‹ Victor Hugo raconté par témoin de sa vieChapitre 10 sur 33 · II · texte numérisé non relu

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sont deux globes de feu ; et plus d*un hardi chasseur de chamois, égaré la nuit dans la montagne, a entendu sa voix rauque et sonore, répondant, du fond de Tabime , à la voix de son torrent.

J'avouerai cetle infirmité de mon esprit, il aurait manqué pour moi quelque chose à Thorrible beauté de ce site sauvage, si quelque tradition populaire ne lui eût empreint un caractère merveilleux. Je me suis arrêté avec complaisance sur ces détails, parce que j*aime les superstitions: elles sont filles de la religion et mères de la poésie.

Ce torrent traversé, les nants deviennent plus fréquents ; les ondulations de la route sont plus brusques et plus rapides; le cône du mont sur lequel elle court a été en quelque sorte cannelé par les cataractes pluviales, les éboulements et les avalanches de pierres. Cependant une végétation vive et fraîche reparait autour du chemin, et voile aux yeux TArve, que Ton entend bruire au fond du ravin.

Une vallée d'un aspect sévère et triste se présente. Au milieu s'élève un clocher, autour duquel se groupent quelques cabanes. Voilà SeiTuz. De toutes parts encaissée par de hautes montagnes, cette vallée semble comme ensevelie dans un blanc suaire de neige, sous un noir linceul de sapins. Ce qui ajoute à l'impression singulière-

ment mélancolique qu'elle produit sur Tesprit, c*est de la voir dominée, ou plutôt menacée par les débris gigantesques d'une montagne qui s'écroula, je crois, en 1741. On dit que la chute de ce mont, qui écrasa des forêts, combla des vallées, ouvrit des abîmes, fut accompagnée d'un tel déluge de cendre et de poussière, que, durant trois jours, une nuit complète couvrit le pays à plusieurs lieues à la ronde. Les savants déclarèrent que c'était un volcan. Ils se trompaient. Les ignorants se trompèrent aussi : ils crurent que c'était la fin du monde. Erreur pour erreur, je préfère celle des ignorants : tîlle est plus naïve.

Cette montagne ruinée eifraye le regard et la pensée. Je ne sais, et nul ne peut dire, comment se déplaça le centre où reposait l'équilibre de ce grand corps; quelle cause mina la^base sur laquelle posaient ses immenses terrasses, ses plateaux, ses dômes, ses pentes, ses aiguilles. Estce ime convulsion intérieure du globe? Est-ce une goutte d'eau lentement distillée depuis des siècles ? . . . Félix qui potuil ...

Cependant il est difficile de ne pas se livrer à d'inutiles méditations sur ce grand mystère, en présence d'un si prodigieux bouleversement. Les terres, les neiges, les forêts, en se précipitant dans les vallées environnantes, ont mis à décou-

vert ce qu'on pourrait appeler le squelette du mont. Ces blocs de marbre noir veiné de blanc sont ses pieds monstrueux, encore à demi cachés par des masses pyramidales de terres éboulées ; voilà ses ossements de silex, ses bras de granit qui se dressent encore, et, là-haut, au-dessus des nuages, cette large zone de roche calcaire, qui montre à nu ses couches horizontales, c'est le front ridé du géant.

Combien les monuments de l'homme semblent peu de chose près de ces édifices merveilleux qu'une main puissante éleva sur la surface de la terre, et dans lesquels il y a pour l'âme comme une nouvelle manifestation de Dieu! Ils ont beau, avec la fuite des années, changer de forme et d'aspect ; leur architecture, sans cesse rajeunie, garde éternellement son type primitif. A ces rochers qui surplombent et se dégradent, succéderont d'autres rochers qui déchireront les nues ; de nouveaux arbres croîtront sans culture où gisent ces troncs morts de vieillesse ; ces torrents s'écoulent, d'autres cataractes s'ouvriront. Depuis des siècles, la physionomie des Alpes n'a pas varié. Les détails passent : l'ensemble reste.

