INTRODUCTION XVII
il nous a donné une forte impression de vérité s mmaire, de vérité générale, mais de vérité. Il a fait des tabluaux puissants des civilisations primitives et de la nature sauvage où elles se mouvaient. Il a — et Téloge est d'Emile Montégut — exprimé « toute Thorreur des solitudes neigeuses et des ténèbres du Nord » dans son Parricide. Le banquet du tyran Ratbert à Final, avec son mélange de débauche raffinée, d'org'e, de luxe éclatant et artistique, de musique et de poésie, de massacres, est une surprenante vision de ritalie à Taube de la Renaissance. Souvent la peinture est moins vraie, mais elle fait illusion ; le poète a tort de vouloir inventer le passé et de traiter des siècles connus comme des monuments à jamais détruits qu'il faut reconstruire à force de divination^ mais sa reconstruction est belle et saisissante. De plus, Hugo ne s*exerce pas froidement à être inexact ; il Test naturellement, par Teffet d'une imagination naïve et puissante qui déforme les faits et simplifie les hommes, — d'un esprit nullement scientiGque qui n*aime guère dans les mots techniques que leurs sons et dans les événements historiques que leur pittoresque, — d'une préoccupation instinctive et inconsciente des choses de son temps. Autrement dit, et par un étrange prodige, Hugo est en plein xix« siècle de notre ère un épique du x« siècle avant Jésus-Christ ; c'est un homéride, à moins qu'il ne soit un de ces poètes hindous dont Vyàsa a mis à profil les poèmes; et voilà pourquoi on doit accepter chez lui ce que l'on condamnerait chez tout autre.
XVIII VICTOR nuGo
Ne cherchons donc plus ce qui pourrait empêcher la Légende d'être épique et voyons au contraire pourquoi elle Test.
Le plus naturel et le plus simple en pareil cas parait être de donner une définition du genre épique et de comparer à celte définition Toeuvre même du poète ; mais je serais fort embarrassé s*il me fallait suivre celte méthode. Les essais d'épopée qui ont été entrepris avec une étonnante persévérance depuis quatre siècles n'ayant guère abouti — du moins en France — qu'à une série d'avorlements, la définition du genre est allée se modifiant sans cesse; les traités de littérature se contredisent et se réfuient ; le nom d'épique est donné aux œuvres les plus disparates, au Jocelyn de Lamartine aussi bien qu'aux Martyrs de Chateaubriand, au Ger^ minai de M. Zola aussi bien qu'kJocelyn, De sorte que certains critiques et un grand nombre d'érudits en sont venus à nier qu'il pût exister de nos jours un genre épique ; à leurs yeux, même, l'épopée n'a jamais été un genre, mais, comme dit Lamartine, « la forme poétique de l'enfance des peuples » ; l'épopée contenait les germes de tous les genres ultérieurs, parce que. ces germes ne s'étaient pas encore développés à part ; l'épopée était de l'histoire composée au temps où, « la critique n'existant pas encore, il y avait confusion entre l'histoire et la fable, entre l'imagination et la vérité. » Avons-nous à prendre parti dans ce débat ? Heureusement non, puisque, par suite du singulier phénomène que nous avons signalé, Hugo a