‹ Victor Hugo raconté par témoin de sa vieChapitre 19 sur 33 · II · texte numérisé non relu

II

±lli VICTOR HUGO RACONTÉ.

cimetières faits par Dieu, cela ne nons regarde pas , et Dieu sait pourquoi. Mais peut-on songer sans horreur à ceci: un cimetière fait par l*homme!

Non , ne nous lassons pas de répéter ce cri : Plus d*échafaud! mort à la mort!

C*est à un certain respect mystérieux de la vie qu*on reconnaît Thomme qui pense.

Je sais bien que les philosophes sont des songe-creux. A qui en veulent-ils? Vraiment, ils prétendent abolir la peine de mort! Ils disent que la peine de mort est un deuil pour l'humanité. Un deuil ! qu'ils aillent donc un peu voir la foule rire autour de l'échafaud! qu'ils rentrent donc dans la réalité! où ils affirment le deuil, nous constatons le rire. Ces gens-là sont dans les nuages. Ils crient à la sauvagerie et à la barbarie parce qu'on pend un homme et qu'on coupe une tète de temps en temps. Voilà des rêveurs! Pas de peine de mort, y pense-t-on? peut-on rien imaginer de plus extravagant? Quoi! plus d'échafaud, et en même temps, plus de guerre! ne plus tuer personne, je vous demande un peu si cela a du bon sens! qui nous délivrera des philosophes? quand aura-t-on fini des systèmes, des théories, des impossibilités et des folies? folies au nom de quoi, je vous prie! au nom du progrès? mot vide; au nom de l'idéal? mot so-

nore. Plus de bourreau, où en serions-nous? une société n'ayant pas la mort pour code, quelle chimère! la vie, quelle utopie! qu'est-ce que tous ces faiseurs de réformes? des poètes. Gardons-nous des poètes. Ce qu'il faut au genre humain, ce n'est pas Homère, c'est M. Fulchiron.

Il ferait beau voir une société menée et une civilisation conduite par Eschyle, Sophocle, Isaïe, Job, Pythagore, Pindare, Plante, Lucrèce, Virgile, Juvénal^ Dante, Cervantes, Shakspeare, Milton, Corneille, Molière et Voltaire. Ce serait à se tenir les côtes.

Tous les hommes sérieux éclateraient de rire. Tous les gens graves hausseraient les épaules; John Bull aussi bien que Prudhomme. Et de plus ce serait le chaos ; demandez à tous les parquets possibles, à celui des agents de change comme à celui des procureurs du' roi.

Quoi qu'il en soit, monsieur, cette question énorme, le meurtre légal, vous allez la discuter de nouveau. Courage! Ne lâchez pas prise. Que les hommes de bien s'acharnent à la réussite.

Il n'y a pas de petit peuple. Je le disais il y a peu de mois à la Belgique à propos des condamnés de Charleroi ; qu'il me soit permis de le répéter à la Suisse aujourd'hui. La grandeur d'un peuple ne se mesure pas plus au nombre que la grandeur d'un homme ne se mesure à la taille.

L'unique mesure, c'est la quantité d'intelligence et la quantité de vertu. Qui donne un grand exemple est grand. Les petites nations seront les grandes nations le jour où , h côté des peuples forts en nombre et vastes en territoire qui s'obstinent dans les fanatismes et les préjugés, dans la haine, dans la guerre, dans l'esclavage et dans la mort, elles pratiqueront doucement et fièrement la fraternité, abhorreront le glaive, anéantiront l'échafaud, glorifieront le progrès, et souriront, sereines comme le ciel. Les mots sont vains si les idées ne sont pas dessous. Il ne suffit pas d'être la république, il faut encore être la liberté; il né suffit pas d'être la démocratie, il faut encore être l'humanité. Un peuple doit être un homme, et un homme doit être une âme. Au moment où l'Europe recule, il serait beau que Genève avançât. Que la Suisse y Bonge , et votre noble petite république en particulier, une république plaçant en face des monarchies la peine de mort abolie , ce serait admirable. Ce serait grand de faire 'revivre sous un aspect nouveau le vieil antagonisme instructif: Genève et Rome, et d'offrir aux regards et à la méditation du monde civilisé, d'un côté Rome avec sa papauté qui condamne et damne, de l'autre Genève avec son évangile qui pardonne.

