‹ Victor Hugo raconté par témoin de sa vieChapitre 21 sur 33 · II · texte numérisé non relu

II

combat venait de ce côté et qu'on y serait assiégé.

Une chaleur de trente -deux degrés faisait ruisseler le front des soldats , qui frappaient aux portes en demandant un verre d'eau. Il y en eut un qui, en rendant le verre, tomba évanoui.

Un engagement passager eut lieu si près que des balles sifflèrent dans le jardin. Un peu après, les enfants aperçurent, sous leur fenêtre, dans un champ de pommes de terre qui longeait la maison , un homme en blouse , la face contre terre, immobile, tapi sous les branches feuillues du légumeu Ils le crurent mort; mais, en voyant qu'il n'avait nulle trace de sang, ils pensèrent que c'était plutôt un insurgé qui attendait la nuit pour échapper aux troupes , ou quelque pauvre diable effrayé des balles. Il ne bougea pas de toute la journée. Il devait avoir faim. II n'y avait à la maison qu'un pain de quatre livres, difficile à renouveler. Les enfants en coupèrent un gros morceau qu'ils jetèrent par la fenêtre. Le lendemain malin, l'homme et le pain avaient disparu •

On était toujours bloqué et sans nouvelles. Le seul moyen d'en avoir était d'en aller chercher. M. Victor Hugo sortit avec M. de Mortemart-Boiste, autre locataire de la maison. En entrant dans l'avenue des Champs-Elysées, ils trouvèrent une batterie de canons , et ne passèrent qu'après des pourparlers. Le déploiement

militaire était formidable. Les soldats, qui se construisaient des redoutes, sciaient les arbres pour faire les chevaux de frise.

Près du carré Marlgny, un garçon de quatorze à quinze ans, lié à un arbre, était tout pâle. M. de Mortemart demanda pourquoi il était attaché.

— Pour qu'il n'échappe pas avant d'être fusillé , répondit un soldat.

— Fusillé! dit M. Victor Hugo. C'est un enfant.

— C'est un enfant qui a tué un homme. 11 a descendu notre capitaine, mais il va la danser.

A ce moment, un piquet de cavalerie accourut, venant de la barrière de l'Étoile. M. Victor Hugo reconnut le général de Girardin et alla audevant de lui.

— Que diable faites-vous ici? lui dit le général.

— J'y loge.

— Eh bien, je vous conseille d'en déloger. Je viens de Saint- Cloud, et on va tirer à boulets rouges.

M.* Victor Hugo montra le jeune garçon au général, qui le fit détacher et conduire au poste voisin.

Le lendemain, la révolution fut maltresse, et les Champs-Elysées redevinrent libres.

Ces grandes commotions des événements retentissent profondément dans les intelligences. M. Victor Hugo , qui venait de faire son insurrection et ses barricades au théâtre, comprit que tous les progrès se tiennent et qu'à moins d'être inconséquent il devait accepter en politique ce qu'il voulait en littérature. Il se mit à écrire, sans suite et comme elles lui venaient , les idées que lui inspiraient les faits de ctiaque jour. 11 a publié plus tard, dans Littérature et Philosophie mêlées, ce « journal d'un révolutionnaire de 1830. » En chantant la victoire du peuple , il eut un cri de sympathie et de consolation pour le roi tombé :

Oh ! laissez-moi pleurer sur cette race morte Que rapporta Texil et que Texil remporte , Vent fatal qui trois fois déjà les enleva ! Reconduisons au moins ces vieux rois de nos pères. Rends, drapeau de Fleurus, les honneurs militaires A roriflamme qui s'en va !

Je ne leur dirai point de mot qui les déchire.

Qu'ils ne se plaignent pas des adieux de la lyre !

Pas d'outrage au vieillard qui s'exile à pas lents !

C'est une piété d'épargner les raines.

Je n'enfoncerai pas la couronne d'épines

Que la màîn du malheur met sur des cheveux blancs.

D'ailleurs, infortunés! ma voix achève à peine L'hymne de leurs douleurs dont s'allonge la chaîne.

