A M. FRANÇOIS DE NEUFCHÂTEAU
Ce vieillard qui du goût nous montre le sentier, Voltaire chargé d'ans, mais imposant encore, Des feux de son couchant embellit ton aurore : Il te nomma son héritier, Et c'est en toi qu'il revit tout entier. Il te légua sa poétique audace,
Son génie et son enjouement; Il te légua cet art charmant.
Cet art qu'il emprunta d'Horace, D'unir le rire au sentiment.
De mêler la force à la grâce.
De traiter un rien gravement Et de juger légèrement Nos grands intérêts d'un moment.
Oui, Neufchâteau, sur le Parnasse, Qui voit en toi son ornement.
Tu nous reproduis dignement Le vieux dieu dont tu tiens la place.
Ah 1 joins l'indulgence aux talents.
Accueille une naissante muse Qui vole à toi sans autre excuse Que sa faiblesse et ses quinze ans ; Permets qu'elle ose, en ses rimes légères. De la jeunesse et du printemps Marier des fleurs passagères A l'immortel laurier qui ceint tes cheveux blancs.
C'est peu ; souffre encor qu'elle espère En celui qui jadis fut l'espoir de Voltaire. Dans ton jeune Apollon il vit le digne appui
De son nom et de sa vieillesse ; Vieux à ton tour, illustre comme lui,
O Neulchâteau, daigne aujourd'hui
Etre l'appui de ma jeunesse.