0 peuple de Genève, voire ville est sur un lac

(le l*Éden^ vous êtes dans un lieu béni; toutes les magnificences de la création vous environnent; la contemplation habituelle du beau révèle le vrai et impose des devoirs ; la civilisation doit être harmonie comme la nature ; prenez conseil de toutes ces clémentes merveilles, croyez -en votre ciel radieux, la bonté descend de Tazur, abolissez l'échafaud. Ne soyez pas ingrats. Qu'il ne soit pas dit qu'en remercîment et en échange, sur cet admirable coin de terre où Dieu montre à r homme la splendeur sacrée des Alpes, l'Arve et le Rhône, le Léman bleu, le Mont-Blanc dans une auréole de soleil, Thomme montre à Dieu la guillotine ! »

Quand cette lettre arriva, le travail du comité constituant était terminé et maintenait la peine de mort. M. Victor Hugo ne renonça pas , et , n'ayant pu parler au comité, parla au peuple. Il récrivit à M. Bost:

« Hauteville-House, 29 novembre 1862.

« Monsieur,

« La lettre que j'ai eu l'honneur de vous envoyer le 17 novembre vous est parvenue, je pense, le 19 ou le 20. Le lendemain même du jour où je dictais cette lettre, a éclaté, devant la cour

d'assises de la Somme, cette affaire Gardin qui non - seulement a tout à coup mis en lumière certaines éventualités épouvantables de la peine de mort, mais encore a rendu palpable Turgence d'une grande révision pénale; les faits monstrueux ont une manière à eux de démontrer la nécessité des réformes.

a Aujourd'hui, 20 novembre, je lis dans la Presse ces lignes datées du 2& et de Berne :

« Vous avez reproduit la lettre adressée par « M. Victor Hugo à M. Bost, de Genève, au sujet (( de la peine de mort. La publication de .cette « lettre est venue un peu tard , depuis quinze « jours la constituante genevoise a terminé ses a travaux. La constitution qu'elle a élaborée ne (( donne point satisfaction aux vœux du poète ^ « puisqu'elle n'abolit pas la peine de mort , sinon « pour délit politique. »

(( Non, il n'est pas trop tard.

(( En écrivant je m'adressais moins au comité constituant, qui prépare, qu'au peuple, qui décide.

c( Dans quelques jours, le 7 décembre, le ^ projet de constitution sera soumis au peuple. Donc il est temps encore.

« Une constitution qui, au dix- neuvième siècle, contient une quantité quelconque de peine

de mort, n'est pas digne d'une république ; qui dit république dit expressément civilisation; et le peuple de Genève, en rejetant, comme c'est son droit et son devoir, le projet qu'on va lui soumettre, fera un de ces actes doublement grands qui ont tout à la fois l'empreinte de la souveraineté et l'empreinte de la justice.

« Vous jugerez peut-être utile de publier cette lettre.

a Je VOUS offre, monsieur, la* nouvelle assurance de ma haute estime et de ma vive cordialité.

Le peuple rejeta le projet de constitution. Quelques jours après, M. Victor Hugo reçut cette lettre

ff Genève, 11 décembre 1862.

« . • • • Nous avons triomphé, la constitution des conservateurs est rejetée. Votre lettre a produit un immense effet; tous lés journaux l'ont publiée, les catholiques l'ont combattue. M. Bost l'a imprimée à part à mille exemplaires, et le comité radical à quatre mille. Les radicaux, M. James Fazy en tête, se sont fait de votre lettre une arme de guerre, et les indépendants se sont aussi prononcés à votre suite pour l'abolition.

Votre prépondérance a été complète. Quelques radicaux n'étaient pas trësniécidés auparavant : c'est un radical, M. Héroi, qui passe pour avoir déterminé les deux exécutions de Vary et d'Elcy, et le grand conseil, qui a refusé ces deux grâces , est tout radical.

