‹ Victor Louis, architecte du Théâtre de BordeauxChapitre 22 sur 86 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La nouvelle Salle de spectacle avec tous ses accessoires, sans y comprendre néanmoins la salle de concert,

coûtera donc . 1,497,11 5* 4S 8d

Mais la vente des emplacements n’a produit!

que la somme de3 *. . . . 840,000* os odJ

Et la Ville a avancé pour > 1,060,843 i3 n

des dépenses directes à 1

la Salle, celle de . 220,843 i3 11/

Reste. . . . 436,271* ios 9d

Les 436,271 liv. 10 s. 9 d. est donc le montant qui manque pour mettre ce monument à sa perfection.

A l’égard de l’époque à laquelle ce bâtiment pourra être

1 L’intérieur de la Salle était alors fort avancé, puisque, dans l’aperçu des travaux qui restaient à faire, nous ne trouvons que la charpente et la menuiserie du parterre et de l’amphithéâtre, les bancs et banquettes, la peinture et les ornements des loges. Mais les colonnes et leurs chapiteaux étaient en place, de même que les arcs doubleaux, les pendentifs, les grandes voussures, l’entablement corinthien du pourtour de la Salle et la devanture générale des trois rangs de loges.

2 Cette somme doit se décomposer ainsi : 364,765 liv. 1 s. 8 d. de novembre 1773 à novembre 1774, et 5o8,35o liv. 3 s., de mars 1775 à février 1777.

3 Nous devons dire que ce chiffre ne concorde pas avec celui que

donne M. Blanchet de La Sablière, dans un état daté du 14 mars 1777

qui se termine ainsi : « Dépense 545,399 liv. g s. 6 d. Recette 543,071 liv. Soit 2,328 liv. 9 s. 6 d. dont le comptable est en avance. » Et dans

entièrement fini, cela dépendra de la quantité d’argent qu’il sera employé pendant le courant des travaux; par exemple, en ne dépensant que 1 0,000 livres par quinzaine, sa construction durera à peu près deux ans encore. Mais si, au lieu de cette dépense, on faisoit celle de 18 à 20,000 livres par quinzaine; la Salle pourra être finie et prête à y jouer, de Pâques prochain à un an.

Les jurats, mécontents de la brièveté de cet aperçu, rédigèrent un mémoire adressé à M. de Saint-Maur, dans lequel ils exposaient d’abord leurs griefs, puis leur désir de voir achever les travaux par adjudication comme ils avaient été commencés de 1773 à 1774. La lecture de cet écrit démontrera combien les officiers municipaux tenaient Louis en suspicion. Mais à leur plaidoyer d’un esprit si soupçonneux, l’Intendant fit une réplique vigoureuse; jamais l’architecte n’avait été soutenu plus chaleureusement. En somme, les mémoires ci-après indiquent la situation des deux camps : d’une part, des vues mesquines, intéressées, sous prétexte d’un meilleur ordre administratif; de l’autre, des vues larges, des intentions généreuses, puisqu’elles avaient « pour but le bonheur et la prospérité de la ville de Bordeaux ' . »

le Journal de recette et dépense, commencé le 17 août 1775 et fini le 5 décembre 1777, le total des ventes de terrain s’élève à 662,766 liv. 7 s. 1 d. Pour justifier le chiffre de Louis, il faut donc évaluer le montant des 5 emplacements vendus de 1773 à 1774 par les jurats à 177,233 liv. 12 s. 11 d.

1 D’après une note, sans signature, qui est jointe au dossier fourni par Louis, il est dit: « Le tableau ne remplit pas la demande- qui a été faite. La première colonne de ce tableau contient la description du monument; elle est indifférente, dans cette circonstance, à l’état estimatif dont il est question. La deuxième et la troisième présentent la situation des ouvra ges faits et la dépense d’iceux jusqu’au 19 avril 1777. (Le tableau de Louis dit 8 février.) Cette dépense n’a pu être connue que par des pièces, comme avant-toisés, mémoires, états de fournitures, etc., soit d’après les marchés d’entreprises, soit d’après un système économique. Ces pièces auront probablement donné lieu à un compte qui aura été arrêté. La

« A Bordeaux, le 22 mars 1777.

» Monsieur,

» Nous avons demandé au sr Louis, architecte de la nouvelle » Salle de spectacle de cette ville, un devis estimatif détaillé des » ouvrages qui restent à faire pour mettre ce monument à » sa perfection. Cette entreprise a été commencée des deniers » empruntés par la Ville pour une autre destination ; elle a été » continuée du produit d’pn terrein concédé à la Ville, et la Ville » est chargée de fournir aux dépenses qui restent à faire.

» Ces objets, M., sont par eux-mêmes une partie trop essentielle » de l’administration qui nous est confiée et sont trop considé- » râbles pour que nous ne soyons pas en droit de les connoître.

