujours avec elle^ si parfois elle donna quelques parcelles de son temps à son grand -père Lenormand, elle ne quitta définitivement sa tante qu'au moment de son mariage. C'est bien chez Mme Robin, comme nous le verrons, à Châteaubriant probablement, que le capitaine Hugo fit connaissance de Sophie. Quelles leçons lui donna sa marraine, nous ne le savons pas d'une manière très certaine, peut-être cependant pouvons-nous le conjecturer, nous appuyant sur quelques faits et sur les souvenirs de la famille Trébuchet. Ceux-ci en effet sont constants. Hs affirment que iMme Robin était une voltairienne qui fréquentait assidûment les théâtres de Nantes, aimait à lire les philosophes et les romanciers du xyiii^ siècle.
Françoise Trébuchet, sœur du capitaine Jean-François, était née à la Chapelle-Glain (diocèse de Nantes) le 10 mai 1721. Elle épousa, le 3 juin 1747, René Antoine Robin, de St-Julien-de-Vouvantes, près de Château briant. Robin appartenait à une vieille famille de procureurs : procureur et notaire lui-même, il avait des intérêts à Châteaubriant el: dans les communes voisines. Il la laissa veuve d'assez bonne heure avec une fille qui se maria, en janvier 1778, à Louis-François Mathis, négociant à Nantes ( 1 ) .
(1) Mme Robin possède du fait, de son mari, la closerie de la Ghampolière en Saint-Julien de Vouvantes qu'elle vend en 1786. A Saint-Sulpice d'Auverné elle achète à sa nièce Jeanne l'Hôtellier (mars 1786) le bien patrimonial des Trébuchet, l'Hôtel Guillaume Roux ; elle le vend en avril 1787, mais elle garde