‹ Victor Hugo raconté par témoin de sa vie (volume 2)Chapitre 5 sur 50 · SÉGOVIE · texte numérisé non relu

SÉGOVIE

Le lendemain de l'entrée de leur oncle, Eugène et Victor trouvèrent sur la table de leur chambre des livres neufs. Leur mère leur dit :

^- Voici un dictionnaire espagnol et une grammaire. Vous allez vous y mettre dès aujourd'hui. Il faut que vous sachiez l'espagnol dans trois mois.

Ils le parlaient après six semaines et n'hésitaient plus que sur la prononciation.

Au commencement de 1811, on s'occupa sérieusement du départ. Abel fut retiré du lycée, et les malles descendirent du grenier.

Pendant que la mère et les fils s'apprêtaient à quitter Paris, le père s'installait à Ségovie. Les

guérillas, malmenées dans la province d'Avila. s'étaient rejetées sur la province de Ségovie, et leurs coups de main y étaient si fréquents et si hardis qu'à Ségovie même les militaires n'osaient pas sortir seuls , le jour , de la ville , et , la nuit . de leurs maisons. Un cavalier ne serait pas allé faire boire son cheval dans l'Eresma; les chevaulégers n'y allaient qu'en corps et en armes.

Le gouverneur commença par fermer la place et par assurer les communications de ville à ville en postant des réserves prêtes à soutenir les escortes. Une guérilla, qui croyait surprendre une troupe de chevau -légers, fut culbutée par une réserve qui lui tua cent hommes. Une autre fut écrasée et son chef, Pinilla. fait prisonnier.

Le général Hugo tâchait de concilier cette énergie de la défense avec la modération du gouvernement. 11 réduisait les impôts au strict nécessaire. Mais il n'était pas toujours le maître, ni le roi non plus, comme le lui apprit un incident qui montrera comment Napoléon entendait la royauté de ses frères.

La province d'Avila venait de payer ses contributions; le colonel Maurin, qui la commandait sous les ordres du général , le prévint que le maréchal Ney lui faisait dire d'avoir à lever pour lui six millions de réaux et je ne sais plus quelle énorme quantité de grains. Le colonel n'avait pas

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