» Le sr Louis, qui avoit promis de déférer à notre demande, » ne nous a cependant fourni qu’un apperçu des dépenses qui » restent à faire et qu’il fait monter à la somme de 624,000 livvres. » Cet apperçu, porté sûrement au plus fort, est bien propre à » accréditer l’idée du public que l’édifice coûtera beaucoup plus » qu’il n’auroit dû coûter et établit la nécessité d’un devis détaillé, » pour pouvoir se fixer d’une manière positive.

» Ce qui a été fait pour la bâtisse de ce monument semble » fortifier cette idée ; tous les travaux ont été entrepris par » ceconomie ; il en est cependant beaucoup qui auroient pu » être donnés à l’entreprise, par toise ou autrement. C’est ainsi » que l’on procède dans les bâtiments du Roi et que l’on doit » procéder pour tous les ouvrages publics.

» Il est d’expérience que les ouvrages entrepris en total et en » bloc par œconomie ne sont rien moins qu’œconomiques en ce

dépense des ouvrages faits étant constatée de cette manière, il auroit fallu, pour en justiffier, que le comptable donnât une copie du compte ou au moins l’extrait certifié. La quatrième colonne contient le dépouillement des toisés et devis estimables des ouvrages qui restent à faire. Ce dépouillement ne donne que la dépense sommaire de beaucoup d’espèces d’ouvrages confondus ensemble; l’usage ordinaire, en pareille occasion, est de développer la dépense dans un état estimatif et détaillé dont chaque article est appuyé de la pièce qui lui est relative, et ces pièces sont les toisés ou devis estimatifs particuliers qui ont été faits à l’occasion du susdit dépouillement; ils doivent être souscrits de l’architecte ou des entrepreneurs qui auroient donné leur soumission. Tous les ouvrages qui restent à faire peuvent être exécutés par entreprises, d’après leurs appréciations; on en exceptera cependant les machines, etc...» Il est aisé de concevoir que toutes ces remarques critiques proviennent de l’administration des jurats.

» que les apareilleurs, piqueurs et autres surveillans gagés, n’ont » ni la sévérité nécessaire dans les atteliers, ni d’intérêt à veiller » au bon emploi des matériaux. Peut-être, M., que la Ville fait » des pertes considérables par le temps que perdent les ouvriers » et le peu de réflexion dans l’emploi des matériaux. Cette façon » d’entreprendre a d’autres inconvénients et est d’ailleurs trop » favorable à la cupidité d’un entrepreneur.

» Il est encore d’expérience que les ouvrages par entreprise à la » toise ou autrement se font beaucoup plus vite et aussi bien, » peut-être mieux, parceque l’architecte n’a qu’à veiller à la «faction de l’ouvrage. Ces réflexions, M., nous sont revenues » très souvent, nous les avons exposées et néanmoins les choses » n'ont pas changé; elles sont cependant des plus justes, tendent » à épargner des dépenses inutiles et aux plus grands biens. Le » passé est sans remède ; certains ouvrages sont si avancés qu’ils » doivent être continués comme ils ont été commencés ; mais ce » qui reste à faire est assez considérable pour mériter la plus » grande attention et cela ne reviendra sûrement pas à 624,000 liv. » si l’on procède par entreprise sur les objets qui en sont encore » susceptibles :

» i° La charpente du Théâtre; 20 la couverture et plomberie; » 3° la ménuiserie et la serrurerie des portes et croisées qui restent » à faire; 40 les ouvrages en plâtre; 5° les carrelages et pavés; » 6“ la sculpture des chapiteaux, colonnes, pilastres, et la déco- » ration de la porte d’entrée de l’amphithéâtre; 7° les décorations » du Théâtre et quelques autres parties des ouvrages.

» On pourroit, M., faire des devis bien circonstanciés de tous » ces objets et les donner ensuite à la moins dite. On ne peut point » dire qu’il n’y a pas à Bordeaux d’ouvriers en état de faire ces » ouvrages; il y en a dans tous les genres qui valent au moins » autant que les étrangers employés jusqu’à ce jour. D’ailleurs, » M., les entrepreneurs pourroient être assujettis à donner bonne » caution et à fournir leurs ouvrages dans un temps fixé. On » pourroit les obliger à faire l’avance de partie du prix, ce qui » avanceroit la perfection de l’édifice, sans constituer la Ville » dans des emprunts toujours nuisibles et presqu’impraticables » mais au moins dangereux.

«Nous croyons, M., qu’il est nécessaire de donner à l’entre- » prise les parties des ouvrages qui en sont susceptibles; nous » le croyons parcequ’il en résultera réellement de l’économie,

» que c’est dans la plus grande règle et, dans l’intérêt de l'admi-

nouvelle salle de spectacle de bordeaux. 3 17

» mstration qui nous est confiée, nous avons cru devoir vous «faire ces observations. Nous vous supplions, M., de vouloir » bien les prendre en considération. Veuillez aussi ordonner » qu’il nous soit remis incessamment un devis estimatif bien » détaillé des ouvrages qui restent à faire pour perfectionner les » bâtiments de la Salle de spectacle, afin de se fixer positivement » sur la dépense et prendre les moyens d’y pourvoir, et enjoindre » de les faire par entreprise, du moins ceux qui peuvent en être » susceptibles, si vous croyés, comme nous en sommes persuadés, » que cela produira un plus grand avantage; nous croyons, M., » que les sommes qui sont en caisse, celles à rentrer, ce que » produira l’économie que nous proposons et cinquante mille » écus que la Ville doit fournir formeront un fonds plus que » suffisant pour les travaux qui peuvent être faits pendant cette » campagne. Ce parti, M., est un sûr moyen d’avancer l’ouvrage » et d’en diminuer les dépenses. Nous nous prêterons à tout autre » autant qu’il dépendra de nous. Celui d’un emprunt, autrement » qu’en engageant les ouvriers à faire des avances, nous semble » impraticable; la Ville est déjà si obérée.