Heureux le peuple qui, comme les fils de Guillaume Tell et de Vinkelried, peut confier à de tels monuments tous ses souvenirs de gloire, de religion et de liberté! Comment pourraient

s'effacer ces saintes traditions, quand rien de ce qui les rappelle ne peut périr? Ces sublimes édifices n'ont à craindre ni l'ignoble badigeon qui a souillé Notre-Dame de Reims, Notre-Dame de Paris, Saint-Germain-des-Prés, la vieille abbaye romane ; ni le grattoir qui a mutilé les frontons de la cour du Louvre; ni le marteau qui allait démolir Chambord après avoir détruit les manoirs de Montmorency et de Bayard. Encore un peu, et tous les monuments de France ne seront plus que des ruines; encore un peu, et toutes ces illustres ruines ne seront plus que des pierres, et ces pierres ne seront plus que de la poussière. Ici, tout se transforme, rien ne meurt. Une ruine de montagne est encore une montagne. Le colosse a changé d'attitude : voilà tout. C'est qu'il y a dans toutes les parties de la création un souffle qui les anime. Les ouvrages de Dieu vivent : ceux de l'homme durent; et que durent-ils?

Nous quittons Servoz, où l'on prend quelque rafraîchissement, et qui marque le milieu du trajet de Sallanches à Chamonix. Voici que le chemin fait comme vient de faire mon esprit; nous passons d'une montagne écroulée à un château ruiné. Depuis un quart d'heure nous côtoyons de très-près l'Arve, qui coule presque de niveau avec la route. Tout à coup le muletier

nous montre à droite, sur une espèce de haut l>romontoire que la montagne voisine pousse au milieu de la rivière, quelques pans de murailles démantelées, avec un débris de tours, et d'étroites ogives façonnées par la main des hommes, et de larges crevasses faites par le temps. C'est le manoir de Saint-Michel, vieille forteresse des comtes de Genève, célèbre dans la contrée, comme le Nant-Noir, par les démons qui l'habitent et les trésors magiques qu'il recèle.

Le redoutable palais^ l'ancienne citadelle d'Aymon et de Gérold est là, solitaire et lugubre comme le corbeau qui croasse joyeusement sur sa ruine. Les remparts noirâtres, inégalement rompus par les ans, s'élèvent à peine au-dessus des touffes de houx, de genêts, de ronces, qui obstruent le fossé et l'avenue; des rideaux de lierre usurpent la place des lourds ponts-levis et des herses de fer. Au-dessus monte à perte de vue une forêt de mélèzes et de sapins; au-dessous bouillonne l'Arve tout embarrassée d'éclats de granit, tombés du rocher qui porte le château de Saint-Michel. L'un de [ces rocs, arrondi par la lutte des eaux, arrête plus longtemps et domirte de plus haut que tous les autres le cours du torrent.

De temps en temps l'Arve l'investit de vagues furieuses, les presse, les roule, les gonfle, les

amoncelle, surmonte le rocher qui reste quelque temps inondé de tous ces flots dorés comme d'une chevelure blonde, puis tout retombe, et, pendant que TArve grondant recommence un nouvel assaut, le front du roc reparaît chauve et nu.

Un pont se présente. Nous reprenons la rive gauche de FArve; et, tandis que nos chars à bancs nous suivent péniblement, nous commençons à gravir à pied les montées. Cest un chemin étroit et rapide, laborieusement tracé le long d'un escarpement effrayant, auquel rien ne peut se comparer, si ce n'est la pente de la montagne qui borde TArve de l'autre côté.

Ce passage, tantôt creusé dans le roc vif,, tantôt suspendu en saillie sur un abime, communique de la vallée de Servoz à la vallée de Chamonix. On y glisse à chaque instant sur de larges dalles de granit qui font étinceler le fer des mulets. A droite, on voit pendre sur sa tête les racines des grands mélèzes déchaussés par les pluies; à gauche, on peut pousser du pied leur tête effilée comme l'aiguille d'un clocher. Une vieille femme, idiote et infirme, assise dans une sorte de niche roulante, est à l'entrée de cette route hasardeuse , et sollicite la pitié des passants. Il me sembla voir une de ces fées mendiantes des contes bleus, qui attendaient un

aventurier au bord du chemin , et décidaient sa perte sur un refus ou son bonheur sur une aumône.