L'exil et les tombeaux dans mes chants sont bénis; Et, tandis que d'un règne on salûra l'aurore. Ma poésie en deuil ira longtemps encore De Sainte-Hélène & Saint-Denis I

Le Ghbe , qui publia Fode , la fit précéder de ces lignes (19 août) :

« La poésie s'est montrée empressée de célébrer la grandeur des derniers événements; ils étaient faits pour inspirer tous ceux qui ont un cœur et une voix. Voici M. Victor Hugo qui se présente à son tour avec son audace presque militaire, son patriotique amour pour une France libre et glorieuse , sa vive sympathie pour une jeunesse dont il est un des chefs éclatants. Mais, en même temps, par ses opinions premières, par les affections de son adolescence , qu'il a consacrées dans plus d'une ode mémorable, le poète était lié au passé qui finit, et avait à le saluer d'un adieu douloureux en s'en détachant. Il a su concilier dans une mesure parfaite les élans de son patriotisme avec les convenances dues au malheur; il est resté citoyen de la nouvelle France, sans rougir des souvenirs de l'ancienne; son cœur a pu être ému , mais sa raison n'a pas fléchi : Mens immola manet^ lacrymœ volvuntur inanes. Déjà , dans l'ode A la Colonne, M. Victor Hugo avait

prouvé qu'il savait comprendre toutes les gloires de la patrie. Sa conduite , en plus d'une circonstance, avait montré aussi qu'il était fait à la pratique de la liberté. Tandis que Chateaubriand, vieillard, abdique noblement la carrière publique, sacrifiant son reste d'avenir à l'unité d'une belle vie, il est bien que le jeune homme qui a commencé sous la même bannière continue d'aller en dépit de certains souvenirs, et subisse sans se lasser les doctrines diverses de son pays. Chacun fait ainsi ce qu'il doit, et la France, en honorant le sacrifice de l'un, agréera les travaux de l'autre. »

Une après-midi de septembre, M. de Lamennais vint voir M. Victor Hugo, qu'il trouva écrivant.

— Vous travaillez et je vous dérange.

— Je travaille, mais vous ne me dérangez pas.

— Qu'est-ce que vous écriviez donc là?

— Quelque chose qui ne vous plairait pas.

— Dites toujours.

M. Victor Hugo lui tendit une feuille, où M. de Lamennais lut ceci :

« La république, qui n'est pas encore mûre, mais qui aura l'Europe dans un siècle, c'est la société souveraine de la société ; se protégeant ,

garde nationale; se jugeant, jury; s'administrant, commune ; se gouvernant, collège électoral.

« Les quatre membres de la monarchie, Farmée, la magistrature, Tadministration, la pairie, ne sont pour cette république que quatre excroissauces gênantes qui s'atrophient et meurent bientôt. »

— C'est cela, dit M. de Lamennais. J'étais bien sûr qu'un esprit comme vous ne pouvait pas rester royaliste. Il n'y a qu'un mot de trop : « la république n'est pas mûre. » Vous la mettez dans l'avenir ; moi je la mets dans le présent.

M. de Lamennais, ne croyant plus à l'absolutisme, n'admettait plus la monarchie. Son caractère entier rejetait les moyens termes et les ajournements. M.Victor Hugo, tout envoyant dans la république la forme définitive de la société, ne la croyait possible qu'après préparation; il voulait qu'on arrivât au suffrage universel par l'enseignement universel; la royauté mixte de Louis -Philippe lui semblait une transition utile.