» Nous désirerions bien que la vente d’une lizière du glacis, » vis-à-vis le Jardin Public, put être un moyen dont nous puissions «faire usage; mais, M., nous ne trouvons pas que la Ville ait » plus de propriété sur cette partie que sur le reste de l’esplanade; » elle a toute été formée aux dépens de la Ville ; c’est le seul titre » que nous puissions employer et nous avons déjà éprouvé qu’il » n’a pas été accueilli d’une manière favorable.

» Nous sommes avec respect, Monsieur, vos très humbles et » très obéissants serviteurs.

» Les Maire, Lieutenant de maire et Jurats gouverneurs de Bordeaux,

» Ch A VAILLE. »

Réponse de M. Dupré de Saint-Maur à MM. les Jurats de Bordeaux 1 .

« A Paris, ce 28 mars 1777.

» Je m’empresse, Mrs, à répondre à la lettre que vous m’avez » fait l’honneur de m’écrire le 22 de ce mois, concernant la Salle

1 M. Detcheverry a publié des extraits de cette réponse, p. 86, mais il ne la place pas à son ordre chronologique, de même que pour d’autres documents publiés par lui.

» de spectacle qui se construit à Bordeaux ; si la suite des ouvrages » qui restent à y faire étoit remise à vos soiiis, je ne doute pas que » vousnelesyemployassiésdevotre mieux; mais le Gouvernement » n’ayant point encore témoigné que son intention soit d’inter- » vertir la forme de régie établie à ce sujet, il me semble que les » changements que vous vous disposez à faire sont au moins » précoces. Il en est de même de votre demande à M. Louis, qui » n’a pas manqué à ce qu’il peut vous devoir en se dispensant » d’entrer vis-à-vis de vous dans des détails que le Ministère, sous » les ordres duquel il est employé, est seul dans le cas d’exiger » de lui. Vous vous autorisés, Mrs, des avances que vous avés » faites; j’en connois bien l’objet et je m’étonne que vous veuillés » y comprendre le prix des terreins qui ont été vendus ; ce don » du Roy ne vous a pas certainement coûté beaucoup. Les » nouveaux droits, dont le produit vous assure les moyens de » conduire à sa perfection l’entreprise dont il s’agit, sont, je » l’avoue, une charge pour vos concitoyens, mais, en supposant » que les dépenses de construction de la Salle de spectacle puissent » monter à 16 ou 17 cens mille livres, comme le Roy en aura » donné environ 900 1 et que le loyer de la Salle et des accessoires » doivent opérer par la suite un revenu annuel de 5o à 60 mille » livres, les 7 ou 800 mille que vous avez fournis se trouveront » avoir été placés d’une manière assez avantageuse pour qu’on » ne vous en fasse jamais de reproches. La ville de Bordeaux » seroit plus riche qu’elle n’est, si ses administrateurs avoient fait » de tems à autre de semblables emplois. Je ne fais pas même, » comme vous le voyés, entrer en ligne de compte le plaisir » de voir élever dans l’enceinte de vos murs le plus superbe » monument de ce genre qui existe dans le monde entier 2!

» Au surplus, Mra, pour en venir à vos vües œconomiques, il » n’y a personne qui ne connoisse les moyens que vous proposés «d’employer; ils ont déjà été discutés sous mes prédécesseurs » et n’ont pas été adoptés parceque réellement ils sont imprati-

1 Cette somme de 900,000 représente la valeur des terrains concédés par le Roi dans ses lettres-patentes du 4 septembre ijy3; mais on vient de voir que, d’après Louis, ce chiffre n’était pas atteint.

2 M. Dupré de Saint-Maur n’attendit pas l’achèvement du Théâtre pour le proclamer le plus remarquable en son genre, et, à ce sujet nous ne lui ferons pas de reproches; mais au point de vue des revenus annuels que ce monument pourrait donner à la Ville, il est permis de douter de la sincérité de cette opinion ou d’en être quelque peu surpris.

