‹ Victor Hugo, poète épiqueChapitre 29 sur 64 · LES PRÉLIMINAIHES DE L'OEUVRE ÉPIQUE · texte numérisé non relu

LES PRÉLIMINAIHES DE L'OEUVRE ÉPIQUE

leurs combats et leurs triomphes d'autrefois, — En 1810, c'est Tode sur le Retour de l^empereury que Hugo a depuis incorporée à sa Légende des siècles. — A la même date, le poète réunissait à part ses odes sur Napoléon et, bien conscient de son œuvre,faisait annoncer par son éditeur que ce recueil constituait « une véri* table épopée napoléonienne ».

Revenons en arrière pour chercher dans les œuvres de Victor Hugo, abstraction faite maintenant de ce qui concerne Napoléon, les traces du génie épique. Nous devons nous attendre à n'en trouver que bien peu dans les poésies lyriques, où le poète est inspiré surtout par le souci de Taclualité et par ses sentiments intimes : « La poésie, c'est tout ce qu'il y a d'intime dans tout» » disait la préface des Odes, Cependant les Odes et Ballades coaiienneni quelques études historiques : Moise sur leNil^ le Chant de Carène^ le Chant du cirque ^ le Chant du tournoi. Deux pièces de ce recueil sont pour nous vraiment intéressantes : Tode un Chant de fête de Néron^ et la ballade Le Géant. Dans le Chant defête^ Hugo représente déjà avec une grande force le tyran ami du mal qui jouera plus tard un grand rôle dans son œuvre épique. Oh ! s'écrie Néron, regardant les flammes caresser et détruire les murs de Rome :

Oh I que n ai-je, aussi moi, des baisers qui dévorent, Des caresses qui font mourir I

Le Géant prépare de loin les Titans de la Légende des

siècles, La peinture qu'y fait le poète a de la force ei du pittoresque ; on y trouve aussi ces exagérations dont plus tard le poète sera coutumier :

Ainsi qu'un moissonneur parmi des gerbes mûres,

Dans les rangs écrasés, seul debout, j'apparais.

Leurs clameurs dans ma voix se perdent en murmures ;

Et mon poing désarmé marteile les armures -

Mieux qu'un chêne noueux choisi dans les forêts.

Je marche toujours nu. Ma valeur souveraine Rit des soldats de fer dont vos camps sont peuplés . Je n'emporte au combat que ma pique de frêne. Et ce casque léger que traîneraient sans peine Dix taureaux au joug accouplés.

Le Géant^ le Chant de fête et les Deux Iles sont également de 1825. A cette date donc, Hugo penchait fortement du côté de la poésie épique. Les Orientales^ qui ont suivi de près, sont plus exclusivement lyriques ; mais ce recueil mérite d'être longuement étudié par qui veut se rendre compte de la marche suivie par Timagination et le style du poète ; c'est là que le futur auteur de la Légende « fait sa palette » ; c'est là qu'il essaie ses couleurs. Fausses couleurs ! a-t-on dit ; orientales d'occident ! Il est certain que, si les descripitions des Orientales sont fort belles, elles sont aussi très fantaisistes ; mais la couleur, Hugo l'avait empruntée à l'Espagne, qu'il connaissait et qu'il aimait ;et de l'Espagne mauresque à la Turquie, il n'y avait qu'un pas pour une pareille imagination. Hugo procédera de même plus tard pour ses peintures historiques : avec quelques éléments vrais, il fera des tableaux inventés, mais où le coloris ne manquera point. Ainsi procède-t-il en 1828 pour le Feu du ciel, où la nuée- de feu qui va détruire Sodomeet Gomorrhe passe successivemenl sur la mer,

Page 1