Notre-Dame de Paris avait été rejetée bien loin par cette éruption de la politique. De plus, un accident était résulté de la situation. L'auteur écrivit à M. Gosselin :

« Le péril qiie courait le 29 juillet ma maison

aux Champs-Elysées m'avait déterminé à faire évacuer mes effets les plus précieux et mes manuscrits chez mon beau-frère , qui demeure rue du Cherche-Midi et dont le quartier par conséquent était peu menacé. Dans cette opération qui s'est faite en toute hâte, il a été perdu un cahier tout entier de notes qui m'avaient coûté plus de deux mois de recherches et qui étaient indispensables à l'achèvement de Notre-Dame de Paris. Ce cahier n'a pu être encore retrouvé , et je crains maintenant que toutes recherches ne soient inutiles. Je crois devoir m'empresser de vous en prévenir. C'est là sans doute un des cas graves et de force majeure qui ont été prévus par notre convention du 5 juin. Pourtant, si d'autres événements ne surviennent pas qui mettent obstacle à la continuation de mon ouvrage, j'espère toujours pouvoir, à force de travail, être en mesure de vous livrer le manuscrit à l'époque convenue. J'avoue cependant qu'un délai de deux mois librement consenti par vous à l'occasion de cet accident me ferait plaisir, autant pour vous que pour moi , et que je considérerais ce procédé de votre part comme effaçant complètement ceux dont j'ai cru avoir à me plaindre. Il me semble aussi qu'il pourra être de votre intérêt bien entendu que le manuscrit ne vous soit pas livré à une époque aussi rapprochée de la révolution

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que le l""' décembre. Il est douteux que la littérature soit déjà revenue alors au degré dlmportance qu'elle avait il y a deux mois , et je crois qu'un retard dans votre opération ne doit pas vous convenir moins qu'à moi. »

Le libraire entra dans ces raisons, et la date fut remise au i**^ février 1831, ce qui donnait à M. Victor Hugo cinq mois et demi.

Cette fois, il n'y avait plus de délai à espérer; il fallait arriver à l'heure. Il s'acheta une bouteille d'encre et un gros tricot de laine grise qui l'enveloppait du cou à l'orteil, mit ses habits sous clef pour n'avoir pas la tentation de sortir^ et entra dans son roman comme dans une prison. Il était fort triste.

Dès lors, il ne quitta plus sa table que pour manger et pour dormir. Sa seule distraction était une heure de causerie après dîner avec quelques amis qui venaient le voir et auxquels il lisait parfois ses pages de la journée. Il lut ainsi le chapitre intitulé le$ Cbches à M. Pierre Leroux, qui trouva ce genre de littérature bien inutile.

Dès les premiers chapitres, sa tristesse était partie; sa création s'était emparée de lui; il ne sentait ni la fatigue, ni le froid de l'hiver qui était venu ; en décembre, il travaillait les fenêtres ouvertes.

Il ne quitta sa peau d*ours qu^une seule fois. Le matin du 20 décembre, le prince de Craon vint lui offrir de le conduire au procès des ministres de Charles X. Pour que cette sortie n*eût pas de conséquence, il ne désemprisonna pas ses habits et endossa son costume de garde national.

Ce fut la séance orageuse. Vers quatre heures^ pendant que M. Grémieux plaidait pour M. de Guernon-Ranville, un grand tumulte s'entendit au dehors. C'était une masse de peuple qui se poussait sur la chambre des pairs. La garde nationale, qui occupait la rue de Tournon et la rue de Yaugirard, était impuissante à retenir Tavalanche. La chambre allait être envahie. La foule criait : A bas Polignac! A bas Peyronnet! A mort les ministres I M. de Chantelauze et M. de Guernon- Ranville, terrifiés, faisaient pitié : M. de Polignac avait l'air de ne pas comprendre. Seul, M. de Peyronnet, debout, la tête haute, les bras croisés, défiait la mort.

La séance fut suspendue. Le prince de Craon et M. Victor Hugo sortirent pour voir. La garde nationale, aplatie contre le palais, ne le défendait plus qu'à peine. La multitude s'écrasait aux murs, montait sur les bornes, grimpait aux fenêtres. La haine était sur tous les visages, la colère dans tous les cris. Accusés , juges , gardes nationaux, tout était insulté. Le général Lafayette.

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accompagné de M. Ferdinand de Lasteyrie^ essayait de haranguer les mécontents, mais le peuple en avait assez des harangues, et de Lafayette. Des gamins saisirent le général par les jambes, le hissèrent en Tair et se le passèrent de main en main en criant avec un organe indescriptible : Voilà le général Lafayettel qui en veut? Un détachement de ligne fit une trouée et le dégagea. Le chemin frayé, M. Victor Hugo et le prince s'approchèrent du général, qui leur prit le bras.

