‹ Victor HugoChapitre 6 sur 30 · L INFLUENCE MATERNELLE · texte numérisé non relu

L INFLUENCE MATERNELLE

Tous ces détails sont un peu fastidieux mais ils ont leur utilité en nous permettant de connaître la jeunesse de Sophie Trébuchet et les influences religieuses ou littéraires que les lieux ou les personnes ont pu avoir sur elle et plus tard sur ses fils eux-mêmes.

Mme Robin avait soixante ans au moment où Sophie lui fut confiée (1784 ou 1785), mais elle était encore dans toute la vigueur de l'âge car elle devait mourir à Châteaubriant le 20 juin 1810 à 86 ans. Elle n'était point riche puisque Sophie prétendra plus tard qu'elle n'avait que six cents livres de rentes ( 1 ) mais elle savait très bien gérer sa maigre fortune, aussi Sophie regrettera que « son petit avoir ne lui eût pas été confié : il eût sûrement triplé de valeur (2). » C'est auprès de Mme Robin que Sophie apprit l'économie qui lui permettra plus tard, avec les faibles sommes que lui donnera son mari, d'élever et de faire instruire ses enfants ; sa tante lui enseigne aussi cette entente des affaires que nous révèle toute sa correspondance de 1809 avec son frère Marie- Joseph, à propos de la succession de son grand -père Lenormand. Sophie à son tour deviendra en cette matière, où Victor Hugo se montrera un maître, une excellente éducatrice.

Mme Robin, vers 1780, s'était fixée à Nantes mais elle allait passer la belle saison à Auverné et à Châteaubriant et elle emmenait Sophie dans ses déplacements. C'est grâce à leurs voyages que Sophie a gardé de ce pays un souvenir si profond. N'est-ce pas en raison des récits que Sophie fait à ses enfants de ses promenades à Auverné que nous trouvons si souvent ce nom sous la plume des fils Hugo. Victor l'emprunte pour signer plus d'un article du Conservateur littéraire. Le héros de la deuxième version de Bug-Jargal est le capitaine Léopold d'Auverney. Abel,

à Auverné la maison de la Tannerie, les prés et les terres qui en dépendent. Elle cède plus tard ces biens à sa fille, puisque Mme Mafhis les vend le 16 mai 1791. tout en se réservant pendant dix ans la jouissance d'une chambre haute dans ladite maison.

(1) Lettre de Sophie à Marie-Joseph Trébuchet, 12 avril 1809 (partie inédite).

(2) Même lettre, 12 avril 1809.

b CHAPITRE PREMIER

à son tour, a donné dans le Conservateur littéraire le récit d'un voyage à Auverney et plusieurs détails assez bien observés ont dû être \tis par les yeux de Sophie, puisque, ni Abel, ni ses frères ne connaissaient Auverné. Sophie, à l'époque où, avec Mme Robin, elle visita ces lieux, était en effet à un âge où les impressions reçues se gravent profondément dans l'âme. Les conseils, les enseignements de sa tante — qui pour elle était une seconde mère — avec qui elle fut longtemps en contact journalier — ont pénétré facilement dans son esprit et dans son cœur, aussi bien que la vision du pays d' Auverné.

Mme Robin chercha évidemment à former Sophie à son image. Elle la conduisait au théâtre, lui faisait lire les écrits des philosophes et des romanciers du xviii^ siècle. « Des personnes de la famille maternelle de V. Hugo, « écrit Macé de Challes, nous ont fait connaître un détail « curieux de la jeunesse de sa mère, c'est que celle-ci « avait une véritable passion pour les tragédies de Vol- « taire et qu'à Nantes elle n'avait pas de distraction plus « chère comme jeune fille que d'aller les entendre au « théâtre de la ville. Elle ne se contentait pas de les « voir jouer, et quoique peu lettrée, elle en apprenait et « elle en récitait des tirades entières ( 1 ) . » Même après son mariage elle ne perdra pas ce goût pour le théâtre que Mme Robin lui avait donné. Son mari, pendant le séjour de quelques années qu'ils firent à Paris, pourra écrire: « Mon épouse... s'est quelquefois distraite à Idalie, « à Mousseaux ou à Tivoli ( 2 ) . >

L'amour pour Voltaire nous le retrouvons chez V. Hugo, car, à part quelques attaques anodines à l'époque où il passe pour catholique et royaliste, V. Hugo estima toujours, cita très souvent, même dans ses premiers écrits, le philosophe de Ferney. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'y revenir.

Sophie a toujours aimé la lecture et les romans. L'au-

(1) Figaro, 15 août 1888.

(2) Lettre de Hugo à Marie-Joseph Trébuchet, 3 février 1799 {Figaro. 8 août 1888).

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