TRAVAUX EN SAINTONGE
épargné; le vieux castel disparut, sauf une tour dite du Pèle? iu9 et les constructions actuelles s’élevèrent rapidement 1 .
Ce château présente un grand intérêt pour l’étude de 1 architecture au xvme siècle, car il est monostyle presque dans ses moindres details et conserve encore tout un élégant ameublement du règne de Louis XVI.
Entoure d anciennes et larges douves, il se relie à de longues avenues par des ponts fixes. En avant de la façade, du cote de la grande route de Bordeaux, est une cour d honneur ; la façade opposée, donnant sur le parc, est précédée d’une belle terrasse, avec galerie à balustres, s etendant entre les pavillons qui flanquent les angles du château. C’est là que se présente une particularité curieuse : l’architecte s’est servi des fondations du vieux castel militaire pour élever ces pavillons d’angles sur les bases d anciens bastions. Cette façon de tirer parti de ces constructions anciennes a été jugée par des hommes de l’art, comme des plus osées, des plus ingénieuses et sans analogie. — L’élévation de cette façade se divise en rez-de-chaussée, premier étage et comble ardoisé qui accuse très distinctement les diverses parties du château; le corps de logis principal, percé de trois fenêtres, est terminé par un fronton orné des armes de la maison : d argent à trois losanges de sable; les deux ailes sont éclairées chacune par cinq ouvertures au rez-de-chaussée et cinq au premier étage; dans les pavillons se trouvent la salle de billard et la bibliothèque. Mais ce qu’il faut citer plus spécialement, c’est le grand salon des fêtes,
i Sur l’une des cheminées, au-dessus des combles, est cette inscription gravée par un ouvrier maçon : se chateau a ete fet an 1772. Cette date ne doit se rapporter qu’à l’achèvement du gros œuvre.
placé au centre du rez-de-chaussée, côté du parc, et s’élevant à travers le premier étage; il est orné de deux cheminées monumentales et de colonnes corinthiennes soutenant une galerie en encorbellement, qui fait le pourtour de cette pièce ; la voûte en pierre est ornée de riches caissons. L’agencement général de cette salle est bien dans l’esprit de sa destination; on y reconnaît l’influence italienne; on y retrouve la mise en scène de certains tableaux de maîtres vénitiens.
Louis, pendant le cours de ces travaux, aurait parfois habité Pons ', dans la maison deM. Richard Lauranceau, à l’angle de la rue des Esparades; il aurait construit dans cette ville, vers 1780, la maison Kerlivio, vis-à-vis le vieux donjon, et dans la grande rue la maison Beïerman1 2. Mais, fût-il prouvé que le célèbre architecte n’alla jamais en Saintonge, cela n’autoriserait pas à nier sa participation aux travaux qui viennent d’être indiqués, puisqu’il est constant que les plans de l’hôtel des intendants de Franche-Comté furent composés dans les bureaux de Louis, à Bordeaux, et qu’il ne mit jamais les pieds à Besançon3.
Dans tous les dictionnaires biographiques, celui de Larousse excepté, on attribue à Louis l’église Saint-Pierre de cette ville, qui est d’un nommé Bertrand, artiste du pays, et l’on passe sous silence l’hôtel des anciens intendants, aujourd’hui celui de la préfecture du Doubs,
1 Pons, chef-lieu de canton (Charente-Inférieure), à 20 kilomètres de Saintes.
2 C’est à l’obligeance de M. Charles de Coëffardet deM. Emile Maufras, notaire, à Pons, que nous devons les notes sur les maisons de cette localité.
3 M. l’archiviste du département du Doubs, qui a bien voulu faire à notre intention de patientes recherches, nous a confirmé la supposition à laquelle des renseignements antérieurs nous avaient amené.