— Je ne reconnais plus mon peuple de Pari^, leur dit-il, sans se douter que c'était peut-être le peuple de Paris qui ne reconnaissait plus son Lafayette. Il ajouta : — Le peuple a son excuse, mais ces royalistes !..

Et, montrant un balcon Louis XV dans la rue de Tournon :

— J'ai fait demander à M. *** de me laisser monter sur son balcon pour parler au peuple. Il a répondu que sa porte ne s'ouvrirait jamais au général Lafayette. Par rancune de la révolution, ils laisseraient égorger leurs amis.

M. Victor Hugo allait rentrer à la chambre, mais la séance ne fut pas reprise. Il revint rue Jean-Goujon, et se réintégra dans son tricot et dans son travail.

Dans la nuit du 7 janvier, une vive lueur lui

fit tout à coup lever les yeux vers sa fenêtre toujours ouverte : c'était une aurore boréale.

Le 1& janvier, le livre était fini. La bouteille d'encre que M. Victor Hugo avait achetée le premier jour était finie aussi ; il était arrivé en même temps à la dernière ligne et à la dernière goutte; ce qui lui donna un moment l'idée de changer son titre et d'intituler son roman : Ce qu'il y à dans une bouteille d'encre. Quelques années plus tard, il racontait cela devant M. Alphonse Karr, qui trouva ce titre charmant et qui le lui demanda puisqu'il n'en faisait rien. M. Alphonse Karr publia, sous cette dénomination collective, plusieurs romans, entre autres ce chef-d'œuvre d'esprit et d'émotion, Geneviève.

Pendant qu'il faisait Notre-Dame de Paris, M. Yictor Hugo, à qui M. Gosselin demandait quelques renseignements sur. son livre pour le faire annoncer, lui écrivit :

«... C'est une peinture de Paris au quinzième siècle et du quinzième siècle à propos de Paris. Louis XI y figure dans un chapitre. C'est lui qui détermine le dénoûment. Le livre n'a aucune prétention historique, si ce n'est de peindre peutêtre avec quelque science et quelque conscience, mais uniquement par aperçus et par échappées, l'état des mœurs, des croyances, des lois, des

arts, de la civilisation enfln, au quinzième siècle. Au reste, ce n'est pas là ce qui importe dans le livre. S'il a un mérite, c'est d'être œuvre d'imagination, de caprice et de fantaisie. »

Après l'achèvement de Notre-Dame de Paris, M. Victor Hugo se sentit désœuvré et attristé; il s'était habitué à vivre avec ses personnages, et il éprouva en se séparant d'eux le chagrin qu'il aurait eu à voir partir de vieux amis. Il quitta son livre avec autant de peine qu'il en avait eu à s'y mettre.

M. Gosselin donna le manuscrit à lire à sa femme, personne agréable et lettrée qui traduisait les romans de Walter Scott. Elle trouva l'ouvrage d'un ennui mortel, et son mari ne se gêna pas pour dire qu'il avait fait une mauvaise affaire et que cela lui apprendrait à acheter les livres sans les lire.

Le roman parut le 13 février, jour du sac de l'archevêché. L'auteur, témoin de la violence populaire, vit jeter à l'eau lés livres de la bibliothèque, un entre autres qui lui avait servi pour son roman. Ce livre , qu'on appelait « le livre noir » parce qu'il était relié en peau de chagrin noire, et qui était un exemplaire unique, contenait la charte du cloître Notre-Dame.

La majorité des journaux fut hostile comme

toujours. M. Alfred de Musset, dans le Temps, constata, sans tristesse, que le livre avait eu du malheur de venir un jour d'émeute et qif il avait été noyé avec la bibliothèque de l'archevêché. Un des journaux les plus bienveillants fut V Avenir, rédigé par MM. de Lamennais, de Montalembert et Lacordaire, qui fit trois articles.