A peine a-t-on quitté la mendiante, qu'on rencontre une croix dressée au bord du gouflFre. Il faut passer vite devant cette croix ; elle signale un malheur et un danger.

Un peu plus loin, on s'arrête. Il y a là un écho extraordinaire. Autrefois, avant que le docteur Pocook eût de nouveau découvert les merveilles de cette vallée de Chamonix, concédée dans le onzième siècle par Aymon, comte de Genève, à Dieu et à saint Michel archange, avant que l'homme eût tracé aucun sentier sur la . croupe de cette montagne , si quelquefois le chasseur de chamois, entraîné par l'ardeur de sa poursuite jusque dans cette gorge formidable, arrivait au point même où nous sommes, il embouchait avec un tremblement d'horreur la corne à bouquin suspendue à sa ceinture, et faisait entendre trois fois l'appel magique : ht ! ha ! ho ! Trois fois, une voix lui rapportait distinctement des profondeurs de l'horizon la triple adjuration : ht ! ha! ho ! Alors il s'enfuyait plein d'épouvante, et allait conter dans les vallées qu'un chamoisfée l'avait attiré par delà le château de Saint- Michel , et qu'il avait entendu la voix de l'Esprit des Montagnes-Maudites.

Aujourd'hui, dans ce même lieu, des voyageurs élégants, des femmes parées descendent de leurs chars à bancs sur une route assez bien nivelée. De petits garçons déguenillés accourent avec un long porte-voix. Ils en tirent des sons aigus qui ressemblent encore à Tancienne adjuration du chasseur. Une voix des montagnes les répète encore distinctement sur un ton plus faible et plus lointain. Et puis, si vous demandez à ces enfants : qu'est cela ? ils vous répondent : cesi l'éc/w, et tendent la main. — Où est la poésie?

Nous laissons derrière nous les jeunes mendiants, le porte- voix, le foyer de l'écho, et nous nous enfonçons dans la gorge de plus en plus étroite et sauvage. Depuis quelques instants, un brouillard gris et terne nous cache le ciel. Nous montons, il descend. Nous le voyons remplir successivement tous les intervalles des crêtes opposées. Ses bords, qui se dilatent et s'effilent en quelque sorte, ressemblent à la frange d'un réseau. De blanchâtres lambeaux des vapeurs de l'Arve s'élèvent lentement et le rejoignent. I! touche à la haute lisière des sapins, la baigne, gagne d'arbre en arbre, et tout à coup il se ferme sur nous , et nous voile les montagnes du fond comme une toile qui s'abaisse sur une décoration de théâtre.

Nous étions à l'endroit Je plus horrible et le

plus beau du chemin, au point le plus élevé de ces montées. On distinguait encore à travers la brume Tescarpement opposé , tout hérissé de sapins presque couchés sur le sol, tant la pente est perpendiculaire ! Les rangs de la forêt sont quelquefois éclaircis par de grands arbres morts, qui pourriront où ils sont tombés, et qui n'ont pu être couchés que par la foudre du ciel ou par l'avalanche, cette foudre des montagnes. Devant nous , au fond du noir précipice , on voyait blanchir FArve à une profondeur si prodigieuse, que son mugissement terrible ne nous arrivait plus que comme un murmure. En ce moment le nuage se déchira au-dessus de nous, et cette crevasse nous découvrit, au lieu de ciel, un chalet, un pré vert et quelques chèvres imperceptibles qui paissaient plus haut que les nuées. Je n'ai jamais éprouvé rien d'aussi singulier. A nos pieds, on eût dit un fleuve de l'enfer; sur nos têtes, une lie du paradis.

Il est inutile de peindre cette impression à ceux qui ne l'ont pas sentie ; elle tenait à la fois du rêve et du vertige.

