CHŒUR DES BARDES
Edouard, hâte-toi ; jouis de ta victoire.
Tandis que ton pied étonné Foule les fronts glacés des aînés de la gloire,
Prends ce que leur mort t'a donné.
Tu vaincras ; leur trépas à l'Ecosse déserte
Révèle assez son avenir.
Mais tremble ! Leur trépas annonce aussi ta perte ' C'est un crime de plus et le temps sait punir.
Ils chantaient ; la harpe sonore, Après qu'ils ont chanté, vibre et frémit encore. La foudre en sourds éclats roule et se tait trois fois ; Le vent gronde et s'apaise ; et, marchant à leur tête, Sur le bord de l'abîme où retentit leur voix
Le vieux chef des bardes s'arrête.
Les frimas sur son front s'élèvent entassés, Sa barbe en flots d'argent descend vers sa ceinture, Il abandonne aux vents sa longue chevelure, Et semble un vieux héros des temps déjà passés. Dans ses yeux brille encor l'éclair de sa jeunesse ; On voit se déployer dans sa main vengeresse
Un étendard ensanglanté.
Terrible, et tel qu'un dieu qui maudit le coupable, Il fait tomber l'arrêt de sa voix formidable
Sur le vainqueur épouvanté.
1 Edouard, en effet, vaincu et chassé de l'Ecosse, où il voulait rentrer après la mort de William Wallace, périt misérablement sur les rives du Solway.