LAMENNAIS CONFESSEUR DE VICTOR HUGO
C'est alors qu'il écrivit Han d'Islande. Je lis dans une de ses lettres : a Au mois de mai dernier, le besoin d'épancher certaines idées qui me pesaient et que notre vers français ne reçoit pas, me fit entreprendre une espèce de roman en prose. J'avais une âme pleine d'amour, de douleur et de jeunesse, je n'osais en confier les secrets à aucune créature vivante ; je choisis un confident muet, le papier. Je savais de plus que cet ouvrage pourrait me rapporter quelque chose ; mais cette considération n'était que secondaire quand j'entrepris mon hvre. Je cherchais à déposer quelque part les agitations de mon cœur neuf et brûlant, l'amertume de mes regrets, l'incertitude de mes espérances. Je voulais peindre une jeime fille qui réalisât l'idéal de toutes les imaginations fraîches et poétiques, afin de me consoler tristement en traçant l'image de ceUe que j'avais perdue et qui ne m' apparaissait plus que dans un avenir bien lointain. Je voulais placer près de cette jeune fille im jeune homme, non tel que je suis, mais tel que je voudrais être. Ces deux créatures dominaient le développement d'un événement, moitié d'histoire, moitié d'invention, qui faisait ressortir lui-même une grande conclusion
morale, base de la composition. Autour des deux acteurs principaux, je rangeais plusieurs autres personnages, destinés à varier les scènes et à faire mouvoir les rouages de la machine. Ces personnages étaient groupés sur les divers plans suivant leur degré d'importance. Ce roman était un long drame dont les scènes étaient des tableaux, dans lesquels la description suppléait aux décorations et aux costumes. Du reste, tous les personnages se peignaient par eux-mêmes ; c'était une idée que les compositions de Walter Scott m'avaient inspirée et que je voulais tenter dans l'intérêt de notre littérature. Je passai beaucoup de temps à amasser pour ce roman des matérieux historiques et géographiques, et plus de temps encore à en mûrir la conception, à en disposer les masses, à en combiner les détails. J'employai à cette composition tout mon peu de facultés; en sorte que, lorsque j'écrivis la première ligne, je savais déjà la dernière. Je le commençais à peine, quand un affreux malheur vint disperser toutes mes idées et anéantir tous mes projets. J'oubliai cet ouvrage... »
M. de Chateaubriand fut nommé maître es Jeux Floraux. Ses lettres devaient lui être remises par un académicien; il y en avait six à Paris, dont un était collègue du nouveau maître à la chambre des pairs. On choisit Victor, qui était le plus jeune.
Il était resté en relations de lettres avec M. Alexandre Soumet. Un jour il \'it entrer chez lui un homme de quarante ans, beau, sympathique, et dont le sourire montrait de belles dents. C'était M. Soumet qui venait se fixer à Paris. Ce fut un ami tout fait. M. Soumet réalisait l'idéal de ce qu'on entend vulgairement par un \isage poétique ; de longs cils noirs ombraient ses yeux qu'il levait vers