MERY ET BARTHELEMY
Chateaubriand
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Vers la fin du mois de décembre 1840, Victor Hugo déposait chez le portier de Chateaubriand une petite brochure de trente pages (1), accompagnée de ce billet :
« Après vingt-cinq ans, il ne reste que les grandes choses t et les grands hommes : Napoléon et Chateaubriand. Trou- < vez bon que je dépose ces vers à votre porte. Depuis c longtemps vous avez fait une paix généreuse avec « l'ombre illustre qui les a inspirés. Permettez-moi de c vous les offrir comme une nouvelle marque de mon an- « cienne et profonde admiration (2) ».
Et l'auteur du pamphlet de 1814, De Buonaparte et des Bourbons, répondait au poète : t Je ne crois point à moi, e je ne crois qu'à Bonaparte. C'est lui qui a fait et signé la c paix qu'il m'a donnée... Je sens plus que jamais l'immen- « site du génie de Napoléon, mais avec les réserves que e vous avez faites vous-même dans deux ou trois de vos c plus belles odes (3) ».
(1) Victor Hugo, Le retour de l'Empereur; Paris, 1840, in-8°.
(2) Victor Hugo, Correspondance .. . ; p. 37.
(3) Léonce Pingaud, Chateaubriand, Napoléon et les Bourbons ; dans la. Revue de Paris, l" août 1909, p. 617.
C'est que, depuis 1818, où il fut en délicatesse avec le ministère Decazes, Chateaubriand s'était peu à peu détaché des Bourbons, de ces princes d'une race à laquelle il avait tant sacrifié. Il commençait dans ses Mémoires d'outre-tombe ces éloquents fragments expiatoires où il rachetait les outrages de son libelle de 1814. C'est là que, mêlant avec un orgueil familier la vie de l'Empereur à la sienne, il a laissé sur la bataille de Waterloo une page d'une émotion intime et sobre. Cette fois ce n'est point la description du combat que nous allons trouver, mais ce que réveille dans un cœur français l'écho de cette lointaine tragédie. Page de haute allure, elle clôt ici dignement et avec splendeur, l'hyme des poètes. Ministre de l'Intérieur in partibus, Chateaubriand avait suivi, à Gand, Louis XVIII enfui de Paris. C'est dans les campagnes flamandes qu'il rêva la page que voici.