‹ Victor Hugo, poète épiqueChapitre 55 sur 64 · LE MYTUE ET LE MERVEILLEUX · texte numérisé non relu

LE MYTUE ET LE MERVEILLEUX

que peut prendre Dieu. Quelle est cette béte? La Providence. »

Ce que nous disons de Tanimal est vrai aussi, en grande partie, des choses dites inanimées. Ici encore le poète est d'accord avec le métaphysicien. Si Hugo a pu appliquer sans scrupule à la nature entière son génie mythologique, c'est que tout est ou peut être <( plein d*àmes ». S*iln'a pas donné aux choses la figure humaine, ce n'est pas parce que cette métamorphose n'eût pas été acceptée en un siècle comme le nôtre, c'est parce que les tunes qui expient doivent revêtir une forme inférieure. S'il n'a pas divinisé les choses, c*est parce qu'elles sont au service du seul vrai Dieu. Mais elles n'en ont pas moins leur rôle à jouer dans le merveilleux épique. Tandis que les fleuves Xantheet Simoïs poursuivaient Achille de par leur propre puissance dans l Iliade^ la terre tremble, les murs des maisons « crèvent » et le soleil s'arrête au haut du ciel, dans le Roland^ de par la puissance de TËterneL

Et l'on voit comment le génie mythologique et le génie du merveilleux, confondus chez Homère, que nous avions dû distinguer chez Hugo, se rejoignent aussi parfois chez Hugo lui-même. Les cimiers des casques dans Éviradnus sont simplement animés par une imagination mythique ; mais l'aigle qui surmonte le casque de Tiphaine ue forme pas seulement un mythe, il joue un rôle merveilleux.

Ces indications une fois données sur la matière du merveilleux, essayons de classer les poèmes où il intervient.

1. La Légende étant une œuvre en partie historique, il est naturel de placer en têle les poèmes dont le merveilleux est emprunté : les Lions; Dieu invisible au philosophe ; Première rencontre du Christ avec le tombeau \ le Gibet. Le récit delà résurrection de Lazare est d'ailleurs le seul où Hugo se soit astreint à ne rien ajouter d important aux Écritures. Le Gibet ajoute un assez grand nombre de traits nouveaux à ceux que nous ont transmis les Ëvangiles sur la mort du Christ. Le terme de philosophe appliqué à Balaam, le fuit que Tànessevoit Dieu, au lieu de voir simplement son ange, et le titre que portait d*abord le manuscrit ; Vâne^ montrent que le poète a profité de l'occasion pour appliquer sa théorie sur Tanimal plus en rapport avec Dieu que le plus savant des hommes. — De même les lions auxquels on expose Daniel, s*ils ne sont pas mis en présence .de Dieu lui-même, reconnaissent du moins, infiniment mieux que les hommes aveugles, celui qui vient au nom de Dieu.

2. Sans emprunter aucun fait précis à l'histoire, positive ou légendaire, le poète peut inventer un trait merveilleux qui eût paru tout naturel au temps où il le place : ainsi les bannis Grecs entendent dans le ciel, du côté d'Eleusis, une étrange rumeur qui annonce la défaite de Xerxès.

3. Au contraire, en étudiant le polythéisme, le poète ne peut s'empêcher de lui opposer une conception religieuse plus haute. Il emprunte donc au polythéisme son merveilleux, mais en y ajoutant un merveilleux nouveau qui en montre d'avance l'anéantissement. Vàyou, Agni, Indra, les dieux hindous, viennent de s'écrier : « Nous sommes les seuls dieux », lorsque surgit devant eux « une lumière ayant les yeux d'une

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