INTRODUCTION XXI
AiDsi dépositaire d'un long travail poétique, Tépopée a pour sujet une lutte, soit la lutte de deux races, soit celle de deux religions ou de deux principes. LJliade est la lutte de la Grèce et de TAsie, les yiebelungen celle des Germains et des Slaves, la Chanson de Roland ou le Poème du Cid celle des Francs ou des Espagnols contre les Sarrasins ; d'autre part, le Râmàyana est la lutte des brahmanes contre les mauvais génies» le Mdhâbhdrala celle des esprits du bien contre les esprits du mal. Or, la conception de ce dernier poème hindou n'est-elle pas la conception même de la L''[]endel Lorsque, dans la Vision qui ouvre le livre, le poète contemple ^ le mur des siècles », il voit ce mur s'ébranler et s'écrouler à la rencontre de l'esprit de rOreslie , c'est-à-dire de la Fatalité, du mal, et de l'esprit de V Apocalypse^ c'est-àdire de Dieu, du bien. La lutte du bien et du mal, voilà l'histoire. Attiré « vers la croyance au Dieu double, vers le redoutable bi-frons des Manichéens », Hugo s'écriait déjà dans les Contemplations :
Est ce qu en nos esprits, que l'ombre a pour repaires, Nous allons voir renli'er les songes de nos pères ?
Destin, lugubre assaut !
O vivants, serions-nous Tobjel d'une dispute ? I/un veut-il notre gloire et Tautre notre chute ?
Combien sont-ils là-haut ?
Jadis, au fond du ciel, aux yeux du mage sombre, Deux joueurs effrayants apparaissaient dans Tombre.
Qui craindre ? qui prier ?
Les Manès frissonnants, les pâles Zoroastres Voyaient deux grandes mains qui déplaçaient les astres
Sur le noir échiquier.
Ces deux grandes mains, Hugo n*a cessé d'en suivre anxieusement des yeux le jeu tragique, et voilà pourquoi s'opposent constamment dans la Légende le mal et