LES PRÉLIMINAIRES DE L^OSUVRE ÉPIQUE
elles jeunes, entourés d'aventuriers, buvant, chantant, faisant la fête, tendent des embuscades aux marchands qui passent, au lieu de livrer de vrais combats, et n'assistent même pas en personne à ces tristes exploits, que leurs soldats accomplissent pour eux. Le contraste est peint avec force, avec éclat, dans une série de scènes simples, ou même dans des sortes de bas-reliefs, comme il convient à l'épopée. — A côté de ces deux groupes se traînent les esclaves, troupe misérable et craintive, ne songeant qu'à ses maîtres et osant à peine en parler.
Magnus a retourné contre la muraille les portraits de ses aïeux pour qu'ils ne puissent voir 1 ignominie de leurs descendants. Mais comment un conQit n'éclaterait-il pas entre les vieux et les jeunes ? Les jeunes sont venus dans la partie du château où se tiennent Job et Magnus, et là ils osent parler d^un serment comme d'une bulle do savon qui brille et que Ton crève ; ils jettent des pierres aux vieillards harassés qui leur demandent Thospitalité : le conQit éclate.
Jadis il en était Des serments qu'on faisait dans la vieille Allemagne Comme de nos habits de guerre et de campagne ; Ils étaient en acier...
Le brave mort dormait dans sa tombe humble et pure, Couché dans son serment comme dans une armure El le temps, qui des morts ronge le vêtement, Parfois brisait l'armure, et jamais le serment. Mais aujourd'hui la foi, l'honneur et les paroles Ont pris le train nouveau des modes espagnoles. Clinquant! soie 1...
Et plus loin :
En quel temps sommes-nous, Dieu puissant !
Et qu est-ce donc que ceux qui vivent à présent
On chasse à coups de pierre un vieillard <[ui supplie ! Les regardant en face.
De mon temps, — nous avions aussi notre folie, Nos festins, nos chansons... -- On était jeune, enfin 1 — Mais qu'un vieillard, vaincu par l'âge et par la faim, Au milieu d'un banquet, au milieu d'une orgie, Vînt à passer, tremblant, la main de froid rougie. Soudain on remplissait, cessant tout propos vain, Un casque de monnaie, un verre de bon vin.
C'était pour ce passant, que Dieu peut-être envoie 1 Après, nous reprenions nos chants, car, plein de joie, Un peu de vin au cœur, un peu d'or dans la main, Le vieillard souriant poursuivait son chemin.
— Sur ce que nous faisions jugez ce que vous faites !
JOB, se redressant, faisant un pas, et touchant l'épaule de Maguus.
Jeune homme, taisez- vous. — 'De mon temps, dans nos
[fêtes, Quand nous buvions, chantant plus haut que vous encor. Autour d'un bœuf entier posé sur un plat d'or. S'il arrivait qu'un vieux passât devant la porte, Pauvre, en haillons, pieds nus, suppliant, une escorte L'allait chercher ; sitôt qu'il entrait, les clairons Éclataient ; on voyait se lever les barons ; Les jeunes, sans parler, sans chanter, sans sourire, S'inclinaient, fuséent-ils princes du saint-empire ; Et les vieillards tendaient la main à l'inconnu En lui disant : Seigneur^ soyez le bienvenu.
A Gorlois.
— Va quérir l'étranger.
Job a gardé son influence sur les soldats du burg ; il commande qu'on reçoive le mendiant au son des fanfares.
OORLOIS» rentrant, à Job.
11 monte, monseigneur.
JOB, à ceux des princes qui sont restés assis. Debout I
A ses fils.
— Autour de moi