XXVI VICTOR HUGO
veilleux, les Grecs n'auraient pas compris nnelliade où les dieux n'auraient pas été sans cesse mêlés aux hom • mes, ni même — plus tard —une Odyssée où n'auraient pas joué leur rôle Athénè, Hermès, Éole, Poséidon. Nos ancêtres trouvaient tout naturel que la terre tremblât pour annoncer lamort de Roland, que les anges Michel et Gabriel apportassent aux cieuxTâme du héros, qu'une voix céleste annonçât à Charlemagne avide de vengeance la prolongation désirée du jour. Cette jeunesse des peuples terminée, le merveilleux n'était plus possible, sauf dans des imitations et dans des pastiches, à moins... à moins qu'un poète ne se rencontrât qui, par la Qature de son imagination, fût lui aussi un ancien, â qui ses idées et ses croyances rendissent le surnaturel familier, chez qui le merveilleux fût aussi spontané et aussi sincère quechez Homère. Et ce poète a été Victor Hugo.
Acharné, comme un Voltaire, à combattre l'anthropomorphisme des religions révélées et ces nulles qui, d'après lui, ne sont que des réductions de iéternel sur l homme et un masque^ de Vin fini pris sur Vhumnnité, Hugo n'en a pas moins cru en Dieu avec la foi ardente, naïve, indiscrète d'un prophète hébreu, — lui parlant, le suppliant, le gourmandant, et sentant les larmes lui venir aux yeux quand on plaisantait devant lui sur la Providence. Convaincu de l'immortalité de l'âme et adonné aux pratiques du spiritisme, il sentait autour de lui et il plaçait volontiers auprès de ses personnages les âmes de ceux qui n'étaient plus. « Voulez-vous un prêtre? » demande-t-on dans les Misérables à Jean Valjean, l'ancien forçat qui a été ramené au bien par l'évêque Myriel, t Voulez-vous un prêtre ? — J'en ai un. — Et du doigt il sembla désigner un point au-