‹ Victor Hugo spiriteChapitre 30 sur 34 · LA CLEF DU MYSTÈRE · texte numérisé non relu

LA CLEF DU MYSTÈRE

A la séance du mercredi 7 juin 1854, un Anglais, M. Pinson, qui ne marque aux tables aucune confiance, les interroge en anglais sur des affaires de famille connues de lui seul. Personne parmi les assistants ne sait l'anglais. Les réponses qu'il obtient sont telles qu'il ne peut en contester l'exactitude. A la même séance, Kesler, un autre réfractaire, fait subir à la table une épreuve semblable dont elle sort également victorieuse :

« Kesler. — Je pense un mot ; veux- tu le deviner? La table. — Augusta,

Kesler. — C'est bien cela, veux-tu en deviner encore un?

La table. — Florence.

Kesler. — Oui. »

L'action de Victor Hugo ou de son fils Charles ne saurait être ici envisagée.

Les autres réponses, du moins j'entends les vers et les longs discours philosophiques, émanent-elles de Victor Hugo? L'hypothèse ne peut être écartée à priori. Mais alors il faut admettre :

i° La parfaite bonne foi de Victor Hugo. Il prend les choses trop au tragique pour ne pas les prendre au sérieux. La déférence avec laquelle il recueille les révélations des esprits et se soumet à leur influence atteste l'inconscience de toute intervention active. Il croit sûrement aux tables. Sa foi nous garantit sa bonne foi. Le soin qu'il

prend à l'occasion de s'informer de l'identité des esprits suffirait à nous convaincre qu'il ne songe guère à une confusion possible de son moi avec le leur.

V Hugo. — Qui es-tu? L'ombre. — Es-tu l'ombre de quelqu'un? — Du sépulcre. — Peux-tu nous dire ton nom? Non. — Le monde auquel tu appartiens est-il la continuation de cette vie? — Non. — Cependant, tu as vécu? —

Non. — Tu es un ange? — Oui. — L'ange de la mort?

— Oui.

(Et comme l'ange mystérieux semble à un moment inter peler des esprits: Esprits venez ici !...)

V. Hugo. — Les esprits que tu appelles ici ont-ils vécu de la vie des hommes? — (Pas de réponse.) — Peux-tu répondre? — Non. — (Agitation de la table.) — Puis- je te calmer? — Non. — Es-tu un esprit heureux? Le bonheur

n'est qu'humain, il suppose le malheur. — Si nous

nous conduisons bien dans cette vie, pouvons-nous espérer une vie meilleure ? — Oui. — Si nous nous conduisons mal, aurons-nous une vie plus douloureuse ? — Oui. — Les âmes des morts sont-elles avec toi ? — Sous moi. — Tu dis que tu es tout et partout : es-tu Dieu ? — Sur moi.

2° L'influx psychique se produit à l'insu de notre poète, et parfois même hors de sa présence immédiate, j'allais écrire : en son absence.

Aux séances des 22, 25, 27 et 29 janvier et Ier février 1854, l'esprit qui anime la table déclare être Shakespeare. Et il dicte trois pièces qui contiennent, ma foi, de fort belles strophes, dignes du

Page 1