INTRODUCTION XIX
spontanément, instinctivement fait de son œuvre un poème narratif où les genres littéraires non-narratifs ont leur part, un vaste tableau historique d'où Fhistoire vraie est absente. Ce n'est donc pas à une défîni> tion, toujours arbitraire, de Tépopée que nous avons à comparer la Légende des siècles : c'est à Tépf^pée primitive elle-même* Celle-ci avait ses lois, qui résultaient de sa nature propre : ces lois ont-elles été appliquées par Victor Hugo?
Nous ne rangerons pas parmi ces lois la prétendue nécessité pour la poésie épique de former des poèmes étendus et continus comme tlliade^ rOdyssée^ la Chan-^ son de Roland, La composition actuelle de riUade et de rOdyssée n'est pas plus primitive que leur division en vingt-quatre chants ; et la Chanson de Roland a pris bien des formes depuis le temps où, très courte encore, elle pouvait être chantée par les soldats de Guillaume le Conquérant à la bataille d'Hastings. Toutes les épopées populaires ont été formées par la réunion^ fortuite ou soigneusement élaborée, de morceaux in* Uniment moins étendus : comment refuser à ces morceaux le titre d'épiques? La mort (T/^ec/or serait-elle moins épique, si elle n'avait pas été rattachée aux autres événements qui constituent V Iliade? Tel ou tel des récits d'Ulysse chez Alcinoûs le serait-il moins, s*il n*avait pas trouvé sa place dans l'ensemble de TOdyssée ? et la scène où Tarchevéque Turpin mourant bénit les corps des pairs qui ont déjà succombé seraitelle moins grandiosement épique» si la Chanson de Roland n'en avait pas été assez tardivement enrichie ? — De même Aymerillot^ le Petit roi de Galice ou le Satyre n'en sont pas moins épiques pour n'entrer pas dans la trame d'un récit unique et régulièrement suivi.