‹ Victor Hugo raconté par un témoin de sa vieChapitre 11 sur 49 · DANS TOUTES LES SITUATIONS DE LA VIE · texte numérisé non relu

DANS TOUTES LES SITUATIONS DE LA VIE

Du iS mars au 7 a\Til 1817.

Oui, c'est toi que je chante et c'est toi que j'implore,

Sage mère des arts, déité que j'adore.

Étude ! viens, préside à mes faibles concerts !

De l'un de tes amants daigne inspirer les vers.

Toi seule es tout pour moi ; ta paisible lumière Éclaire mes travaux dans mon humble chaumière. Ton doux calme remplit le vide de mon cœur. Et, si je suis heureux, je te dois mon bonheur.

Loin du bruit, loin du trouble et loin de l'imposture. Tu rn'aides à sonder le sein de la nature. Et ton flambeau sacré, pénétrant ses décrets, A mes yeux étonnés dévoile ses secrets. Quelquefois, déroulant les fastes de l'histoire. Tu m'apprends à connaître, à mériter la gloire. Tu m'apprends à haïr, malgré leurs vains lauriers. Les conquérants cruels, les farouches guerriers. Quand du monde pour moi la carrière commence. L'étude des vieux tem.ps me sert d'expérience ; Chaque siècle écoulé trace à mon souvenir Le tableau des écueils de ma vie à venir.

Et, dans leur nuit obscure interrogeant les âges. Je m'apprête à braver le sort et ses orages.

Ce sont là mes travaux, mais par quels doux plaisirs Ne sais-tu pas encore amuser mes loisirs ? . Quand la fraîche rosée au retoiK de l'aurore Tremble encor sur le sein du lys qui vient d'éclore ; Quand les oiseaux joyeux célèbrent par leurs chants L'astre aux rayons dorés qui féconde nos champs ; ^lon Virgile à la main, bocages verts et sombres, Que j'aime à m'égarer sous vos paisibles ombres ! Que j'aime, en parcourant vos aimables détours, A pleurer sur Didon, à plaindre ses amours ! Là, mon âme tranquille et sans inquiétude, S'ouvre avec plus d'ivresse aux charmes de l'étude, Là, mon cœur est plus tendre et sait mieux compatir A des maux... que peut-être il doit un jour sentir ! Et si devant mes pas un trône de verdure Étale de ses fleurs la brillante parure ; Si des lauriers épais, des m}Ttes odorants Sur ma tête en berceaux courbent leurs bras errants ; Si pour mieux m'enchanter, une onde vive et puie Au murmure des bois mêle son doux murmure ; Par un charme secret je me sens entraîné, Dans ces lieux ravissants je m'arrête enchaîné. Là, je rêve à ces vers qu'en im tendre délire Tibulle fit jadis soupirer à sa l\Te ; J'écoute, et, pénétré d'un douloureux transport, O chantre de l'amour ! je crois t'entendre encor... Si le zéphir frémit sous la feuille qui phe, Son doux frémissement, c'est le nom de Délie ; Si ce ruisseau gazouille à travers des roseaux. C'est ce nom si chéri que murmurent ses eaux ; Je n'entends que Délie, et mon cœur semble même Partager les amours du poëte qui l'aime.

Étude ! que pour moi tes plaisirs ont d'appas !

Où sont-ils, ces mortels qui ne les goûtent pas ?

Qu'ils viennent visiter mon humble solitude ;

Ces lieux leur apprendront à jouir de l'étude.

Qu'ils viennent, ils sauront que la félicité

N'est pas toujours le fruit de la prospérité ;

Que dis-je ? ils connaîtront le bonheur, que peut-être

Les honneurs ni les biens ne leur ont fait connaître.

Mais, hélas î vain jouet d'un aveugle destin, L'homme doit-il compter sur un bonheur certain ? Quand j'espère, éloigné des trames de l'envie, Dans ce séjour riant voir s'écouler ma vie. Le hasard ne peut-il m'arracher au repos Et rattacher mes jours à la chaîne des maux ? Ah ! quel mortel peut dire, en voyant la lumière : C'est dans ces lieux chéris que sera ma poussière ? Qui peut dire au climat où l'a jeté le sort : Vous vîtes ma naissance et vous verrez ma mort ?

Si le ciel, me lançant sur le torrent du monde.

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