XXVIII VICTOR HUGO
Jayme, le cœur meurtri, pleure aux genoux delà statue colossale de son père, pourquoi trouverions-nous invraisemblable ce prodige :
Le vieux héros sentit un frisson sur sa joue.
Que dans l'ombre, d*un geste auguste et souverain,
Caressait doucement la grande main d'airain.
Il est donc bien vrai que la Légende des siècles est épique parce qu^elle est conforme aux lois essentielles de Tépopée. El Ton commence à voir qu'elle Test aussi, qu'elle Test surtout parce qu'elle est sortie d'une tête étonnamment épique.
Poésie épique, en effet, est quelque peu synonyme de poésie primitive et grandiose. Le génie de Hugo est grandiose et, bien que Thomme partage les idées et les préjugés de son temps, bien que l'écrivain ait profité de tout le travail antérieur pour son style et sa versification, ce génie est en même temps un génie primitif. C'est un Homère, moins ami de la mesure et de la beauté pure, moins délicat dans ses peintures de caractères. C'est un Homère qui a quelque chose de la raideur et de la psychologie rudimentaire de nos vieux épiques français, quelque chose (on peut le voir par la fin du Satyre) de la monstrueuse et saisissante poésie panthéistique de l'Inde, — avec tout cela, une puissance d'imagination qui n'est qu'à lui.
Le poète primitif n'est pas apte encore à l'analyse des idées et à la pensée pure : les idées d'Homère sont en somme des lieux communs, et les mots abstraits manquent, surtout dans V Iliade, Ils ne manquent certes pas