NOUVELLE SALLE DE SPECTACLE DE BORDEAUX. 3l9

» cables, pour des édifices tels que celui dont il s’agit, soit à raison U de ce que dans une entreprise aussi vaste, il y a une multitude » de détails et d’événements qui ne peuvent pas être soumis à un » calcul assez précis, soit parcequ’on manqueroit de sujets assez » avancés ou assez hardis pour s’en charger, à moins qu’on ne » leur présentât des bénéfices immenses. D’ailleurs, il est reconnu » que les ouvrages qui s’exécutent par régie sont tout autrement » durables que ceux qui ont été donnés au rabais ; en effet, si l’on » doit appréhender d’être trompé par des ouvriers, c’est bien » plutôt lorsque leur bénéfice peut s’augmenter en proportion » de la mauvaise qualité de leur besogne et de l’adresse qu’ils » employent à en cacher les vices, que quant on les met dans le «cas de n’avoir aucun intérêt à mal faire; ils peuvent alors » sans contredit aller un peu moins vite qu’ils ne feroient s’ils « travailloient pour leur compte ; mais quant on devroit tabler » sur un quart ou même un tiers de perte de tems de la part de » chacun d’eux, ce qui seroit exagéré, comme cette augmentation » neporteroit que sur la main d’œuvre et non sur le prix des maté- » riaux, cela n’enchérissant peut-être pas l’ouvrage d’un iome au » total ne peut nullement entrer en balance avec les avantages » qui résultent d’une régie éclairée. Aussi, n’y a-t-il presque pas » d’exemple qu’un ouvrage public de quelque importance, et dans » lequel on ait eu en vüe de travailler pour la postérité, ait été » conduit autrement.

» Vous pensés que cette méthode a l’inconvénient d’être trop » favorable à la cupidité de celui qui dirige l’entreprise? On vous » a tout d’abord mis à portée de le surveiller, en créant, avec de » bons appointements, un emploi de controlleur pour le sr Bonfin, « votre architecte et votre homme de confiance. Croyés vous que n si mes prédécesseurs n’eussent cherché à prévenir de pareils » soupçons, peu honnêtes cependant vis-à-vis d'un homme à » talens tel que celui qui est à la tête de ce grand ouvrage, ils se » fussent prêtés à une dépense aussi inutile? Les mêmes égards » m’ont empêché de la supprimer. Vous conviendrez pourtant » vous même de la qualification que je lui donne, si vous faites » réflexion que le sr Bonfin ne nous a encore déféré aucun abus, » ce qui paroit prouver qu’il n’y en a pas eû, ou qu’il ne les a pas » apperçus, ou enfin qu’il auroit manqué à son devoir en ne les » dénonçant pas aux personnes faites pour y remédier, ce que je » ne puis me persuader. Au moins sera-t-il en état de vous » témoigner que M. Louis a toujours employé, à la tâche ou à la

VrCTOR LOUIS.

» pièce, ceux des ouvriers qui pouvoient l’être sans que la solidité » ou la perfection de l’ouvrage y fussent intéressés.

» Vous regrettés que l’on ne fasse pas plus d’usage des gens dq » Païs et qu’on paroisse leur préférer des étrangers. Les motifs » qui ont dû décider sur ce point sont assés frappans : i° au prix » où est déjà la main d’œuvre, à Bordeaux, tout propriétaire qui a » à bâtir étoit sûrement dans le cas de désirer qu’un attelier, aussi » considérable que celui que la construction de la Salle de » spectacle exigeoit, ne se format pas aux dépens des atteliers des » maçons ou autres entrepreneurs de la Ville, et il falloit pour » cela admettre des ouvriers étrangers; 2° cette admission étoit » encore plus utile pour former le goût des ouvriers du païs et » exciter leur émulation. J’en dirois davantage, si je ne craignois » de choquer votre délicatesse, car il me semble que plusieurs » arts sont presqu’œuvre dans leur enfance, à Bordeaux, notam- » ment celui du trait ou de la coupe des pierres1, l’art de la » charpente, etc. J’en appelle à tout connoisseur qui donnera » un coup d’œil sur les maisons que l’on bâtit encore aujourd’hui, » dans les différents quartiers de votre Ville. Au surplus, Mrs, de » quelque manière que l’on s’y prenne pour la conduite des » ouvrages de la Salle de spectacle, le point principal est de se » procurer des fonds nécessaires aux dépenses qu’ils exigent encore. » M. Louis a pu les porter un peu trop haut dans son apperçu, » mais il est certain qu’en vous en tenant à fournir vos 5o mille » écus par an et à commencer seulement lorsque les fonds » actuels seroient consommés, vous retarderiez de beaucoup une » jouissance utile pour les intérêts qui vous sont confiés et » agréables pour ses habitants qui l’attendent avec impatience. » Ne doutés pas que le Ministère ne se croye obligé de prendre » de nouvelles mesures pour éviter ce retard, dès que la Ville ne » peut pas faire d’effort à cet effet, et je ne vous dissimule point » que je vais solliciter une décision prompte, si vous ne me » mettés à même de subvenir à la dépense. Je serai d’ailleurs le » premier à approuver la circonspection que vous semblés » vouloir mettre dans l’administration de vos finances. J’ai » entrevu d’autres objets de réforme auxquels je me propose

i Le succès qu’eut à Bordeaux Joli Cœur du Mans, ce tailleur de pierres dont nous avons parlé page 3o6, confirme ce passage du mémoire qui nous paraît en cet endroit dicté par l’architecte Louis et quelque peu entaché d’exagération; il ne faut pas oublier les artistes et praticiens venus à Bordeaux, trente ans auparavant, sous la direction de Gabriel.