La vallée de Chamonix se présente dans sa longueur à l'œil du voyageur qui arrive de Sallanches. L'Arve tortueuse la traverse de part en part. Les trois paroisses qui s'en partagent le territoire, les Ouches, Chamonix , Argentière,

montrent de loin à loin, dans Tétroite plaine, leurs clochers d'ardoises luisantes. A gauche, audessus d'un amphithéâtre bariolé de jardins, do chalets et de champs cultivés, le Bréven élève presque à pic sa forêt de sapins et ses pitons autour desquels le vent roule et déroule les nuées comme le fil sur un fuseau. A droite, c'est le Mont-Blanc, dont le sommet fait vivement briller l'arête de ses contours sur le bleu foncé du ciel, au-dessus du haut glacier de Taconay et de l'Aiguille du Midi, qui se dresse avec ses mille pointes ainsi qu'une hydre à plusieurs têtes. Plus bas, à l'extrémité d'un immense manteau bleuâtre que le Mont-Blanc laisse traîner jusque dans la verdure de Chamonix, se dessine le profil découpé du glacier des Bossons (buissons), dont la merveilleuse structure semble d'abord offrir au regard je ne sais quoi d'incroyable et d'impossible. C'est quelque chose de. plus riche, sans contredit, et peut-être même de plus singulier que cet étrange monument celtique de Carnac, dont les troîs mille pierres, bizarrement rangées dans la plaine, ne sont plus simplement des pierres et ne sont pas des édifices. Qu'on se figure d'énormes prismes de glace, blancs, verts, violets, azurés, selon le rayon de soleil qui les frappe, étroitement liés les uns aux autres, affectant une foule d'attitudes variées, ceux-là incli-

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nés, ceux-ci debout et détachant leurs cônes éblouissants sur un fond de sombres mélèzes. On dirait une ville d'obélisques, de cippes, de colonnes et de pyramides, une cité de temples et de sépulcres , un palais bâti par des fées pour des Âmes et des esprits ; et je ne m'étonne pas que les primitifs habitants de ces contrées aient souvent cru voir des êtres surnaturels voltiger entre les flèches de ce glacier à l'heure où le jour vient rendre son éclat à l'albâtre de leurs frontons et ses couleurs à la nacre de leurs pilastres.

Au delà du glacier des Bossons, vis-à-vis le prieuré de Chamonîx, s'arrondit la croupe boisée du Montanvert; et, plus haut, sur le même plan, apparaissent les deux pics des Pèlerins et des Charmoz, qui ont l'aspect de ces magnifiques cathédrales du moyen âge, tontes chargées de tours et de tourelles, de lanternes, d'aiguilles, de flèches, de clochers et de clochetons, et entre lesquels le glacier des Pèlerins répand ses ondulations, pareilles à des boucles de cheveux blancs sur la tête grise du mont.

Le fond du tableau complète ce magnifique ensemble. L'œil, qui ne peut se lasser de se promener sur tous les étages du vaste édifice de ces montagnes, rencontre partout des sujets d'admiration. C'est d'abord une forêt de gigantesques

mélèzes qui tapisse le bout opposé de la vallée. Au-dessus de cette forêt, Textrémîté de la Mer de Glace, dépassant le Montanvert comme un bras qui se recourbe, penche et précipite ses blocs marmoréens, ses lames énormes, ses tours de cristal, ses dolmens d^acier, ses collines de diamants, dresse à pic ses murailles d'argent, et ouvre dans la plaine cette bouche effrayante, d'où TArveyron naît comme un fleuve, pour mourir un mille plus loin comme un torrent. Derrière la Mer de Glace, dominant tout ce qui l'environne, s'élève le Dru^ pyramide de granit, d'un seul bloc, de quinze cents toises de hauteur. L'horizon, dans lequel on distingue à peine le col de Balme et les rochers de la Tête- Noire, est couronné par une dentelure de sommets couverts de neige, sur la blancheur desquels ressort, isolé et grisâtre, cet obélisque prodigieux du Dru. Quand le ciel est pur, à sa forme effilée, à sa couleur sombre, on le prendrait pour le clocher solitaire de quelque église écroulée; et l'on dirait que les avalanches qui se détachent de temps en temps de ses parois sont des colombes qui viennent s'abattre sur ses frises désertes. Lorsqu'on l'aperçoit confusément à travers le brouillard , on pense voir le Cyclope de Virgile assis dans la montagne, et les blancheurs vagues de la Mer de Glace sont les troupeaux

qu'il compte pendant quMls passent à ses pieds.