« Cependant, en somme, les radicaux sont gens de progrès, et, maintenant que les voilà engagés contre la peine de mort, ils ne reculeront pas. On regarde ici l'abolition de Téchafaud comme certaine, et l'honneur, monsieur, vous en revient. J'espère que nous arriverons aussi à cet autre grand progrès, la séparation de l'Eglise et de l'État.

« Je ne suis qu'un homme bien obscur, monsieur, mais je suis heureux ; je vous félicite et je nous félicite. L'immense elTet de votre lettre nous honore. La patrie de M. de Sellon ne pouvait être insensible à la voix de .Victor Hugo.

« Excusez cette lettre écrite en hâte et veuillez agréer mon profond respect.

u A. Gayet (de Bonneville). »

M. Victor Hugo avait dans l*esprit deux sujets de drame; il hésitait s'il ferait d'abord Marion de Lorme ou Hernani; il se décida pour Marion de Lormey et se mit à l'écrire le 1" juin 1829. Le 20 juin, au jour levant, il commença le quatrième acte, travailla de grande verve, passa la nuit, et en écrivit le dernier vers au moment où le jour reparaissait; tout l'acte avait été fait entre deux levers de soleil. Le 24 juin, la pièce était terminée.

Les amis auxquels M. Victor Hugo lisait à mesure tout ce qu'il faisait lui conseillèrent une lecture plus publique. Déjà, pour Cromwell, il avait élargi un peu son cercle d'auditeurs. M. Victor

Hugo hésitait à Félargir encore; mais, sur le bruit qu'il y aurait peut-être une lecture, il fut assailli de sollicitations et d'instances qui ne lui laissèrent pas la liberté de refuser.

Il lut donc, un soir de juillet, Marion de Lorme^ qui s'appelait alors Un duel sous Richelieu^ devant une réunion nombreuse dans laquelle on remarquait MM. de Balzac, Eugène Delacroix, Alfred de Musset, Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, Sainte- Beuve, Villemain, Mérimée, Armand et Edouard Berlin, Louis Boulanger, Frédéric Soulié, Taylor, Soumet, Emile et Antony Deschamps, les Devéria, Charles Magnin, madame Tastu, etc. — Le succès fut très-vif. Un des étonnements de l'auditoire fut que M. Victor Hugo eût fait un drame jouable; le développement excessif de Cromwell avait fait craindre qu'il ne sût pas plier sa pensée aux exigences de la représentation; Marion de Lorme démentait cette peur et faisait de lui décidément un auteur dramatique.

Les félicitations épuiséeâ, les auditeurs s'en allèrent. M. Mérimée, qui était resté, fit une objection au dénoûment : Didier alors mourait sans pardonner à Marion. Il lui semblait que cette mort implacable laisserait le public sous une impression trop dure et trop cruelle; Didier serait plus sympathique si au dernier moment sa roideur se brisait.

Le lendemain, à neuf heures du matin, M. Taylor était rue Notre-Dame-des-Champs :

— Je n'ai pas pu vous parler hier dans cette foule, dit-il à M. Victor Hugo, mais 11 va sans dire que vous me donnez Marion de Lortne pour le Théâtre-Français. Je suis le premier qui vous aie demandé une pièce, donc c'est à moi que votre première pièce appartient. D'ailleurs, Marion de- Lorme, ce ne peut être que mademoiselle Mars. C'est convenu?

— C'est convenu, dit M. Victor Hugo.

Le soir, M. Victor Hugo reçut une lettre de M. Jouslin de Lasalle, directeur de la Porte-Saint- Martin, lui offrant son théâtre, M. Frederick Lemaitre pour Didier, madame Dorval pour Marion , MM. Gobert, Lockroy, Provost, Jemma, etc.. pour les autres rôles.

Le lendemain matin, la domestique introduisit dans le cabinet de l'auteur un monsieur en habit noir et en pantalon blanc, décoré, dont le visage blafard faisait saillir deux gros yeux spirituels et d'énormes favoris. Ce monsieur s'appelait Harel et était directeur de l'Odéon.

— Monsieur, dit-il, on ne parle que d'un drame que vous avez lu avant-hier soir. Je viens dès ce matin pour être le premier à vous le demander.

