Les lampes et réverbères, pour éclairer
le plafond de la Salle 1, les coulisses et
le ciel du Théâtre . 4,3oo
3g. Sculpture, dans l’intérieur du grand escalier et pour les figures au dessus du péristyles . 19,884 10
A reporter . 638,037! igs 5d
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1 Le système d’éclairage adopté par Louis fut celui qu’il avait innové pour la salle de bal construite par ordre de l’ambassadeur d’Espagne, à l’occasion du mariage de Louis XVI, voir p. 94. Antérieurement la plupart des théâtres étaient éclairés comme du temps de Molière, c’est à dire avec des chandelles : « Je crie toujours : voilà qui est beau, devant que les chandelles soient allumées.» ( Les Précieuses Ridicules, sc.X.) x 2 Les deux cariatides de la porte d’entrée de l’amphithéâtre et teshui^ statues sculptées sur place, au-dessus du péristyle, .par Vandandris. Nous reviendrons sur ces travaux dans notre ouvrage les Collaborateurs de l'architecte Louis , etc.
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Report... . 638,0371 iqs 5d
40. Ouvrages du tapissier, pour garnir les chaises, les bancs et les bourlets des loges. 7,096 18
La récapitulation des autres parts
montant à.
A ajouter l’honoraire de l’archi-
tecte à 71/2 pour cent .
Appointements d’un an :
Honoraire du contrôleur (Bonfin) .
Un inspecteur iMacquetl .
Le machiniste (Niquet) .
Un dessinateur ('Dufart'l ....
Deux appareilleurs (Durand fres)4
Un piqueur (Silvain Le Grand)..
« Ce jour premier may, mil sept cent soixante-dix-neuf, )) nous, Louis-Victor Louis, premier architecte du roi de » Pologne, de Monsieur, frère du Roi 1 et de la Salle de )) spectacle de cette Ville et Richard-François Bonfin, » architecte de la Ville, professeur d’architecture, soussiy> gnés, avons clos et arrêté le devis du présent résultat )) montant à la somme de sept cent quatre mille trois cent dix-neuf livres dix-neuf sols cinq deniers, en exécution y de l’arrêt du Conseil du vingt-six février dernier.
» Fait en double original, à Bordeaux, le jour et an » susdits.
» Signés : L.-V. Louis, approuvant.
y> Bonfin R., approuvant. »
Mais dès le lendemain du jour où ce tableau était remis aux officiers municipaux, Louis leur adressait une
i Ce devis et la lettre qui suit sont les seuls documents où nous avons vu Louis prendre ce titre. On a pu remarquer que le comte de Provence n’est jamais cité dans la correspondance de l’artiste.
soumission offrant un rabais de cent mille livres sur le devis qu’il avait pourtant signé; cette étrange proposition est ainsi conçue :
« Nous, soussigné, architecte du roy de Pologne, de » Monsieur, frère du Roy, et de la nouvelle Salle de » spectacle de Bordeaux, après avoir examiné le montant » 704,320’- 4S- 5d- (sic) du devis fait et signé par M. Bon- » fin, architecte de la Ville, disons que les ouvrages restant » à faire conformément à nos plans, tant ceux, relatifs, » dépendants, et attachés au spectacle que ceux des a batimens de location qui sont autour de la Salle, » étrangers à ladite Salle et qui forment une classe » séparée, mais qui ont été compris dans nôtre projet » comme objets d’une location très utile aux possesseurs, a ne doivent pas coûter le montant de l’argent porté sur » le devis fait et signé par M. Bonfin, architecte de la » Ville; et pour donner à la ville de Bordeaux une. » preuve de notre zèle pour ses intérêts, nous déclarons » et donnons nôtre soumission, par la présente, de les » faire duement exécuter et finir à beaucoup moins de )> frais, c’est-à-dire à une diminution que nous arrêtons » et fixons à la somme de cent mille livres, sur le » montant 704, 32o’- 4S- 5d- dudit devis de M. Bonfin; » c’est-à-dire encore que le bâtiment de la nouvelle Salle » de spectacle sera par nous mis en son entière perfection » pour la somme réduite de 604,320’- 4S- 5d-.
» A Bordeaux, ce 2 may 1779.
» Signé : L. V. Louis. »
Pour copie :
« Quin, jurât ' . »
1 Archives municipales. Lettres des jurats, xviii" siècle, se'rie B B, n° g3.
NOUVELLE SALLE DE SPECTACLE DE BORDEAUX. qo3
A quelques jours de là, Louis écrivait à l’Intendant pour l’informer de ce qui était arrivé; mais on a peine à comprendre, sans admettre une grande faiblesse de caractère, que, malgré ses vives représentations, il eût été forcé de signer un devis dont il désapprouvait les conclusions.
Louis à M. Dupré de Saint-Maur.
«A Bordeaux, ce 8 may 177g.