» bien de donner aussi mon attention, à l’avenir. Toutefois, la » vente du terrein qui longe l’avenue du Jardin Public étoit » suivant moi une ressource que vous pouviés au moins tenter, » dans l’occasion présente. Les objections que vous me faites » me prouvent que vous n’avés pas seulement tâché d’appro- » fondir les droits de la Ville à cet égard. Si vous aviés demandé » à compulser les anciens plans du Chateau Trompette, qui sont » entre les mains des ingénieurs, j’ai lieu de croire que vous y » reconnoitriés au juste les bornes des glacis telles que je vous nies désigne. Lorsque M. de Tourny a tracé les allées qui » portent son nom et ce magnifique chemin par lequel on va aux » Chartrons, après avoir cotoyé le Jardin Royal, j’ay bien entendu » dire qu’il avoit essuyé des contradictions, mais ce n’est point » de la part des officiers du Chateau Trompette, qui n’eussent » pas manqué de se plaindre aussi, s’il eût entrepris sur les » dépendances de ce Chateau. D’un autre côté, il est difficile de » croire qu’il ait trouvé ces lignes droites toutes tirées et qu’il » n’ait eu qu’à les suivre; il n’y auroit pas eu grand mérite. » N’est-il pas plus probable qu’en traçant ces plantations à » travers des parties de terreins irrégulières, il a été obligé d’en «laisser quelques portions le long du glacis? Or, comme ces » terreins appartenoient à la Ville, soit à titre de propriété «ancienne, soit par l’acquisition que M. de Tourny en avoit » fait pour construire ses promenades ou ces chemins, sa » réclamation peut-elle manquer d’être fondée; les circontances » me paroissent devoir vous favoriser sur cela, et j’aurois été bien » aise que vos concitoyens vous en eussent l’obligation. Quelles » que puissent être vos raisons d’avoir sur ce projet une opinion » différente de la mienne, je me flatte que vous ne m’en sçaurés » pas moins gré de mes intentions; elles auront toujours pour » but le bonheur et la prospérité de la ville de Bordeaux.

» J’ai l’honneur d’être, etc. 1 »

A propos de la vente d’une lisière de terrain longeant l’avenue du Jardin Public et qui, suivant l’avis de M. Dupré de Saint-Maur, était une ressource qu’il ne

i Ce mémoire n’est pas signé, mais la minute est presque entièrement écrite de la main de M. Dupré de Saint-Maur. (Arch. departem.de la Gironde.)

fallait pas négliger, nous trouvons, dans ùne lettre que l’administration municipale adressait au prince de Montbarrey, ministre de la guerre, pour demander au Roi la permission de disposer de ce terrain, les explications suivantes, qui méritent d’être relatées :

« Au reste, la propriété de ces terreins ne fut jamais » contestée à la Ville. Si, depuis un certain nombre » d’années, elle ne l’a pas fait valoir, c’est seulement » parce que des maisons que l’on se proposoit de » construire furent prétendues nuisibles à la défense du » Chateau, par les officiers qui y commandoient alors. » Mais ce motif, qui déjà n’étoit que spécieux, seroit » absolument inadmissible aujourd’huy que les plus » belles maisons de la Ville et la superbe Salle de » spectacle occupent des emplacements que la même y> raison faisoit laisser à découvert et qui sont plus » rapprochés du Château que ceux que les exposants » réclament.

» Vous êtes d’ailleurs instruit, M®1' , de la destination » originaire de cette forteresse, qui n’eut point pour objet » de préserver la Ville de l’incursion des étrangers, mais » bien de faire cesser les divisions intestines qui la » déchirèrent dans des temps de trouble et d’anarchie. »

L’aveu est bon à retenir et nous explique les projets émis déjà pour la démolition de cette forteresse, démolition que, dans quelques années, nous verrons entreprendre par Louis.

Mais nous n’en avons pas encore fini avec tous les obstacles qui accompagnaient, au jour le jour, la marche des travaux. Pendant que M. de Villiers du

Terrage, un des premiers commis du ministère des Finances, informait M. de Saint-Maur de la demande des jurats, celui-ci tenait son secrétaire M. de Chauveton et l’architecte Louis au courant de ses démarches auprès de M. Necker pour obtenir, de quelques acquéreurs retardataires le paiement immédiat du solde de leurs adjudications ou l’annulation des ventes qui leur avaient été consenties. Cette ressource permettait d’attendre la concession du bail des octrois, et l’on va voir, dans les deux lettres suivantes, en quels termes navrants Louis réclamait le montant des dernières acquisitions :

« A Bordeaux, ce 12 avril 1777.

