LA FÊTE A VERSAILLES
Dans l'été de 1837, Louis-Philippe voulut fêter à Versailles le mariage du duc d'Orléans. M. Victor Hugo fut invité. La veille de la fête, J\L Alexandre Dumas vint le voir, fort irrité. Il allait y avoir des promotions dans la légion d'honneur ; le roi, voyant son nom sur une des Hstes qu'on lui avait présentées, l'avait rayé ; cette offense lui avait tait renvoyer l'invitation qu'il avait reçue. M. Victor Hugo dit qu'il n'irait pas non plus, et écrivit au duc d'Orléans la raison de son refus.
Le soir, le secrétaire des commandements du prince accourut place Royale ; le duc d'Orléans, en recevant la lettre de M. Victor Hugo, était allé aussitôt trouver le roi, et lui avait parlé instamment pour le rétablissement du nom de M. Alexandre Dumas sur la liste. Le secrétaire n'était pas encore parti que M. Dumas revint, joyeux cette fois ; il venait de recevoir du duc d'Orléans un mot lui annonçant qu'il avait la croix et qu'il pouvait la porter dès à présent. Toute difficulté se trouvant donc levée, M. Victor Hugo promit au secrétaire du prince d'aller à Versailles. Il lui demanda s'il y avait un costume de rigueur ; le secrétaire répondit que tout était bon, excepté l'habit bourgeois.
La fête était pour le lendemain. Il n'y avait guère le temps de se procurer un costume. Mais M. Victor Hugo avait été de la garde nationale en 1830 et y avait été élu à je ne sais plus quel grade ; il retrouva son équipement dans une armoire. M. Alexandre Dumas et lui examinèrent l'uniforme pièce à pièce, des épaulettes au ceinturon ; c'était encore fort mettable. M. Dumas lui-même était officier ; c'était à merveille, il prendrait son uniforme, et ce serait entre eux une fraternité de plus d'avoir le même habit.
La fête commençait par la visite de l'intérieur du château. Si nombreuse que fût la foule, on circulait à l'aise dans ces vastes appartements royaux et dans ces galeries interminables. On y rencontrait tout ce qu'il y avait d'illustre en httérature, en peinture, en sculpture, en musique, en science, en politique, etc. Une des premières rencontres des deux gardes nationaux fut avec M. de Balzac, en habit de marquis, loué probablement et certainement fait pour un autre.
Après une assez longue promenade, M. Victor Hugo s'assit, avec MM. Alexandre Dumas, Eugène Delacroix et trois ou quatre amis qui s'étaient joints au groupe; la causerie fut interrompue par l'entrée du roi et de la famille royale. Le duc d'Orléans donnait le bras à sa femme. Le roi, naturellement aimable, et qui dans ce moment était, de plus, heureux, dit des choses gracieuses à ses invités, spécialement à M. Victor Hugo, qui crut remarquer que son habit de garde national ne lui nuisait pas dans l'esprit du roi. Après les compliments il lui demanda ce qu'il pensait de Versailles ; à quoi M. Victor Hugo répondit courtoisement que le siècle de Louis XIV avait