» Monsieur,
» J’ay bien été tourmenté, depuis votre départ de » Bordeaux, relativement à la Salle de spectacle, et » principalement à cause du devis qui a été demandé; » mes opérations étant faites, j’ai trouvé une grande » différence entre le montant de Mr Bonfin et le mien, » et cependant on m’a pour ainsi dire forcé de signer le » sien; j’ai eu beau faire des représentations, même » menacer de m’en aller, on ne m’a point écouté, et j’ai » vu que, si je ne cédois pas à leurs instances, je me » préparois à des retards et à des tracaséries qui enpoi- » sonnerais ma vie; j’ay signé tout ce qu’on a voulu de » moy; je vais faire en sorte d’avoir fini ma Salle, pour s le mois de janvier, afin de pouvoir sortir de ce cruel » peys.
» Il me paroit qu’on se dispose à prendre une forme » nouvelle, tant pour les payements que pour la forme » des rolles; il me paroit que ce sera le trésorier qui » payera tout.
y> J’avance le plus qui m’est possible, quoiqu’on ait » pas encor délivré de fonds; j’ai fait des avances consi- » dérables pour me procurer des matériaux, car si j’avois
» attendu jusqu’au moment présent, je ne pourrais » commencer la campagne que dans un mois, attendu » que les carrières ne sont pas fourni d’ouvriers, et » qu’on a bien de la peine à se procurer des batteaux » pour le transport des pierres. J’aurai l’honneur de » vous rendre compte de tout ce qui va se passer; je » prévois beaucoup d’inovations, mais je vais fort insisté » à ce qu’on me rembourse, et de mes avances et des » honoraires qui me sont dues. J’aurai la plus grande » attention de payer à fur et mesure, comme il est » spésifié dans mes engagements avec la Ville, car je » trouve que, vis-à-vis des compagnies, on tient peu » compte des procédés et des sacrifices.
» J’ai l’honneur d’être, etc.
» V. Louis. »
Le nouveau mode de paiement des travaux n avait pas apporté d’amélioration dans la situation de 1 architecte; il était dit que, jusqu’à la fin de son œuvre, les tourments de toutes sortes l’accompagneraient; il est visible même que cette immixtion directe des jurats lui était plus que jamais à charge.
Louis à M. Dupré de Saint-Maur.
« A Bordeaux, ce i5 may 1779.
» Monsieur,
» J’ay resté très longtems sans qu’on fournit des » fonds pour accélérer les travaux de la Comédie; j’ai » été obligé de faire les avances nécessaires pour ne pas » suspendre mes atteliers. Enfin, on vient de commencer » les payements, le 8; on les oblige d’aller à l’Hôtel de
» Ville pour se faire expédier des mandemants, pour )) être payé chés M. Touya, trésorier de la Ville, mais on » y met une lenteur, que les fournisseurs sont obligé de » passer jusqu’à trois jours, à Bordeaux, pour être » satisfait, ce qui me fait craindre que, par la suitte, » nous ne puissions avoir des matériaux, car ces gens » me sont venus porter plintes du tort que ce retard leur » faisoient; heureusement que je n’en ai pas besoin d’une » très grande quantité.
» J’espère toujours avoir fais la Salle, pour être en » état d’y faire jouer au mois de janvier. J’ose vous » l’assurer, Monsieur, car je ne peus plus vivre dans » ce pays; toutes ces mauvaises tracasseries qu’on m’y » fait me font accélérer mes travaux, pour être enfin » libre.
» Je voudrois bien, Monsieur, que vous donnassiés » des ordres pour qu’on payât les deptes anciennes, car » je vois qu’on est très décidé à ne les acquitter que de » très longtems ; on me l’a même fait entendre.
» J’ay l’honneur d’être, etc.
» V. Louis. »
Comme il était facile de le prévoir, M. de Saint-Maur ne pouvait s’expliquer l’étrange conduite de Louis : « Ne » sçachant pas, M., lui disait-il, à quoi vous vous êtes s obligé ou engagé, par le devis de M. Bonfin qu’on » vous a fait souscrire, je ne puis vous dire si cet acte » de complaisance de votre part est raisonnable ou non; » mais, sur votre propre exposé, je crois que vous auriés » mieux fait de soutenir votre façon de penser, si elle est b le résultat d’un mur examen. Je n’ai point encore » entendu parler d’aucun changement de forme ni pour
» les rolles, ni pour les payemens; il n’en sera vraisem- » blablement pas fait, sans qu’on m’en prévienne.