» Monsieur,

» J’ay envoyé ce matin le sr Durand recevoir les dix » mille livres dont vous avés eu la bonté de m’envoyer » l’ordonnance, pour satisfaire aux dépenses du montant » du 53e rolle pour la nouvelle Salle de spectacle; j’ay » appris avec douleur qu’il n’y avoit plus que trois mille » livres en caisse, et que si Mrs L’hotte et Lafargue 1 ne » déposoient pas au moins dix mille livres, d’ici au 26 du » courent, époque de la paye des ouvriers, on seroit y> obligé de suspendre les travaux, faute de pouvoir payer » la dépense de la quinzaine prochaine; en suposant » même que Mrs L’hotte et Lafargue donnent un )) accompte, payent même le tiers des 38,266 1. 1 3 s. 4 d. )) qu’ils doivent, pour les deux emplacements qu’ils ont )) achetés, la quinzaine d’ensuite nous nous retrouverions » dans le même embarras, d’autant que le sr Lafitte,

1 Tous les noms qui figurent dans cette lettre sont ceux des acquéreurs de terrains qui n’avaient pas encore payé le montant de leur acquisition.

VICTOR LODIS.

» Lajard et Douât, ont payées les 46,323 liv. 4 s. 6 d. » qu’ils doivent, et que M. Lanoy ne doit payer les » ig,200 liv. 11 s. 1 d. qu’il doit qu’au 5 septembre » prochain, ainsi que M. Douât le reste du payement de » terrein, à la même époque, qui est une somme de » 9,123 liv. 6 s. 8 d., il est à croire que Mrs Lhotte et » Lafargue ne payeront pas aux époques des quinzaines; » ainsi Monsieur, [sans] votre secour, je vais me trouver » dans le plus grand embarras, obligé de renvoyer les » ouvriers et de suspendre dans un tems le plus favorable » pour la bâtisse; je vous suplie de me dicter ce que je dois » faire, dans la circonstance ou je me trouve, car il serait » cruel pour moy de me voir persécuter par des ouvriers » pour le payement de leurs salaire, ce qui ne manque- » raient pas de m’arriver, si on ne les satisfesoient pas.

» Vous voyez, Monsieur, que ma position est des plus » cruel, non seulement par la suspension des ouvrages » mais par la perte de la campagne et par le retard d’une » année que je serai obligé de passer de plus, à Bordeaux; » je vous avoue, Monsieur, que cette incertitude me fatigue » plus la tête que tous les travaux que j’ay à conduire; si » je n’avais l’espérance dans vos bontés, je crois qu’elle me » tournerait. Daignés donc venir à mon secour et m’ôter » de cette situation pénible, ma reconnoissance sera aussi » étendu que le respect avec lequel j’ay l’honneur d’être, » Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

» V. Louis. »

« A Bordeaux, ce 19 avril 1777.

» Monsieur,

» J’imagine que Mrs Lafargue et L’Hotte ayant donné » leur parole de compter le tier du montant des terrains

» qu’ils ont achetés, dans la semaine prochaine, ils seront » exact à faire ce payement, d’autant qu’ils en ont » donnés leur parole d’honneur à Mr Génevois. En » conséquence, je suis tranquil sur le payement des » dépenses du 54me rôlle, qui tombera le 26 du courant, » mais je ne vois plus de fond pour subvenir aux autres, » M. Lafargue ne devant payer, à ce qu’il m’a été dit, » qu’en trois mois, et Mrs Doit et Lanoix qu’au mois de » septembre.

» Pardon, Monsieur, si je vous fais part de toutes mes » inquiétudes, mais ma position l’exige et l’avenir me » paroit cruel ; si vous n’avez la bonté de vous intéresser » à cette pauvre Comédie, je vois qu’il faudra tout » cesser, mais je met toute mon espérance en vous, et » suis bien reconnoissant de toutes les peines que vous » voulez bien prendre à cette affaire.

s Mr Lajard n’a pas manqué de passer chez moy; je » lui ai dit que Mrs Lafargue et L’Hotte se disposoient à » payer; il m’a paru très fâché de ce que ces terreins ne » fussent pas à vendre, mais il m’a fort engagé de vous » suplier de faire adjuger, le plus promptement possible, » le terrcin qui reste à vendre à un de ses amis nommé » M. Castagné. Vous avez dû, Monsieur, recevoir beau- » coup de lettres à ce sujet; j’ai même déjà eu l’honneur » de vous en parler; il offre de payer comptant; on va » tous les jours à l’Hôtel de Ville pour pouvoir terminer » cette affaire, et on le refuse constament.

» L’entablement de la Salle de spectacle se pose pour » le présent ; toute l’architrave ainsi qu’une partie de la » frise est posé, mais toutes les pierres qui composent » cet entablement sont taillées; la voûte du perystile est » les deux tiers faite; si j’étois un peu aidé, j’aurois élevé,

» d’ici à quatre ou cinq mois, toutes les façades extérieures » de cet édifice.

» Je fais travailler aux charpentes du comble qui doit » couvrir la partie du théâtre. Une partie des planchers » du 2me étage sont taillées. Je vais commencer la char- » pente de la couverture de la salle de Concert.

