LE VIEILLARD DU GALÈSE
Le soir, à son retour, il goûtait sans ennui Des mets simples et purs, qu'il ne devait qu'à lui. Le premier au printemps, le premier en automne, Il recueillait les dons de Flore et de Pomone ; Et quand le triste hiver, brisant les rocs durcis, Mettait un frein de glace aux ruisseaux épaissis, Déjà, taillant le front de l'acanthe encor tendre, Il hâtait les zéphirs qu'il se lassait d'attendre.
Aussi, sur mille essaims il étendait ses droits, Des rayons pleins de miel écum aient sous ses doigts. Dans l'automne chez lui chaque arbre se colore D'autant de fruits nouveaux qu'il vit de rieurs éclore. Il plantait le tilleul près du pin résineux, Et greffait le premier sur l'arbuste épineux ; Chez lui, se soumettant au cordeau qui l'aligne, Le platane ombrageait les sarments de la vigne ; Et seul il sut toujours transplanter sans efforts Des poiriers déjà vieux, des ormeaux déjà forts. Mais à d'autres sujets il faut que je me livre, Je laisse un vaste champ à qui voudra me suivre.