INTRODUCTION XXIX
chez Hugo ; mais ou biea ils prennent comme une valeur concrète, et le poète nous fait voir le glissement du serpent, le tournoiement de la tempête, — ou bien ils ont une signification, je dirais presque une vie vague et mystérieuse : le bien, le mal, le beau, la liberté, Tidéal, le progrès. Hugo n'est pas dépourvu d*idées, comme on Ta si souvent dit ; nul n'a agité plus de problèmes et n'a trouvé plus de formules lumineuses ; mais, au lieu qu'il domine et dirige ses idées, ce sont au contraire ses idées qui, comme des puissances extérieures, le dominent, le mènent, le tyrannisent : d'où ses exagérations. « Le long travail d'analyse », dit M. Brunetière, <c qui, depuis déjà tant de siècles, semble avoir eu pour terme de nous apprendre à distinguer nos idées d'avec les sensations qui en sont le point de départ, et nos sensations elles-mêmes d*avec les objets qui en sont l'occasion, tout ce travail a été d'abord comme nul ou non avenu pour Hugo ; et parce qu'elle est d'un primitif, c'est pour cela qu^î celte confusion en lui de l'objet, de la sensation et de Tidée est d'un poète unique parmi nous et dans notre littérature. » Le poète primitif n'a pas perdu la fraîcheur de sa vision. Il ne perçoit pas encore les choses à travers tout ce qui en a été écrit, mais directement. Le ciel, les montagnes, la mer, le calme et la tempête, le matin et le soir, tout cela est vu dans Homère. Hugo de même voit d'une façon étonnante. H voit le vallon d'Ernula dans le Petit roi de Galice :
Do distance en distance on voit des puits bourbeux
Où finit le sillon des chariots à bœufs ;
Hoï's un peu d'herbe autour des puits, tout est arido ;
Tout du grand midi sombre a l'implacable ride ;
Les arbres sont gercés, les granits sont fendus.
L'air rare et brûlant manque aux oiseaux éperdus.