» Vous ferez sagement de vous faire rembourser le » plus tôt que vous pourrés de vos avances; mais, à votre » place, j’aurois préféré encore de n’en pas faire, quand » la Salle auroit dû être finie quelques mois plus tard. » Quel est l’homme sensé qui auroit pu s’en prendre à » vous1 ... s
Les jurats avaient donné connaissance à l’Intendant du devis signé par les deux architectes, tout en faisant observer qu’ils étaient étonnés « de la forte somme à laquelle monte ce devis2. »
Dans sa réponse, M. de Saint-Maur paraît partager l’opinion des jurats, tout en faisant des réflexions favorables à Louis . « Peut-être le prix de chaque chose
» y a-t-il été porté un peu trop haut et les architectes » ont mieux aimé taxer au plus haut que de courir le » hasard de revenir à une demande de nouveaux fonds; » c’est à celui qui a votre confiance de vous mettre à » portée de voir si mes conjectures sont justes; il doit » savoir à quoi s’en tenir, d’après la connoissance qu’il » a eue des différents marchés qui ont été faits jusqu’à » présent, tant pour les bâtiments que pour la main- » d’œuvre. Au reste, je ne doute point que vous ne » l’engagiés, ainsi que M. Louis, à observer dans les » dépenses qui restent à faire toute l’économie qu’ils » pourront; il y a plusieurs objets qui en paraissent » susceptibles3. »
1 Lettre de M. Dupré de Saint-Maur, écrite de Mézières, le 18 may
2 Lettre du jurât Brunaud à M. Dupré de Saint-Maur, 21 may 1779.
3 Lettre de M. Dupré de Saint-Maur aux jurats, 2 juin 1779.
Malgré l’autorité de l’Intendant et bien sûrement sans lui demander son avis, des changements notables furent apportés dans la conduite de l’entreprise, à la grande satisfaction de l’amour-propre des Jurats; ils reprirent enfin, par la haute influence du maréchal de Richelieu, l’administration des travaux de la Salle de spectacle et en activèrent l’achèvement. Louis, de guerre lasse, heureux de pressentir que bientôt il s’éloignerait de Bordeaux, entrevoyant enfin le terme de ses misères, redoubla d’énergie pour mettre à son œuvre la dernière main. A ce sujet, ses lettres à M. Dupré de Saint-Maur nous fournissent encore de curieux renseignements sur les ouvrages qui furent exécutés dans l’intérieur ou à l’extérieur du Théâtre, vers la fin de l’année 1779.
Louis à M. Dupré de Saint-Maur.
« Bordeaux, ce 3 i juillet 1779.
» Monsieur,
» J’avance très fort les travaux de la Salle de spectacle; » je fais en sorte d’être débarrassé de cette besogne vers » le mois de janvier; vous pouriez me favoriser cet » avancement, en voulant bien me permettre qu’on » travaillât quelques décorations dans la salle de concert » de votre hôtel, car nous avons si peu de local propice » à cette besogne que je serai très certainement retardé, si » vous ne m’accordés cette grâce; j’ose donc vous » supplier, Monsieur, de me donner cette permission; je » me rend garant de remettre ce local tel qu’il est » présentement,- sans qu’il y manque un clou.
» Toute ma grosse maçonnerie sera finie d’ici à cinq » ou six semaines. Je serai couvert partout, aussi, vers
» ce temps. Je travaille fort à la salle de concert et aux » distributions intérieures; je pense que, d’ici ceinq ou » six mois, tout ce qui me concerne sera fini. Il me tarde » d’être éloigné de ce pays; si je n’étois pas dédomagé » par les Etrangers qui m’encouragent, par le contente- » ment qu’ils témoignent de mes travaux, j’aurois tout » abbandonné; j’ai bien à me plaindre de toutes les » tracasseries qu’on a cherché à me faire, mais je n’ai » plus longtems a souffrir et je me vois au bout de » mes peines, à moins qu’on me fasse languir, faute » d’argent, auquel cas je m’en yroit passer l’hivert à Paris » et je ne reviendrois que quand il y auroit des fonds. » Cependant, Mrs les Jurats m’assurent fort que l’argent » ne me manquera pas et que je peux aller en avant le » plus possible.
» Je serai bien loin de dépenser les sept cent mille )) livres qu’ils ont annoncés, par le devis qu’il ont produit » a Monsieur Necair, car, depuis trois mois, je n’ai » employé que cent soixante mille livres, et je pense fort » que je ne dépenserai qu’environ deux cent mille » livres, pour tout terminer ce qu’il reste a faire. J’aurai » l’honneur de mètre sous vos yeux un tableau fidel de » mes dépenses, pour vous mettre a porté, Monsieur, de » me rendre justice, en faisant connoitre la vérité qui est ï fort enveloppé dans ce pays.
» J’ay l’honneur d’être, etc.
x> Y. Louis. »
On a dû voir que de tous les intendants de Bordeaux M. Dupré de Saint-Maur était, pour le grand architecte, le plus ardent de ses protecteurs auprès des contrôleurs généraux : de Clugny, Taboureau des Réaux, Necker.
nouvelle salle de spectacle DE BORDEAUX. .]OQ
La lettre par laquelle il répondit à l’artiste, démontre encore toute la bonne volonté qu’il mettait à lui être utile, en lui accordant les dépendances de son hôtel pour y faire travailler aux décorations 1 .
M. Dupré de Saint-Mau r à Louis 2 3.
« Ce 8 août 177g.