Je trouve ce billet :

« Mon cher Hugo , je vous députe un homme aux reins forts , aux larges épaules ; chargez-le sans crainte. Il me rapportera Notre-Dame de Paris, que je suis impatient de connaître parce que tout le monde m'en parle et que c'est votre ouvrage.

c( Je vous préviens toutefois qu'ennemi du genre descriptif, je sais d'avance qu'il y a une partie du roman dont je serai fort mauvais juge. Mais je suis disposé à être pour le reste du livre ce que vous savez que je suis pour toutes vos productions.

« De tout cœur pour la vie.

« B]£ranger.

« 9 mars. »

Voici une lettre plus curieuse de l'auteur des Mystères de Paris :

(( J'ai Notre-Dame; je l'aï eue un des premiers, je vous jure... Si Timpuissante admiration d'un barbare comme moi pouvait s'exprimer et se traduire d'une manière digne du livre qui l'a inspirée, monsieur, je vous dirais que vous êtes un grand dissipateur, que vos critiques sont comme ces pauvres gens du cinquième étage qui, voyant les prodigalités du grand seigneur, se disent tout furieux: de l'argent dépensé pour un jour, je vivrais ma vie entière !

« Et , de fait , la seule chose qu'on ait reprochée à votre livre, c'est qu'il y avait trop. C'est une plaisante critique dans ce siècle, n'est-il pas vrai?

« Mais de tout temps les génies supérieurs ont excité une basse et étroite jalousie, force sales et menteuses critiques. Que voulez-vous, monsieur? Il faut bien payer sa gloire.

« Je vous dirai encore, monsieur , qu'à part toute la poésie, toute la richesse de pensée et de drame, il y a une chose qui m'a bien vivement frappé. C'est que, Quasimodo résumant pour ainsi dire la beauté d'âme et de dévouement, — FroUo l'érudition, la science, la puissance intellectuelle, — et Châteaupers la beauté physique, — vous ayez eu l'admirable pensée de mettre ces trois types de notre nature face k face avec une jeune fille naive, presque sauvage au milieu de la civi-

lisation, pour lui donner le choix, et de faire ce choix si profondément femme.

a ... J'ai voulu seulement me rappeler à votre bon et amical souvenir. J'étais passé chez vous pour vous dire tout cela et plus encore, car vous m'avez accueilli avec tant de bonté et tant de grâce que je me suis senti à l'aise avec vous, monsieur, quoique personne plus que moi n'éprouve l'impression profonde des supériorités.

a Agréez l'assurance de mon dévouement et de mon admiration sincère.

« EuGÈNJS Sue. »

L'opinion de madame Gosselin et l'hostilité de la majorité des journaux n'empêchèrent pas Notre-Dame de Paris d'avoir un succès extraordinaire. Les éditions se multiplièrent, et les éditeurs, M. Gosselin en tête, venaient sans cesse demander d'autres romans à l'auteur. Il n'en avait pas à leur donner; alors ils imploraient au moins un titre, quelque chose qui ressemblât à l'ombre d'une promesse. C'est ainsi que, pendant des années, les catalogues de M. Renduel annoncèrent le Fils de la Bossue et la Quiquengrogne. A ce sujet, je lis dans une lettre de M. Victor Hugo :

« La Quiquengrogne est le nom populaire de l'une des tours de Bourbon- l'Archambault. Ce

roman est destiné à compléter mes vues sur l'art du moyen âge, dont Notre-Dame de Paris a donné la première partie. — Notre-Dame de Paris, c'est la cathédrale ; la Quiquengrogne, ce sera le donjon. Dans Notre-Dame, j'ai peint plus particulièrement le moyen âge sacerdotal; dans la Quiquengrogne , je peindrai plus spécialement le moyen âge féodal, le tout selon mes idées, bien entendu, qui, bonnes ou mauvaises , sont à moi. — Le Fils de la Bossue paraîtra après la Quiquengrogne et n'aura qu'un volume. »

Ces deux romans, annoncés il y a trente ans, n'ont jamais été faits; le premier roman de M. Victor Hugo après Notre-Dame de Paris devait être les Misérables.

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