» Presque tout l’intérieur de la salle est posé; toutes » les colonnes du pourtour sont en place; l’entablement » qui couronne ces dittes colonnes servant d’apuy au » 4e loges est absolument à demeure; les coupolles » qui les accompagnent, ainsi que les pendentifs, sont y> posées depuis longtems. Tous les planchers des 2mes et » 3mes loges sont à peu près fini. Je ferai tout de suitte » mettre les devantures de loges.

» Les sculpteurs ont déjà fait 14 chapiteaux de l’inté- » rieure du grand escalier, et plusieurs de la façade » extérieure sont ébauchées.

» M. Robin a fini le trait de toutes les figures de son » plafond; il a commencé d’hier a mettre les couleurs; » son travail pourra être fini d’ici à deux mois.

» Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et » très obéissant serviteur.

» V. Louis. »

Louis n’était pas le seul à se préoccuper d’une situation si pénible, « de ce manque absolu de fonds pour continuer les ouvrages de la Salle de spectacle. y> Le Contrôleur général Taboureau, le maréchal de Mouchy, l’intendant Dupré de Saint-Maur et Necker1,

1 Necker (Jacques), né à Genève en 1732, nommé Directeur général des finances le 3o juin 1777, en remplacement de Taboureau. Il redevint ministre en 1789 et mourut en 1804.

qui arrivait aux affaires, en qualité de Directeur général du trésor royal, échangeaient lettres sur lettres, dépêches sur dépêches, les unes proposant des emprunts ou l’imposition sur le sel, les autres la concession de nouveaux terrains dont la vente procurerait les ressources tant jdésirées; enfin le Ministre autorisait l’Intendant à prendre encore sur la caisse de l’emprunt de Gênes, qu’il croyait sans doute inépuisable, une somme de i5o,ooo livres; seulement il ne s’agissait plus de remplacer cette somme à l’aide des fonds résultant des ventes de terrains, mais bien avec les deniers que l’administration municipale était tenue de fournir sur le bail des octrois; c’est dans cet esprit que M. Taboureau écrivait à l’Intendant :

« Paris, ce 25 avril 1777.

» Je m’occupe, Monsieur, des moyens d’assurer les fonds » nécessaires pour faire finir la Salle de spectacle entreprise à » Bordeaux, et il y sera incessamment pourvu. Cependant, » comme l’expédition de l’arrêt du Conseil qui doit être rendu à » cet effet pourroit exiger encore un certain tems, j’ai pensé » qu’il falloit, en attendant, se mettre en état de faire continuer » les ouvrages dont on m’annonce la suspension très prochaine à » défaut d’argent, et que le parti le plus convenable, pour éviter » cet inconvénient et le renvoi des ouvriers, seroit de se servir » des fonds que la Ville a empruntés à Gènes, pour la construc- » tion de son Hôtel commun, dont la majeure partie est encore » en caisse.

» Vous pouvez donc, avec cette facilité, faire continuer les » travaux de la nouvelle Salle, et en augmenter même l’activité, » en employant aux dépenses qu’ils occasionneront jusqu’à la » concurrence de i5o,ooo livres, qui seront acquittées sur vos » ordonnances par le trésorier de la Ville et pris sur les fonds de » l’emprunt de la ville de Gènes.

» Cette somme sera remplacée par les deniers que 1 adminis- » tration municipale est tenue de fournir pour achever la Salle. » J’écris aux jurats de Bordeaux pour les prévenir de cette

» disposition, à l’exécution de laquelle je vous prie de tenir » la main.

» Je suis, Monsieur, très parfaitement, votre très humble et » très obéissant serviteur.

» Taboüreao. »

M. Dupré de Saint-Maur s’empressa de faire part de cette décision ministérielle aux jurats et à Louis, à qui il disait : « Vous pouvez donc aller en avant et » profiter de la belle saison pour presser les ouvrages. » Le Ministère prendra d’ailleurs incessament des » mesures pour conduire cet édifice à sa perfection. »

Pendant que cette bonne nouvelle cheminait sur la route de Bordeaux, M. de Chauveton recevait la lettre suivante :

Louis à M. de Chauveton.

« A Bordeaux, le 26 avril 1777.

» Monsieur,

» Combien ne vous ai-je pas d’obligation de m’avoir » rassuré, par l’inquiétude dans laquelle j’étois d’avoir » des fonds pour continuer les travaux de la Salle de » spectacle.

» M. Lafargue a payé le tier des emplacements qu’il » a achetés, au moyen de quoi l’ordonnance que vous » avez eu la complaisance de m’envoyer, pour satisfaire » aux dépenses du 5qe rolle, a été acquitté; mais je » crains que Mrs les Jurats mettent de la lenteur à faire » vendre les terreins que désire M. Castagné, qui est le » seul qui reste; je les soupçonne d’autant qu’on leur » en a déjà parlé cent fois, et qu’ils ont répondu fort » vaguement sur cette affaire; ils ne mettront pas plus » d’empressement à ce que désire M. Lanoix.

nouvelle salle de spectacle DE BORDEAUX. 329

» Ainsi je me vois fort embarassé pour la quinzaine » prochaine, si ces deux affaires ne sont pas finis, car il » ne reste pas deux mille livres en caisse, d’autant qu’on » a donné trois mille livres à M. Robin, conformément » à l’ordonnance que vous lui avez envoyé.

