TRAVAUX DE LOUIS, PENDANT LA CONSTRUCTION DU THÉÂTRE DE BORDEAUX
Quand on réfléchit aux vicissitudes dont Louis fut accablé, pendant la construction du Théâtre de Bordeaux; quand on se rappelle les inquiétudes qui l’absorbèrent à cette époque, il est permis de supposer que son esprit était au moins libre de toute autre préoccupation. Il n’en fut point ainsi : de nombreux projets de palais, de châteaux et d’hôtels sortirent des bureaux de l’architecte de la nouvelle Salle de spectacle, de 1772 à 1780. Le nombre en est même si grand que l’opinion publique, qui ne se tient jamais dans de sages limites, lui attribue toutes les constructions importantes du règne de Louis XVI, soit à Bordeaux, soit dans les environs. Il y avait donc lieu de dresser une sorte d’inventaire des travaux qu’il exécuta réellement, de ceux où sa participation directe est indéniable, puis d’indiquer les constructions qui ne lui sont pas exclusivement personnelles, mais dont il traça les données générales; enfin, de signaler celles qui lui sont attribuées à tort, mais ont été visiblement inspirées de ses oeuvres, car l’architecte Louis fît école à Bordeaux.
L’ordre chronologique nous désigne tout d’abord le château de Plassac, en Saintonge ', lequel, par son aspect d’ensemble et les détails de son ordonnance,
1 Plassac, canton de Saint-Genis, arrondissement de Jonzac.
son magnifique parc et ses larges avenues, est bien certainement l’une des plus belles résidences du département de la Charente-Inférieure \
La participation de l’architecte Louis dans cette construction n’est pas établie par des documents ou des plans originaux, mais sur des présomptions nombreuses qui équivalent presque à des preuves certaines 1 2.
Il est de tradition dans le pays, et plus particulièrement chez les possesseurs successifs du château de Plassac, qu’il fut élevé d’après les plans et dessins de Louis, tradition qui aurait été acceptée par des architectes distingués de Paris, appelés à diriger les travaux d’entretien ou de réparations qu’on y a successivement faits.
Le style de ce château est d’un caractère tellement personnel, surtout à l’intérieur, qu’il en est de lui comme de certaines œuvres de maîtres, qui, bien que non signées, ne permettent pas de douter de leur origine.
La terre et châtellenie de Plassac est en possession de la même famille depuis le xne siècle. Vers 1772, M. le marquis de Montazet fit construire les vastes bâtiments que nous voyons aujourd’hui, secondé largement dans cette dépense par son oncle, le célèbre archevêque de Lyon3. Grâce à la générosité du Prélat, rien ne fut
1 Appartenant à M. le marquis Elie de Dampierre, ancien membre de 1 Assemblée nationale, président de la Société des Agriculteurs de France. C’est grâce à l’obligeance de M. de Dampierre, et par l’intermédiaire amical de MM. Louis et Charles de Coëffard, que nous avons pu visiter le château de Plassac et rédiger cette notice.
2 Un de nos amis nous écrit que, d’après un descendant de l’entrepreneur des travaux de maçonnerie du château de Plassac, de 1772 à 1775, nommé Macaire, il existerait encore en Saintonge, dans cette famille, et attribués à Louis, un plan, des lettres et des devis relatifs à la construction du château.
3 Montazet (Antoine de Malvin de), ami des lettres, membre de 1 Académie française en 1757, archevêque de Lyon en 1759; il était né près d Agen en 1712, et mourut à Lyon en 1788.