Ajoutez à l'ensemble de ce paysage de merveilles réternelle présence du, Mont-Blanc, Tune des trois plus hautes montagnes du globe , et ce caractère de grandeur que toute grande chose imprime à tout ce qui l'environne; méditez sur ce sommet, qui est bien véritablement, pour me servir de la fabuleuse expression des poètes, une des extrémités de la terre; songez à cette frappante accumulation , dans un cercle si restreint, de tant d'objets uniques à voir, et vous croirez, en pénétrant dans la vallée de Ghamonix, entrer, si je puis me permettre une expression triviale qui rend un peu mon idée, dans le cabinet de curiosités de la nature , dans une sorte de laboratoire divin où la Providence tient en réserve un échantillon de tous les phénomènes de la création, ou plutôt dans un mystérieux sanctuaire où reposent les éléments du monde visible.

Le jour où nous arrivâmes, c'était le 15 août, fôte de l'Assomption. Nous descendions rapidement le revers de la montagne, les yeux fixés comme magiquement sur le magnifique tableau de cette vallée, enfin ouverte à nos regards. Tout h coup un détour du chemin nous fit voir un autre spectacle. A nos pieds, dans la verte plaine, sur la pente de la colline qui élève l'église des Ouches au-dessus de son village, se

développaient en serpentant deux files de villageois les mains jointes, de jeunes filles voilées et d*enfants, précédés de quelques prêtres et d'une croix. C'était une procession qui revenait du Prieuré aux Ouches en répétant les litanies de sainte Marie, mère de Dieu. Le vent nous apportait de temps à autre un écho entrecoupé de leurs chants. Je ne saurais dire quelle impression profonde vint sceller en quelque sorte les impressions qui m'accablaient et les rendre ineffaçables. J'aurai ce souvenir présent toute ma vie. En ce moment-là, tous les bruits des Alpes se déployaient dans la vallée; l'Arve bouillonnait sur sa couche de rochers; les torrents grondaient, les cascades pluviales frémissaient en se brisant au fond des précipices , l'ouragan tourmentait les nuages dans un angle du Bréven, l'avalanche tonnait du haut des solitudes du Mont- Blanc ; mais , pour mon âme , aucune de ces formidables voix des montagnes ne parlait aussi haut que la voix de ces pauvres pâtres implorant le nom d'une vierge.

Quelle puissance que celle qui fait sortir, le même jour, à la même heure, le pape et l'éclatante légion des cardinaux des portes dorées de Saint-Pierre de Rome , le cortège royal du riche portail de Notre-Dame de Paris, et de leur indigent presbytère , oublié dans la vallée , l'humble

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procession des montagnes de Chamonix! Quelle intelligence que celle qui peut, au même instant, donner la même pensée à tout un monde !

Les vallées des Alpes ont cela de remarquable, qu'elles sont en quelque sorte complètes. Chacune d'elles présente , souvent dans l'espace le plus borné , une espèce d'univers à part. Elles ont toutes leur aspect, leur forme, leur lumière, leurs bruits particuliers. On pourrait presque toujours résumer d'un mot l'effet général de leur physionomie. La vallée de Sallanches est un théâtre ; la vallée de Servoz est un tombeau ; la vallée de Chamonix est un temple. »

Dès l'arrivée à Chamoaix, M. Nodier se préoccupa d'avoir des guides pour le lendemain ; il s'agissait d'une ascension au Montanvert. Il voulait pour son guide à lui le vieux Balma, qu'il connaissait de son précédent voyage et dont il parlait depuis la veille avec une admiration si communicative , que M. Victor Hugo, invité à mettre un autographe sur le registre de l'auberge de Ghamonix, y écrivit :

Napoléon. Talma.

Clmteaubriand. Balma,

Mais le vieux Balma était malade, et M. Nodier dut se contenter d'un de ses parents, qu'il

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