— Vous êtes le troisième, dit M. Victor Hugo. En entendant que le drame était promis au.

Théâtre-Français, le directeur de TOdéon insista : le Théâtre-Français n'était pas ce qu'il fallait à un talent inusité et téméraire; le public y était vieux, routinier, rebelle à toute nouveauté; le public de TOdéon, c'était la jeunesse; les mains généreuses et intelligentes des étudiants combattraient pour la révolution littéraire; il était essentiel, pour M. Victor Hugo et pour la liberté du théâtre, qu'il gagnât sa première bataille; à rOdéon, le rôle de JViarion serait joué par mademoiselle Georges, etc.

M. Victor Hugo répondit que tout cela était fort juste, mais qu'il avait donné sa parole et qu'il lisait le lendemain au comité.

— On vous fait lire! s'écria M. Harel. Moi, je n'ai pas besoin de connaître la pièce.

Et, voyant le manuscrit sur la table, il prit une plume et écrivit précipitamment sur la couverture :

a Reçu au théâtre de VOdéon y li juillet 18^9,

a Harel. »

— Tiens! dit-il, c'est l'anniversaire de la prise de la Bastille. Eh bien, je prends ma Bastille.

Il mit, sans plus de façon, le manuscrit sous son bras, et allait l'emporter. M. Victor Hugo ne le lui fit pas rendre sans peine.

La lecture eut au Théâtre-Français le même succès que rue Notre-Dame-des-Champs.

— Il est inutile d'aller aux voix, dit M. Taylor. M. Hugo ne présente pas sa pièce, c'est nous qui la lui demandons.

On était au cœur de Tété, et rien ne pressait les répétitions. M. Taylor commença par envoyer le manuscrit à la censure. Il redoutait le quatrième acte, et avait conseillé à l'auteur d'en atténuer quelques passages; mais M. Victor Hugo avait voulu que l'acte restât tel qu'il était. Comme l'avait craint le commissaire royal, le rapport des censeurs conclut à l'interdiction.

Le ministre de l'intérieur était M. de Martignac. Un peu littérateur lui-même, il passait pour protéger la littérature, et c'était lui, disaiton, qui avait voulu, malgré la censure, que le Marino Faliero de M. Casimir Delavigne fût joué. M. Victor Hugo alla le voir.

M. de Martignac avait deux figures, sa figure d'homme, aimable et courtoise, et sa figure de ministre, qu'il faisait froide et sèche. 11 reçut M. Victor Hugo avec sa figure officielle. M. de Martignac était, en fait de théâtre, pour l'ancienne division des genres, la tragédie d'une part, de l'autre la comédie ou le vaudeville ; il avait, dans le siècle présent, son Racine, M. Casimir Delavigne, et son Molière, M. Scribe, avec

lequel il avait collaboré. M. Victor Hugo était pour lui un novateur qui bouleversait les usages dramatiques, et Marion de Lorme semblait aussi dangereuse au littérateur qu'au ministre. 11 traita Tauteur du haut de son portefeuille et de ses vaudevilles : — Les censeurs s'étaient prononcés contre le quatrième acte; il avait lu la pièce et avait trouvé leur rapport modéré. Ce n'était pas seulement un aïeul du roi qui était tourné en ridicule, c'était le roi lui-même. Dans Louis XIII, chasseur et gouverné par un prêtre, tout le monde verrait une allusion à Charles X.

M. Victor Hugo se récria. Il ne faisait pas d'allusions. En faisant Louis XIII, c'était Louis XIII qu'il avait voulu faire, et nul autre. Il n'avait donné le droit à personne de l'accuser d'hypocrisie, et il n'était pas dans son caractère de souffleter un roi vivant sur la joue d'un roi mort.

— Je vous crois, dit le ministre ; je suis convaincu que ce n'est pas Charles X que vous avez mis dans votre drame, mais c'est Charles X qu'on y verrait. Nous sommes dans un moment sérieux ; le trône est attaqué de tous les côtés ; la violence des partis redouble tous les jours ^ ce n'est pas l'heure d'exposer aux rires et aux insultes du public la personne royale. On sait trop, depuis le Mariage de Figaro ^ ce que peut une pièce de théâtre. Au reste, la question va

venir aujourd'hui même en conseil. Mais je vous préviens que je parlerai pour l'interdiction, et que, si cela dépend de moi, votre drame ne sera pas joué.