» Vous savez, M., que je ne demande pas mieux que de vous » faciliter, autant quil peut dépendre de moi, les moïens de finir » promptement votre Salle de spectacles. Je consens volontiers, » pour vous en donner une nouvelle preuve, que vous disposiez, » comme vous le désirés, de la salle de concert de mon hôtel, pour » y faire travailler aux décorations. Mon suisse en remettra les » clefs à la personne qui les demandera de votre part, d’après les » ordres que je donne en conséquence. Je vous recommande » seulement d’avoir l’œil à ce qu’elle ne souffre point de » dégradations, et je vous prie également de faire condamner » les diverses portes qui donnent dans l’intérieur de ma » maison, de manière que les ouvriers qui travailleront dans cette » salle ne puissent y avoir aucune communication.
» Je suis, etc.
» Dupré de Saint-Maur. »
Louis à M. Dupré de Saint-Maur.
Bordeaux, ce 7 août 177g 3.
» Monsieur
d Je suis bien reconnoissant de la faveur que vous » avez bien voulu m’accorder, en me permettant de faire
1 En raison de la part importante que M. Dupré de Saint-Maur prit à la construction de la Salle de spectacle, il est surprenant que Louis n’en dise pas un mot dans son Discours préliminaire ; il ne cite que M. de Clugny, mort, à vrai dire, à l’époque de la publication de son ouvrage.
2 En marge : « M. Louis, ier architecte du roi de Pologne, à Bordeaux. »
3 II doit y avoir une erreur de date dans cette lettre ou dans la précédente, puisque la réponse de Louis est antérieure d’un jour à celle de M. de Saint-Maur.
» travailler, dans la salle de votre hôtel, aux décorations » de la nouvelle Salle; j’aurai grande attention à ce que » vous me faite l’honneur de m’observer, pour qu’il ne se » fasse aucune dégradation, et je ferai condamner avec » soin toutes les portes de communication.
)) Toute la grosse maçonnerie s’avance très fort; je » n’ai plus que la voûte du vestibule d’entrée a finir; je v suis a faire ranger partout; j’espére même que, d’ici à » peu de tems, le grand escalier sera terminé; toutes » les distributions d’appartemens sont en partie faite; » j’ai des plâtriers partout, pour que tous mes plâtres se » fassent dans la belle saison.
» J’ay l’honneur [d’être] avec respect, etc.
» Y. Louis. »
Nous ne pouvions mieux terminer la correspondance de l’artiste, au sujet des travaux de la Salle de spectacle, qu’en publiant la lettre dans laquelle il annonce l’achèvement de ce grand escalier, « d’une renommée populaire » .
M. Charles Garnier, à propos d’une des dispositions les plus importantes des théâtres modernes, met en relief l’heureux parti suivi par Louis pour le grand escalier d’honneur de la Salle de Bordeaux; voici comment il s'exprime :
« Ce motif n’est certes pas tout nouveau. Il se retrouve » dans bien des escaliers du temps de la renaissance » italienne; il fut employé parfois dans les édifices » construits depuis deux siècles et il a fait la réputation » du Grand-Théâtre de Bordeaux, et cela était justice, car » ce grand escalier, construit par Louis, a certainement » une disposition monumentale. Si le motif avait déjà été » essayé avant Louis, au moins ce grand architecte lui a
NOUVELLE SALLE DE SPECTACLE DE BORDEAUX. zj.1 1
» donné une place spéciale qui paraissait devoir convenir » parfaitement à sa destination, et il l’a agencé d’une » façon caractéristique. Depuis lors, cet escalier est resté » comme un type que l’on a plus ou moins modifié, mais » qui a gardé le grand avantage d’être simple et logique, » alors que les théâtres construits à cette époque pouvaient » bien souvent être blâmés sous ce rapport.
» C’est, ainsi que je l’ai dit, le principe de l’escalier » qui a été adopté au Nouvel Opéra ri »
L’autorité de cette citation nous dispense d’autres paroles élogieuses.
Vers le milieu de l’année 1779, l’inauguration de la nouvelle Salle était déjà la préoccupation de bien du monde; on attendait ce moment avec une vive impatience, et les gazettes du temps annonçaient les splendides dispositions du Théâtre de Bordeaux. Louis reçut, à cette époque, quelques lignes de son ami Beaumarchais, datées de Paris, le 18 mai; bien que la chose fût alors de l’histoire ancienne, cette lettre revenait sur la mauvaise impression qu’avait produite l’adhésion au devis de Bonfin; on y voit aussi que l’auteur de la Folle journée et le maréchal de Richelieu se disposaient à prendre part à l’inauguration de la nouvelle Salle.
«Je profite, mon cher, de l’occasion de M. Dalon1 2 pour vous
» mander en confidence que votre adhésion au devis de M . ,
» votre architecte, dont le nom m’échape, avoit fait le plus » mauvais effet contre vous.
