XXII VICTOR HUGO
le bien,la Décadence romaine et le lion d'AndroclèsJes infants de Galice et le chevalier Roland, Joss et Zéno et Éviradnus, lord Tiphaine et Taigle du casque, Ralbert et Tarchange vengeur d'Isora, les enfants qui s'acharnent après le crapaud et Tâne qui refuse de l'écraser, le monstrueux Léviathan de Pleine mer et le sublime aéroscaphe de Plein Ciel,
I Mais, peut on dire, Tépopée doit du moins avoir un héros^ c'est-à-dire un personnage central, autour ou en face duquel l'esprit du lecteur groupe tous les autres, et dont les intérêts, les sentiments, les passions donnent toute leur valeur aux événements qui s'accomplissent : Achille, Ulysse, Roland, Siegfried. — Peutêtre cette loi n'est-elle pas vraiment générale, si le Shah'Nameh^ histoire poétique de la Perse, mérite d être appelé une épopée. Admettons-la cependant. Il y a un héros aussi dans la Légende^ « celte grande figure une et multiple, lugubre et rayonnante, fatale et sacrée, l'Homme d. Prendre THomme à son berceau, montrer sa lente croissance, le peindre accablé par tous les fléaux (polythéisme, superstitions, tyrannies, barbarie
-des codes, guerre, vices, ignorance), mais se relevan t peu à peu et se délivrant ; chanter « Tépanouissement du genre humain de siècle en siècle, Thoriime montant par degrés des ténèbres à Tidéal, la transfiguration paradisiaque de Tenfer terrestre, Téclosion lente et suprême de la liberté, droit pour cette vie, responsabilité pour l'autre » ; au bout de ce drame poignant faire entrevoir le clairon de Tabîme qui sonne, le front mystérieux du juge qui apparaît, et Thomme qui, avec toute la création, s'incline devant le Créateur, tel était le grand et noble dessein du poète : en a-t-on jamais' conçu de plus épi* que? Et je sais bien qu'en dessinant la figure de son
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héros, Hugo a trop appuyé sur certains traits pendant qu'il marquait à peine certains autres; qu'en racontant sa biographie, il y a laissé des lacunes singulières; qu'à force d'être attentif à ses douleurs, il a oublié de noter ses joies; qu il a trop fait retentir son passé du « grand sanglot tragique de Thistoire », en réservant presque au seul avenir la douceur d'entendre un hymne d'espérance et de foi. Ces défauts, très réels, étaient fort excusables en 1859, après la publication fractionnée de la première série; ils le sont moins aujourd'hui, alors qu à deux reprises Hugo a cru compléter son œuvre. Mais la Légende^ répétons-le, n'est pas un poème suivi comme l Iliade; on est moins exigeant pour une mosaïque que pour un tableau, et, quels que soient les défauts du héros choisi parle poète, sa présence constante et ses constants efforts donnent un intérêt puissant à tous les fragments de la grande œuvre qui lui est consacrée.
Cet intérêt est d'autant plus grand, d'ailleurs, qu'involontairement, inconsciemment, le poète agrandit tout, attribue à tout ce qu'il raconte une portée et comme une signification extraordinaires : en quoi il lui échoit d'appliquer encore une loi importante de l'épopée.
« A en juger par les faits, dit Thucydide, la guerre de Troie ne répond pas à sa renommée et à l'opinion que les poètes nous en ont transmise » ; mais Homère a vu dans cette guerre une lutte acharnée de dix ans, le duel de l'Europe et de l'Asie, un divorce entre les puissances célestes elles-mêmes. Le 15 août 778, Roncevaux avait vu un comte de la marche de Bretagne, Roland, surpris et tué par des montagnards basques avec d'autres seigneurs et Tarrière-garde de l'armée franque : la poésie a fait de ce comte obscur le neveu de Charlemagne et