M. Victor Hugo, froissé du refus et surtout de la roideur du ministre, demanda aussitôt une audience au roi. Il reçut le lendemain matin un mot du duc d'Aumont l'avertissant que Sa Majesté recevrait le jour même à midi, en audience particulière, « le baron Victor Hugo. » Il n'avait jamais pris son titre, et c'était la première fois qu'on le lui donnait.

11 devait être à Saint-Cloud à midi; l'embarras était qu'on n'était admis qu'en habit à la française et qu'il n'en avait pas. Son frère Abel, qui se trouvait là, se chargea d'aller à la découverte, et en rapporta un. En même temps on apportait du théâtre le quatrième acte royalement copié sur papier vélin.

A midi sonnant, M. Victor Hugo fut introduit par l'huissier de service dans une salle où attendaient quinze ou .vingt personnages, généralement chamarrés, et une seule femme. Les hommes étaient debout, l'étiquette ne permettant qu'aux femmes de s'asseoir chez le roi, fût-il absent. La femme, qui était assise, était madame Du Gayla, que M. Victor. Hugo connaissait pour l'avoir vue au mariage de son frère Abel. Pendant qu'il

causait avec elle, un huissier vint la prier de patienter un moment : la messe allait finir et le roi allait revenir de la chapelle.

Presque aussitôt, le duc d*Angouléme parut, précédé et suivi de gardes du corps, ayant au cou le collier du Saint-Esprit, sur la poitrine les croix de la Légion d'honneur et de Saint-Louis, son chapeau sous le bras et son livre d^heures à la main. Il marchait lourdement, se dandinait, saluait tête baissée à droite et à gauche; il traversa le salon sans regarder personne.

Un instant après, le même huissier qui était venu parler à madaiçe Du Gayla revint l'appeler. Elle se leva , franchit sans nul embarras la réunion masculine et entra chez le roi. M. Victor Hugo se dit qu'avant que son tour vint il avait du temps à tuer et alla à une fenêtre se distraire à regarder le paysage. Il n'y était pas depuis dix minutes qu'il s'entendit appeler. Cette brusque réception le surprit; il était naturellement timide; il fut beaucoup plus embarrassé que madame Du Gayla des regards qui se fixèrent sur lui, et il entra chez le roi le rouge au visage.

L'accueil affable du roi le remit bientôt. Charles X lui dit qu'il le connaissait de réputation et qu'il serait bien aise de l'obliger. M. Victor Hugo lui expliqua ce qui l'amenait.

— Ah! oui, je sais, dit le roi. On m'en a

parlé hier* Il paratt, ajouta-t-il en souriant, que vous maltraitez un peu mon pauvreaîeul Louis XIII. M. de Martignac dit qu'il y a dans votre pièce un acte terrible.

— Peut-être Votre Majesté ne serait-elle pas de l'avis de son ministre, si elle voulait prendre la peine de s'éclairer elle-même. J'ai apporté le quatrième acte...

— Le quatrième acte seul! interrompit gracieusement le roi. Certainement, je le lirai. Il fallait m'apporter toute la pièce.

Il y eut alors entre le roi et le poète une conversation que M.Victor Hugo a racontée dans /e^ Rayons et les Ombres. En prenant congé du roi , il sollicita une prompte d;^cision.

— Soyez tranquille, promit Charles X', je me presserai. J'aime beaucoup votre talent, monsieur Hugo. Il n'y a pour moi que deux poètes, vous et Désaugiers.

— Le roi alors ne se laissera pas influencer par le ministre.

— Oh! si c'est M. de Martignac qui vous inquiète...

Le roi n'acheva pas. Le lendemain, M. de Martignac n'était plus ministre.

A quelques jours de là, M. Victor Hugo reçut l'invitation de passer chez le nouveau ministre de l'intérieur, M. de la Bourdonnaye. Le roi avait

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