» J’ai tout expliqué au maréchal de Rjichelieu], mesme les » précautions secrettes que je vous ai indiquées après coup, ce » qui l’a ramené extrêmement, et vous le trouverés, en toute
1 Le Théâtre, par Charles Garnier, p. 75.
2 Romain Dalon, membre du Parlement de Bordeaux, reçu en 1760 conseiller à la première chambre des requêtes.
» occasion, à votre soutien. Je vous loue de votre fermeté sur » l’article des décorations, et vous prie, pour votre honneur, de » ne point sortir du refus net que vous avés fait d'entrer pour « quelque chose dans ce tripotage malhoneste i.
» Je crois que le maréchal fera un armement pour votre h ire représentation, et vous ne doutés pas que je n’en sois, si » cela est possible. »
La suite de la lettre de Beaumarchais à Louis n’a d’intérêt que parce qu’elle prouve les rapports affectueux et familiers qui existaient entre ces deux hommes célèbres ; elle se termine ainsi :
« Je salue madame Louis de tout mon cœur, c’est-à-dire comme » je l’aime, et le tout sans vous offenser.
» Recevés les assurances de mon tendre attachement, et je le » signe du meilleur de mon cœur.
» Caron de Beaumarchais. »
Au dos est écrit : cc A monsieur, monsieur Louis, célèbre architecte à Bordeaux1 2 3. »
On a vu que pour faire face au devis de 704,319 liv. 19 s. 5 d., contre lequel Louis s’était tant récrié, les jurats avaient été autorisés à emprunter d’abord 450,000 liv.; mais, sur cette somme, il avait fallu restituer les 140,000 liv. prises dans la caisse de M. de Carcy; dès lors, il ne restait plus, pour les travaux du théâtre, que 3 10,000 liv., d’où la nécessité de se procurer à
1 Lors de la publication de son ouvrage sur la Salle de spectacle de
Bordeaux, en 1782, Louis se garda bien de parler de la complaisance ou de. la faiblesse qu il avait eue à propos de la signature du devis; d’après la rédaction de son Discours préliminaire, on voit qu’il avait mis à profit les conseils de Beaumarchais : «A l’époque du 2 mai 1779, MM. les jurats... usèrent des droits dont ils avaient été si longtemps privés, en me demandant un état des dépenses à faire... je fais cet état et même je le signe avec cette assurance qu'inspire toujours la franchise. »
3 Cette lettre se trouve dans la collection d’autographes de feu M. E. Michelot, de Bordeaux.
nouvelle salle de spectacle de BORDEAUX. 41 '3
nouveau 394,319 liv. 19 s. 5 d., afin de compléter la somme reconnue nécessaire à l’achèvement des travaux. C’est alors qu’il vint à l’esprit des jurats d’abandonner la location de la Salle aux prêteurs, à la condition qu’ils prendraient à leur charge l’entretien général des bâtiments; qu’ils donneraient annuellement 600 liv. à l’architecte de la Ville, chargé de veiller à l’entretien de l’édifice, et 5oo liv. au sous-pompier, avec un logement dans le Spectacle, dont il aurait la garde contre les incendies; mais les locataires seraient exonérés d’une rente aux hôpitaux Saint-André et de la Manufacture, la rente primitive de 12,000 liv., élevée à [8,000, devant être acquittée désormais par la Ville.
Ce projet arrêté, il fallut trouver des bailleurs de fonds, « de bons locataires, » et les jurats ne virent rien de mieux que de s’adresser aux anciens actionnaires de la Comédie, toujours réunis sous la présidence honoraire de Richelieu; ils leur affermèrent pour trente ans la Salle de spectacle, à raison de 56, 000 liv. par année. Mais, cc pour faciliter à la ville de Bordeaux les moyens les plus prompts et les moins onéreux à ses habitants de se procurer la somme de 394,319 liv., 19 s. 5 d. nécessaire pour achever les ouvrages de ladite salle, Sa Majesté autorise les maire et jurats à emprunter, de telles personnes qu’ils aviseront, même des étrangers non-régnicoles, ladite somme, qui ne pourra être divertie à aucun autre usage, sous quel prétexte que ce puisse être, à peine, par les sieurs maire et jurats, d’en demeurer personnellement responsables, en leur propre et privé nom... Les sieurs maire et jurats pourront déléguer, à titre de privilège, le loyer de ladite salle, jusqu’à concurrence seulement de 5o,ooo liv., lesquelles délégations seront acceptées par les actionnaires,
qui s’engageront de payer, chaque année, ladite somme de 5o,ooo liv., en quatre payements égaux, aux porteurs desdites délégations. » Telles étaient les principales conditions de l’arrêt du 28 janvier 1780 '.