» Vraisemblablement, M. Copmartin va ascélérer » l’affaire des deux terreins; il est en campagne depuis » plusieurs jours, mais il arrive demain.

ï Je vous envois, suivant vos désirs, des ordonnances » toutes dressées, suivant les dates des quinzaines. J’ai » laissé les sommes en blanc comme vous me le » marqué. Il seroit fort à souhaiter qu’on forçat les » ouvriers, car mes travaux languissent furieusement; b j’ai fait ce que j’ai pu pour qu’on ne s’aperçut pas de » notre misère, car j’ai fait des avances pour les apro- » visionnements, et je voudrois encore pouvoir en faire.

» J’espère que vous ne m’oublieres pas auprès de » Monsieur l’Intendant; il est si surchargé d’affaires que » j’ai besoin de quelqu’un qui lui rappel la mienne; je » vous prie d’être bien persuadé de ma reconnaissance » et des sentiments avec lesquels je suis, etc.

» V. Louis. »

Louis à M. Dupré de Saint-Maur.

a Bordeaux, ce 26 avril 1777.

» Monsieur,

» M. Lafargue a effectivement payé à M. Genevoix » le tiers du montant des emplacemens qu’il a achetés; » en conséquence, les fonds pour satisfaire aux dépenses s du 54e rolle ont été fournis, mais aussi m’a-t-il été b déclaré par M. Genevoix qu’il n’avoit pas un sol

» pour la quinzaine prochaine, d’autant qu’il a donné » 1,000 écus àM. Robin, suivant l’ordonnance que vous )) lui avés fait parvenir.

» Je mourais d’inquiétude si M. Ghauveton ne m’avoit » assuré de l’intérêt que vous preniés à cette affaire; » combien je vous ai d’obligation, Monsieur, ma » reconnoissance sera éternel. Je suis, etc.

» V. Louis.»

« Paris, 2 mai 1777.

» Vous devés avoir vu, M., par la dernière lettre que je vous » ai écrite que j’ai été autorisé par M. le Controlleur général à » prendre sur les fonds que la Ville a emprunté à Gènes une » somme de i5o,ooo livres, pour pourvoir provisoirement aux » dépenses de la nouvelle Salle de spectacle. Je vous envoie une » ordonnance de i5,ooo livres à prendre sur cette somme, pour » les ouvrages de cette quinzaine, et je me déterminerai peut-être V à vous en donner dorénavant une de i5,ooo livres, par chaque >> quinzaine, pour mener plus promptement les ouvrages.

» Vous pouvez continuer vos opérations avec confiance et » compter que je prends beaucoup d’intérêt au progrès de cet » établissement.

» Je suis, etc. » Dupré de Saint-Maur. »

La confiance de l’Intendant était quelque peu téméraire, car il était loin de soupçonner l’état dans lequel se trouvait la caisse du trésorier municipal Mathieu Touya. Comme celle de M. Genevoix, cette caisse était voisine de l’épuisement; la lettre des jurats à 1 Intendant et lè bordereau qui l’accompagne vont exposer clairement quelle était la situation des finances de la ville de Bordeaux en 1777.

» Monsieur,

« A Bordeaux, le 3 may 1777.

» Nous avons reçu, comme vous nous l’avés annoncé par votre «lettre du 24 avril, une lettre de M. le Controlleur général où

» il nous manifeste l’intention où il est de prendre jusqu’à » concurrence de 1 5o,ooo livres des fonds de l’emprunt de Gènes, » pour continuer les travaux de la Salle de spectacle. Vous nous » marqués, M., que la majeure partie des fonds dudit emprunt » est encore en caisse; mais, Mr, vous avés oublié ou peut-être » n’avés vous jamais été instruit de l’employ de cet argent : de » la somme de 600,000 livres, il n’en est entré que 428, go5 liv. » iq s. 1 d. dans la caisse de notre trésorier; de cette dernière » somme, il en a été dépensé 248,616 liv. 9 s. à l’édifice de la » Salle même et 64,459 liv. 1 9 s. aux ouvrages commencés pour » la construction de l’Hôtel de Ville, à laquelle tous les fonds de » l’emprunt devaient être employés. Ces dépenses avaient réduit » la somme principale à 1 14,929 liv. 9 s. 6 d.; la situation critique » dans laquelle la Ville se trouve pour fournir aux dépenses les » plus urgentes et dernière nécessité, dénuée de tous autres » moyens, le Trésorier, privé de toutes parts, s’est vu forcé de » puiser dans cette caisse des secours qu’il ne pouvoit trouver » ailleurs et les fonds de la caisse sont aujourd’hui réduits » à environ 20,000 liv. Voilà, Mr, son véritable état. Nous » avons l’honneur de vous envoyer le Bordereau, qui vous » prouvera encore mieux que cette caisse ne peut être un moyen » pour la continuation des travaux de la Salle et qu’il est « indispensable de trouver quelque autre ressource.

» Nous sommes, etc. »

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