‹ Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (volume 2)Chapitre 56 sur 65 · SCÈNE IX Les Précédents, INEZ, GARDES, GEÔLIERS · texte numérisé non relu

SCÈNE IX Les Précédents, INEZ, GARDES, GEÔLIERS

DON PÈDRE

Geôliers, gardes, retirez-VOUS. (Les gardes se retirent.)

INEZ

Mes enfants ! mes enfants ! (Ils se jettent dans ses bras.) Votre présence m'apporte bien de la joie, mais, hélas ! elle m'annonce mon arrêt de mort sans doute ; on me permet un moment de bonheur avant le supplice. Le supplice, ô ciel ! Mourir sans avoir vu don Pèdre, sans lui avoir dit un dernier adieu ! Il n'aura pu me protéger, je n'aurai pu le consoler. Mes enfants, embrassez-moi, vous n'embrasserez plus peut-être votre père, ni votre mère. — O don Pèdre, don Pèdre, où êtes-vous ?

DON PÈDRE. Il jette son manteau et découvre son visage.

Inez ! mon Inez bien-aimée ! le voici !

INEZ, se jetant dans ses bras.

Dieu sauveur 1

ROMERO, tombant à genoux.

Quoi ! c'était son altesse royale !

DON PÈDRE, pressant Inez sur son cœur et tendant la main à Romero.

O ma noble épouse ! — Oui, brave homme, c'est moi-même à qui vous avez dévoilé votre dévoue-

ment, et, comme vous le disiez, l'infant don Pèdre n'oubliera pas ce service. Vous me seconderez pour sauver votre bienfaitrice !

ROMERO

Ah ! seigneur, mon sang, ma vie, tout est à vous.

LE PETIT GARÇON, à Romero.

Vous voyez que je ne suis pas Gil, mais don Pèdre.

DON PÈDRE

Que vois-je, Inez ? Dieu ! des chaînes, d'infâmes chaînes sur tes mains adorées î Oh ! laissemoi briser Ces fers... (Il brise violemment les chaînes.)

Les misérables ! Qu'ils sentiront un jour cruellement ma vengeance ! Mais viens, viens maintenant, le temps presse.

LES DEUX ENFANTS

Ma mère, oh ! venez.

INEZ

Prince, que voulez-vous ?

DON PÈDRE

Que tu me suives ! Couvre-toi de ce manteau. INEZ.

Oh ! non ; si nous étions surpris, j'exposerais vos jours...

DON PÈDRE

Qu'importe, lorsqu'il s'agit des tiens 1

IXEZ.

O Dieu ! déjà peut-être votre vie est menacée. Comment avez-vous pu vous introduire ici ?

DOX PÈDRE.

Écoute. J'étais au camp, près de la côte de Billegas ; un messager secret m'avertit de tes périls, j'accours. Le haut tribunal était assemblé ; en une séance il allait décider ta mort ; un des juges, un ami dévoué, suscite un incident pour retarder la délibération. Le comte de Mayo, qui me sert aussi, me facilite secrètement l'entrée de cette prison. Le peuple est prêt à se soulever, les soldats murmurent. Fuyons, tout nous favorise. J'ai un château fort dans les Algarves, j'y soutiendrai, s'il le faut, une guerre contre le roi ; mon absence permettra aux maures de débarquer.

IXEZ.

Y pensez-vous, seigneur ? La révolte, la guerre civile !

DOX PÈDRE.

Tout pour te sauver !

IXEZ.

Ah ! plutôt mille fois mourir !

DOX PÈDRE.

O Inez, n'es-tu pas mon épouse ? n'est-ce pas mon premier devoir que de t 'immoler tout, père, trône, patrie?... Eh bien ! point de révolte, point de guerre ! viens, mon Inez, je ne combattrai pas. Je ferai plus pour toi, je me cacherai. Oh ! laisse-

toi fléchir, tu sais que je mourrai si tu meurs, ne fais pas deux orphelins de ces enfants auxquels tu dois ta vie puisqu'ils ne t'ont point demandé la leur.

LES ENFANTS

Oh ! venez ! venez ! Ma mère, ne pleurez plus !

INEZ

Mes enfants, prince, cher prince, laissez-moi, je n'ai point de force dans le cœur. — Laissez-moi, de grâce.

ROMERO, à genoux.

Madame, au nom du ciel !... (En ce moment, la

porte du fond s'ouvre. Une foule de gardes et de geôliers entrent avec des torches. Le héraut de justice les précède. Les enfants effrayés se jettent dans les bnas d'Inez et de don Pèdre.)

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