‹ Victor Hugo, poète épiqueChapitre 51 sur 64 · CHAPITRE XI Le Mythe et le Merveilleux · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI Le Mythe et le Merveilleux

Oa ne croit plus aujourd'hui, comme au temps où Boileau écrivait son Art poétique^ que la mythologie a été pour Homère un système d'allégories iDgénieusemeut imaginées, consacrées à orner, à «égayer» ses récits. Que la mythologie hellénique ait été enrichie par les auteurs de V Iliade et de lOdysée, cela est probable ; mais la plus grande part en avait été conçue très antérieurement par le peuple lui-même, et, pour le peuple comme pour les auteurs, cette mythologie était une création instinctive, involontaire, qui, à la façon de la statue dont parle La Fontaine, s'était imposée à l'adoration de ceux mêmes qui l'avaient produite. Aujourd'hui nos esprits, formés par des siècles de réflexion, de philosophie et de science, servis par des langues analytiques, ayant à leur disposition un vocabulaire où les images vont sans cesse s'effaçant et où se multiplient de plus en plus les mots qui expriment uniquement des concepts et qui, en les exprimant, les conservent et les imposent, — nos esprits, dis-je, distinguent aisément le subjectif de V objectifs l'abstrait du concret, ce qui est

Page 1