A cette époque, le public voulait à tout prix voir l’achèvement de la Salle, ou du moins en prendre possession. Les maréchaux de Richelieu et de Mouchy, le directeur général Necker, l’intendant Dupré de Saint- Maur, les jurats, tout le monde, enfin, désirait autant que Louis l’ouverture du Théâtre.
c< Il V a ordre du Roi, lit-on dans la Correspondance de Bachaumont, de jouer à la superbe Salle de la Comédie qu’on construit ici, le 3 avril prochain. Il est dsseç plaisant de voir un ordre du Roi pour pareille chose ; quoi qu’il en soit, il paroit donné en faveur du maréchal , duc de Richelieu, qui, lorsqu’il commandoit ici, a bouleversé toute la Ville et vexé tous les habitants pour cette belle imagination. Il est pressé de jouir et veut, dit-on, venir à l'ouverture1 2 . »
Peu s’en fallut cependant que les travaux ne fussent interrompus; nous allons en voir la preuve et les raisons dans le Registre de la Jurade.
Le 21 février 1780, les officiers municipaux réunis en seance se préoccupèrent des difficultés survenues entre la Ville et les actionnaires de la Comédie, au sujet de la location de la nouvelle Salle, difficultés qui retardaient la réalisation de l’emprunt autorisé par 1 arrêt du Conseil du 28 janvier précédent; voulant
1 Cet arrêt est reproduit en entier par M. GauIIieur LTIardy : Portefeuille ichnographique. Pièces justificatives, p. 126.
2 Mémoires secrets de Bachaumont, XV» vol., p. 61. (Extrait d’une lettre de Bordeaux, du 22 février 1780.)
néanmoins que les travaux ne fussent pas suspendus et que l’ouverture de la Salle eût lieu le 3 avril, conformément aux ordres du Roi, ils acceptèrent avec empressement et reconnaissance l’offre de l’un d’eux, M. Dubergier1, qui proposait de prêter immédiatement la somme de cent mille livres. La Jurade prit alors cette délibération :
« Sur quoi, il a été unanimement délibéré d’accepter avec » reconnoissance les offres de Monsieur Dubergier, aux charges » et conditions y contenues ; ce faisant, que mondit sr Dubergier » demeure prié de procurer à la Ville jusqu’à concurrence d’une » somme de cent mille livres, qui sera successivement remise » dans les mains du Trésorier de la Ville, sur ses récépissés, » pour être ladite somme employée à la continuation des travaux » de la nouvelle Salle des spectacles et accessoires d’icelles, à » l’effet de mettre ladite Salle en état d’être ouverte au public, » audit jour, trois avril prochain, conformément à l’arrêt du » Conseil dudit vingt-huit janvier dernier; lesquelles sommes, » ainsi remises dans les mains du Trésorier de la Ville, seront » rétablies, dans les mains du prêteur, avec les intérêts d’icelles,
» au denier vingt, des premiers fonds provenant de l’emprunt » que la Ville est autorisée de faire à cette destination... »
A cette délibération, il faut en joindre une autre, du i3 mars 1780, dans laquelle les mêmes officiers municipaux décidèrent que :
« N’y ayant pas un moment à perdre, il a été délibéré d’accepter » l’offre que fait M. Streckeisens d’avancer à la Ville une somme » de cinquante mille livres, sur ladite somme de 3p4,3ig 1. igs. 5 d., » dont il veut bien faire le prêt à la Ville, et ce, afin que les » ouvrages ne soient pas retardés et puissent être continués avec » l’activité nécessaire jusques et en attendant que ledit emprunt » puisse être consommé; qu’en conséquence, Me Mathieu fouya,
Dubergier (Antoine), négociant, élu jurât en 1779- Streckeisen (Jean-Georges), ^négociant à Bordeaux.
» trésorier de la Ville, demeure autorisé à recevoir de M. Strec- » keisen ladite somme de cinquante mille livres et à en donner » quittance. »
Le 27 mars, le maréchal de Mouchy écrivait, de Versailles, aux Jurats :
« Je suis très aise que vos discussions avec Mrs les actionnaires » soient terminées , que l’honnête Streckeisen vous aye prêté » l’argent nécessaire, et que vous puissiez exécuter les ordres du » Roy et ouvrir le spectacle le 4 avril (sic) . »
Au début de la construction du Théâtre, en 1770, c’est avec les 12,000 liv. données à rente viagère par le sieur Pacareau que furent payés les premiers ouvrages; en 1780, c’était grâce à de généreux citoyens que les derniers travaux n’étaient pas suspendus. Tant de bon vouloir, tant d’activité ne levèrent cependant pas les doutes du public, puisqu’on lisait encore dans les Mémoires secrets :
« On ne jouera point dans la nouvelle Salle, lundi 3 avril, ainsi qu on 1 espéroit; pour qu’elle fut prête à cette époque, on travailloit les fêtes et mêmes les dimanches, ce qui étoit assez indécent ; aussi le Parlement vient de rendre arrêt pour le défendre. Ce contre-tems renvoie l’ouverture à la fin d’ Avril, ou peut-être au commencement de Mai ' . »
Malgré les ordres du Roy, malgré le travail indécent des fêtes et des dimanches, Louis n’arriva pas à jour fixe; ce ne fut ni le 3, ni le 4, qu’eut lieu l’ouverture de son Theatre, mais bien le vendredi 7 avril ij8o, date exacte de l’inauguration de la Salle de spectacle de Bordeaux; nous tenons d’autant plus à l’affirmer, que
1 Extrait d’une lettre de Bordeaux, du 25 mars 1780. Mémoires Je Baehaumont, XVe vol., p. 97.
bon nombre d’annalistes bordelais ont donné celle du 8 avril'. Estimant qu’une date historique doit toujours être bien précise, nous allons produire deux documents qui lèvent toute incertitude.
