‹ Victor Hugo raconté par un témoin de sa vieChapitre 31 sur 49 · L'ODE A LA COLONNE · texte numérisé non relu

L'ODE A LA COLONNE

Tauteur ne l'avait attendu, et presque enthousiaste, de l'ode intitulée les Deux îles.

M. Victor Hugo ne fermait jamais sa porte, même pendant ses repas. Un matin, il déjeunait, quand la domestique annonça M. Sainte-Beuve. Elle introduisit un jeune homme qui se présenta comme voisin et comme rédacteur d'un journal ami ; il demeurait rue Xotre-Dame-des-Champs et il écrivait dans le Globe. Le Globe ne s'en tiendrait pas, dit-il, à un seul article sur les Odes ; c'était lui-même qui ferait les autres. Il avait demandé à s'en charger, redoutant un retour de 'M. Dubois, qui n'était pas tous les jours d'une humeur si admirative et qui redeviendrait bien vite professeur. L'entrevue fut fort agréable, et l'on se promit de se revoir ; ce qui était d'autant plus facile que M. Victor Hugo allait se rapprocher encore de son critique et loger lui-même rue Notre-Dame-des- Champs.

Quelques semaines après, M. Victor Hugo était dans une maison séparée de la rue par une avenue plantée d'arbres, et continuée par un jardin dont les faux ébéniers touchaient aux fenêtres de son appartement. Une pelouse s'étendait jusqu'à un pont rustique que l'été baignerait dans le verdoiement des branches.

M. Victor Hugo allait quelquefois lire les journaux sous les arcades de l'Odéon. Un jour de février 1827, il trouva la presse libérale en grand émoi ; un scandale avait eu lieu la veille chez l'ambassadeur d'Autriche. Le duc de Tarente, invité au bal de l'ambassade, avait été surpris d'entendre l'huissier l'annoncer : M. le maréchal Macdonald. Quand le duc de Dalmatie était entré, l'huissier avait annoncé ; M. le maréchal Soult. Les deux ducs

se demandaient ce que cela voulait dire et si c'était une erreur de l'huissier, lorsque le duc de Trévise était arrivé et avait été annoncé aussi : M. le maréchal Mortier. La même suppression de titres étrangers s'était faite pour le duc de Reggio. Il n'était plus possible de douter ; il y avait volonté et préméditation de l'ambassadeur ; l'Autriche, humiliée de titres qui rappelaient ses défaites, les niait publiquement ; elle avait invité les maréchaux pour les dégrader de leurs victoires, et elle souffletait l'empire sur leur face. Ils étaient aussitôt sortis tous ensemble de l'hôtel.

Le sang de soldat que M. Victor Hugo avait dans les veines lui monta au \asage ; il lui sembla qu'on insultait son père, et il fut saisi d'un irrésistible besoin de le venger. Il fît VOde à la Colonne.

L'ode, publiée immédiatement par les Débats en premier Paris, et répétée par plusieurs journaux, produisit un effet profond. La presse de l'opposition, jusqu'alors hostile au poëte royaliste, l'acclama cette fois ; en revanche, la presse ministérielle cessa de le louer ; attaquer l'Autriche, c'était attaquer les Bourbons, qu'elle avait ramenés en France ; glorifier les maréchaux, c'était glorifier l'empire. L'ode fit aux royalistes purs l'effet d'une désertion.

Ce fut le début de la rupture. Devant l'affront autrichien, M. Victor Hugo avait senti qu'il n'était plus vendéen, qu'il était français :

Contre une injure ici tout s'unit, tout se lève. Tout s'arme, et la Vendée aiguisera son glaive Sur la pierre de Waterloo 1

Il avait entre\Ti ime France plus grande que les

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