XXXIV VICTOR HUGO
plus synthétique possible, et Hugo dit : la forêt spectre, le vaisseau rêve, le pâtre promontoire au chapeau de nuées. Ainsi la poésie d'Homère perd la supériorité que lui donnait une langue synthétique et souple pour lexpression vive et directe des images.
Que ne pourrait-on pas citer encore, pour rapprocher Hugo des épiques primitifs ? des dénombrements pleins de vie et de couleur, comme ceux de Ralbert ou des Trois cenU \ — des récits, terribles, comme la poursuite d'Angus ; ou fortement pittoresques, comme rentrée du satyre dans l'Olympe ; ou simples et émouvants, comme Après la bataille et le Cimetière d'Eylau ! — - des descriptions de personnages, tantôt charmantes, comme celle de 1 Infante, tantôt saisissantes, comme celle de Roland entrant dans le val d'Ernula I — des discours, qu'à la façon des héros d'Homère les combattants s^assèoent en même temps que les coups ! — et cette versification merveilleuse, qui accuse, précise, agrandit tous les effets ! — et enfin cette qualité éminemment épique, si justement signalée par M. Faguet, Tabondance, l'invention aisée, la joie de créer, l'ivresse poétique qui se communique au lecteur et l'aveugle sur les défauts de ce qu'il lit !
A ce poète, si visiblement prédestiné pour l'épopée, pourquoi refuse-t-on parfois le titre d'épique ? Afin de pouvoir mieux déférer ce titre à Leconte de Lisle et d'avoir le droit de proclamer que ce dernier a « rein- It'gréle sens de Tépope'e *» dans notre poésie. Et sans
1. L'expression est de M. Brunetière dans ses leçons sur l'É-