Il existe à la Bibliothèque de Bordeaux, fonds Clouzet, un manuscrit, format petit in-quarto de cinquante pages, désigné sous le nom de Manuscrit de Lecouvreur2. Ce volume contient, année par année, les noms de tous les acteurs qui figurèrent sur la scène bordelaise à la fin du siècle dernier, et jour par jour, de 1772 à 1799, sauf l’année 1776-1777 qui manque à ce petit répertoire, un état des pièces jouées à la Comédie de Bordeaux.
«État des pièces jouées dans la troupe de Comédie établie à Bordeaux, sous les ordres de Monseigneur le Maréchal de Richelieu, aux frais de MM. les Actionnaires, pendant l’année qui a commencé, à la nouvelle Salle, sur le Chapeau Rouge, le
1 Louis dans son ouvrage : Salle de spectacle de Bordeaux, dit p. 8 : « La Comédie fut ouverte au mois d’avril 1780. » 1
M. Charles Durand a publié une note manuscrite de son grand-père, qui fut cependant l’un des témoins de l’ouverture du Théâtre, où il est dit : « L’inauguration de la Salle eut lieu en may 1 780. »
M. Gaullieur L’Hardy, Portefeuille ichnographique de Louis, p. 63, désigne le 8 avril.
M. Lamothe, Hist. des Théâtres, p. 5o, désigne également le 8 avril.
Mme Duplessis, dans sa Correspondance, parle encore du 8 avril.
M. Bernadau, dans ses divers ouvrages sur Bordeaux, dit tantôt le 7, tantôt le 8 avril.
Mais dans la Description historique de Bordeaux, publiée par Pallandre, en 1785, on lit, p. 154, que ce fut le vendredi 7 avril 1780; cette date est acceptée par M. Detcheverry, Histoire des Théâtres de Bordeaux, p. 94.
Ces citations suffisent, car tous les livres bordelais qui donnent la date de l’inauguration du Théâtre de Bordeaux, l’ont prise dans un des ouvrages ci-dessus.
2 Gaussens, dit Lecouvreur, artiste dramatique du théâtre de Bordeaux, à la fin du xvma siècle, dont nous avons déjà parlé p. 100. D’après les notes manuscrites de Laboubée, Barincou, artiste bordelais, avait fait son portrait et c’est probablement celui que de Galard a lithographié.
vendredy 7 avril 1780, et qui a fini la veille des Rameaux 1781, auquel Etat on a joint celui des sujets qui composent la dite troupe :
» Avril 1780.
» Début a la nouvelle Salle.
Vendredy 7. Le Jugement d’Appollon 1 . A thalie .
Sam[edy] 8. Le Jugement a’ Appollon. Athalie.
Dimanche 9. Le Jugement d’Appollon. Athalie .
Lundy 10. La Surprise de Vam[our ] fra[ternel\. Silvain.
Mardy 11. L’Homme à B[onne ] F[ortuné\. Le Dépit amoureux. Mercredy 1 2. Le Consentement forcé. L’Ami de la maison.
Jeudy i3. La Métromanie. Les fausses infidélités.
Vendredy 14. La Pupille. L’Amant jaloux.
Tel fut le programme des pièces jouées dans la première huitaine de l’inauguration du Théâtre de Bordeaux1 2. D’après M. Murat, petit-fils de Beck, la symphonie qui fut jouée le soir du 7 avril 1780, et les chœurs à' Athalie, avaient été composés par son grandpère, François Beck, célèbre compositeur, qui était alors chef d’orchestre du Théâtre3. Mais il est un autre document qui confirme la date du 7 avril et donne, sur cette première représentation, des détails tout à fait inédits : c’est la minute de la lettre écrite, par les actionnaires de la nouvelle Salle de spectacle, au maréchal
1 Le Jugement d'Apollon, comédie en un acte, jouée trois jours de suite, avait été composée, pour l’inauguration de la Salle, par Blincour, souffleur et répétiteur de ce théâtre; il fut aussi l’auteur d’un divertissement arrangé pour une fête donnée à Bardineau, au prince de Gondé. Après avoir quitté le théâtre, Blincour donna des leçons de langue française et mourut à Bazas (Gironde), où il avait été appelé pour être le chef d’une maison d’éducation. (Laboubée, IIe vol., p. 166.)
2 M. Anatole Loquin, sous le pseudonyme de Paul Lavigne, a publié déjà ce programme dans le journal La Gironde, n° du 9 décembre 1872.
