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CHAPITRE XIX Le poème « Dieu

Sommaire. — Analyse du poème Dieu. — L'influence du Moïse jersien. — Les suggestions de Moïse confirmées et complétées par la Mort. — Les ébauches successives de Dieu. — Le poème Dieu et les conseils de la Mort. — Les paroles de la Mort jersienne et le subconscient hugolien.

Existe-t-il dans l'abondante production posthume de Victor Hugo, quelque ouvrage ayant eu le même privilège que Ce que dit la Bouche d'Ombre, d'avoir été commandé expressément par les esprits de Jersey? Oui. Il n'est pas douteux que les esprits de Jersey ont collaboré au poème Dieu. p§

Qu'est-ce que le poème Dieu? Une ascension de l'Esprit humain vers la Clarté suprême, vers le Jour. Le poème est divisé en trois parties. Il débute par : Ascension dans les ténèbres, et se termine en coup de théâtre sur l'illumination fulgurante intitulée : Le Jour. La partie intermédiaire, intitulée : Dieu, se subdivise en neuf chapitres qui correspondent aux diverses zones ténébreuses, de moins en moins épaisses, de plus en plus pénétrées de lumière, que traverse dans son ascension l'Esprit voyageur. Chacun de ces chapitres porte

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le nom d'un être symbolique : La Chauve-Souris, le Hibou, Le Corbeau, Le Vautour, L'Aigle, Le Griffon, L'Ange, qui habitent chacune de ces zones et âgées. Ils représentent et ils révèlent à l'Esprit voyageur, car il les entend qui parlent dans la nuit quand il arrive à leur hauteur, des conceptions de Dieu de plus en plus épurées. C'est ainsi que la Chauve-Souris représente l'athéisme ; le Griffon, le Christianisme ; et l'Ange, une forme religieuse plus approchée encore de la Vérité. La Vérité? Elle ne nous apparaît qu'après la mort. Et le poème s'achève sur cette révélation suprême.

L'Etre parla : Passant,

Écoute — Tu n'as vu jusqu'ici que des songes, Que de vagues lueurs flottant sur des mensonges.

Mais, esprit, trouves-tu que ce n'est pas assez? Ton regard, d'ombre en ombre et d'étage en étage; A vu plus d'hori on... — en veux-tu davantage? Veux-tu, perçant le morne et ténébreux réseau, T'envoler dans le vrai comme un sinistre oiseau?

Veux-tu dans la lumière inconcevable et pure Ouvrir tes yeux, par l'ombre affreuse appesantis? Le veux-tu? Réponds.

— Oui : criai-je^ Et je sentis...

Il me toucha le front du doigt Et je mourus.

(Jersey, 1855.)

Lisez maintenant cette révélation d'un esprit de Jersey.

« Moïse. — La vérité absolue n'apparaît à l'homme

qu'après la mort A mesure que le regard humain

s'élargit, la lumière augmente. Vous êtes dans le plein jour : contemplez » (Séance du 8 décembre 1853.)

Il semble que le poète de Dieu n'ait fait en 1855 que commenter et illustrer les paroles dites par l'esprit jersien de Moïse en 1853. Et, de fait, dès les révélations de Moïse, l'idée de cette ascension germe obscurément dans le cerveau du poète. Lisez Ibo des « Contemplations », écrit le 24 juillet 1854, au dolmen de Rozel :

Vous avez beau, sans fin, sans borne,

Lueurs de Dieu, Habiter la profondeur morne

Du gouffre bleu...

Je gravis les marches sans nombre,

Je veux savoir, Quand la science serait sombre .

Comme le soir !

Vous savez bien que l'âme affronte

Ce noir degré Et que, si haut qu'il faut qu'on monte,

J'y monterai !

Vers le 15 octobre, Hugo revient encore à ce même dessein dans Magnitudo paroi (Contemplations). L'intervention de la Mort, va hâter l'aboutissement du lent et inconscient travail qui s'opérait dans le cerveau du poète depuis la visite de Moïse. Le 22 octobre 1854, en effet, la Mort,

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présente ce soir-là dans la table, demande à Hugo de préparer une œuvre posthume intitulée : Conseils à Dieu.

« V. Hugo. — ... Ce que tu me conseilles de publier après ma mort, sont-ce des œuvres de révélation...? Ou sont-ce des œuvres de poésie contenant, comme toutes mes autres œuvres, seulement à un degré plus profond encore, l'intuition divine mêlée à la création humaine?, En un mot, que devra- t-il y avoir dans mon tombeau ? Un prophète ou un poète?... »

La Mort. — Il s'agit d'une œuvre formidable intitulée Conseils à Dieu ; la terre disparaît ; le sépulcre, chauvesouris de pierre, ouvre ses ailes d'ombre dans le crépuscule de la résurrection et bat de son vol la vitre flamboyante des astres ; l'oiseau sinistre va de planète en planète, et son cri de nuit chaque fois qu'il touche le bord d'une constellation, devient un chant de lumière ; il sort du soir et apporte l'aurore ; il s'envole d'un enfer et il annonce

un paradis ; il part hibou et il arrive alouette ; il saute

de paradis en paradis, et il niche de joie en joie, et il couve l'un après l'autre tous les globes et il fait éclore dans le ciel tous ses œufs

V. Hugo. — Je t'interromps pour te demander si tu connais les vers que j'ai faits il y a dix jours ?

La Mort. — Non.

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