INTRODUCTION XXXV
doute il y a des qualités qui conviennent à Tépopée dans les beaux poèmes de Leconte de Lisle : Téclat de la versification et du style, le sens de la grandeur, le goût du symbole, la connaissance profonde des races diverses et des époques ; il est même tout naturel qu'on appelle Leconte de Lisle un poète épique, si, comme M. H. Houssaye, on définit le poète épique : un savant et consciencieux « historien des temps qui n'ont pas d*histoire ». Mais précisément parce qu'ils sont « dignes du siècle de Thistoire », — encore un éloge mérité, que j'emprunte à M. Jules Lemaître 1 — les Poèmes barbares et les Poèmes antiques ne rappellent guère le Ràmàyana^ V Iliade ou les Niebelungen, Ils sont une reconstitution laborieuse du passé : Tancienne épopée en était une vision naïve, quand elle n'était pas une naïve projection dans le passé du présent lui-même ^ En quoi aussi rappelle-t-il un croyant comme Homère, ce poète athée qui n'a passé en revue les croyances de l'humanité qu'avec la curiosité d'un historien sceptique des religions ou avec l'irritation sourde d'un ami des hommes voyant dans la soif du surnaturel Tune des grandes causes de leurs maux ? Et ce quelque chose de spontané. d*abondant, d'intarissable, que nous signalions dans l'épopée primitive, le retrouvons-nous dans ces pièces, à la composition si artistement rigide, au style si serré et si étudié, à la versification si savamment plastique, qui frappent, éblouissent, accablent
voluthn de la poésie lyrique en Fran^'e au XIX* siècle. Mais» en ce qui concerne Hugo et son œuvre épique, le Manuel de V histoire de la liUérature française (1897) et surtout Tétude très récente sur èc Lilte'rature européenne au XIX* siècle \^Revue des detLv Mondes, !•' décembre 1899), diffèrent sensiblement de ces leçons, professées en 1893, publiées en 1894. 1. Lintilhac, le Miracle grec, p. 14. .