3 Beck (François), compositeur de musique et organiste, correspondant de l’Institut de France, né à Manheim (Prusse Rhénane) le i5 février 1723, mort à Bordeaux le 3i décembre 1801. (Voir: Indications bibliographiques des Notes pour servir à la biographie des hommes utiles ou célèbres de la ville de Bordeaux, par L. Lamothe, et surtout les notes manuscrites de Laboubée, Bibliothèque de la Ville.)
de Richelieu, le lendemain de l’inauguration du chefd’œuvre de Louis1.
» Monseigneur,
«Bordeaux, 8 avril 1780.
» Nous avons fait hier l’ouverture de la nouvelle Salle, par » la représentation à’Athalie, précédée d’un prologue allégorique. » Il y a eu un concours de monde prodigieux, dont une grande » partie n’a pas pu entrer, parce que, d’après des calculs du » nombre des personnes qu’on a crû, par approximation, que » la Salle pourroit contenir, nous n’avons fait distribuer, pour b ce premier jour, que 1700 billets, dont 900 de parterre ou » paradis, et les autres 800 de parquet, amphithéâtre, premières b et secondes loges, ce qui a rempli la Salle et produit en recette b la somme de trois mille quatre cent quatre vingt quatre livres.
b Cette Salle est de la plus grande beauté ; elle est sonore, sans b l’être trop, et quoique vaste, il paroit qu’on y entend bien de » partout. Il est seulement à craindre que le service n’en soit b bien dispendieux, surtout pour proportioner la beauté du » spectacle à la grandeur et magnificence de l’édifice; mais nous b allons tous, Monseigneur, redoubler de zèle et de soin pour b y réussir, en tachant, d’ailleurs, d’égaler la recette à la dépense, b s’il n’y a pas moyen de faire mieux.
b II n’a manqué, Monseigneur, à la joye publique et à notre b satisfaction particulière, que de jouir de votre présence dans b le monument superbe que votre protection bienfaisante a fait » élever. Vous y auriez vû avec quel plaisir chacun vous en b raportoit le juste tribut d’éloges et de reconnoissance, dont b l’impression sera éternellement gravée dans nos cœurs.
b Nous sommes avec le plus grand respect, Monseigneur, vos b très humbles et très obéissants serviteurs.
b Les Actionnaires des Spectacles, b
Cette lettre n’étant que la minute n’a pas de signatures.
De toutes parts, il n’était bruit que du monument élevé par la protection de Richelieu. <c II n’y a point à Paris
Communication bienveillante de M. Hovyn de Tranchère.
et dans l’Europe... de salle de spectacle qui approche de la beauté de celle-ci ; elle est même trop superbe pour la province. » Voilà ce qu’on lisait dans les gazettes de l’époque; mais que disait-on du maître de l’œuvre? Nous l’avons vainement cherché. Seul le marquis de Saint-Marc ", poète bordelais, composa quelques vers en l’honneur de son illustre ami.
Et cependant, de quel effet devait être le Théâtre de Bordeaux, le soir du 7 avril 1780, alors qu’il se présentait dans toute la pureté de sa composition primitive, dans tout l’éclat de ses fraîches décorations! Certes, depuis un siècle, on a donné bien des fêtes, dans le monument de Louis; seulement, il est permis de croire que cette première soirée fut d’une magnificence qui n’a jamais été dépassée, car à l’aspect pompeux de l’architecture se joignait l’élégance des costumes du temps. Qu’on se représente donc, par la pensée, dans les vestibules, le grand escalier, les galeries et les loges, une foule émaillée de couleurs chatoyantes, soyeuses, veloutées; de plumes, de rubans et de fleurs; où toutes les chevelures se confondaient sous une poudre neigeuse, où
i Saint-Marc (Jean-Paul-André des Razins, marquis de), officier aux gardes françaises, reçu membre de l’Académie de Bordeaux, le 22 mars 1772; auteur des vers adressés à Voltaire, son ami, lors du couronnement du buste du grand philosophe à la Comédie française, le 3o mars 1778. Saint-Marc était né au château des Razins (commune de Saint-Selve, Gironde), le 29 novembre 1728; il mourut à Bordeaux le 11 septembre 1818.
La vérité nous fait un devoir de signaler deux autres poètes bordelais qui n’avaient pas attendu le 7 avril 1780 pour adresser à Louis des louanges en vers français et latins. Nous indiquerons d’abord la 8° strophe de YOde à V Empereur Joseph II, dont parle Louis, dans sa lettre du 24 juin 1777, p. 35o; Ode composée par Joseph Desalons, docteur en médecine de la Faculté de Bordeaux, et le distique de l’avocat Chouteau. Les vers de Chouteau furent publiés en 1778 dans le Recueil des annonces, affiches et avis divers, p. 332. Mais, suivant l’avis de bons juges en prosodie latine, nous ne les reproduisons pas.