GÉNÉRAL DES BATIMENTS CONSTRUITS A BORDEAUX PAR
M. Louis, architecte1 2; ce plan porte la légende suivante :
Hôtel de M. Saige, avocat général.
Maisons appartenant à M. Saige.
Maison de M. Legrix, trésorier de France.
Maison de M. Fonfrède, négociant.
Maison de M. de La Molère, conseiller au Parlement. Nouvelle grille du Chapeau-Rouge.
Restauration de l’hôtel de M. le comte de Roly.
Maison de M. le comte de Roly.
Hôtel de M. Nairac, négociant.
Projet d’alignement pour le redressement des rues des Fossés du Chapeau-Rouge et de l’Intendance, depuis l’angle de la Bourse jusqu’à la porte Dauphine.
Telles sont les constructions dont Louis fit les projets, qu’il dirigea personnellement, et sur lesquelles nous allons revenir.
D’après divers lotissements du terrain de l’ancien glacis du Château-Trompette, dont la vente avait été autorisée par les lettres-patentes du 4 septembre 1773, pour subvenir à la dépense de la nouvelle Salle, ce terrain, divisé d’abord en 32, 34, 42 et finalement en 43 emplacements, donnait pour total 2,532 toises
1 Nous tenons ces renseignements des souvenirs de l’ancien homme d’affaires du président Daugeard, recueillis et transmis par M. Tamizey de Larroque, correspondant de l’Institut.
2 Ce plan a été gravé dans l’ouvrage de Louis : Salle de spectacle de Bordeaux .
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3 pieds 4 pouces1. Les prix de vente de ces terrains varièrent beaucoup; contrairement à ce qu’il était permis d’espérer, le dernier vendu ne le fut qu’au prix de 282 1. 10 s. la toise, tandis que les premiers avaient été payés, par MM. Saige et Fonfrède, 420 I. ; il est vrai de dire qu’ils étaient les plus heureusement situés. Tous les contrats de vente furent passés en l’étude de Me Martin Rauzan, notaire, rue Neuve, à Bordeaux.
C’est sur ces terrains qu’ont été bâties des maisons d’une hauteur et d’une profondeur à peu près égales, mais non pas d’une même superficie, quelques-unes ayant été construites sur plusieurs emplacements contigus et réunis par le même acquéreur; de ce nombre est surtout l’hôtel Saige.
M. Saige2, l’un des avocats généraux au Parlement
1 Pour compléter les 4,83o toises concédées par le Roi, 2,298 toises environ avaient donc été employées pour la construction du Théâtre et pour les rues et places qui l’isolent entièrement.
2 Saige (François- Armand de), né en 1 733 ; condamné à mort par jugement de la Commission militaire le 4 frimaire an II (25 octobre 1 793 ) et exécuté le même jour; il fut nommé avocat général au Parlement de Bordeaux en 1760, et avait été maire de cette ville de 1792 à 1793. Saige était riche de dix millions, comme l’écrivait Isabeau, l’un des représentants en mission à Bordeaux. (O’Reilly, Hist. de Bord., 2e part., 1. 1, p.5o8). D’après un a État des effets que les commissaires aux bibliothèques nationales du district de Bordeaux ont remis à la citoyenne Jacquette Martine Verthamon, veuve de Saige, condamné, conformément à l’arrêté du département du Bec-d’Ambès, du 29 pluviôse dernier,» il serait sorti de la maison du Chapeau- Rouge (l’hôtel Saige) :
» Trois cent six gravures, portraits, etc., à cadres dorés et sous verre, ci
» Id., à cadre noir ou rouge, vingt-neuf. .
» Quatre gravures encadrées et sous verre . .
» Tableaux de différentes grandeurs . .
» Et 1 38 volumes. »
Pour une maison qui avait été mise au pillage par le maire Bertrand et quelques terroristes, d’après M. Aurelien Vivie, dans son Histoire de la Terreur à Bordeaux, t. II, p. 3i, l’état que nous venons de produire justifie le titre d’ami des arts que les annalistes bordelais donnent à François Saige.
de Bordeaux, était un homme instruit, ayant le goût des arts et possesseur d’une immense fortune. Aussi s’empressa- 1- il, l’un des premiers, d’acquérir plusieurs lots situés immédiatement après la Salle de spectacle. L’ensemble de ces acquisitions s’élevait au chiffre de 186,020 1. 2 s. 2 d. C’est sur ces terrains que M. Saige fit construire, par Louis, des maisons et l’hôtel qui est devenu, par un décret du 2 5 avril 1808, la résidence des préfets de la Gironde. Il ne faut donc pas oublier le caractère primitif de cet immeuble et ne pas s’étonner de son manque d’isolement, de l’absence de servitudes, de jardins et de dégagements exigibles pour la demeure du premier magistrat du département, mais ne considérer cet hôtel que comme une habitation particulière d’une somptuosité peu commune.
A l’angle opposé de l’hôtel Saige, vers le port, s’élevait à la même époque la maison Fonfrède1, dont la façade servit de type à toutes celles de la place Richelieu2. Si cette maison est remarquable par l’élégance de ses proportions extérieures, par l’originalité de son grand escalier, elle ne peut être citée comme un modèle d heureuses distributions intérieures3; mais l’agencement
1 Boyer Fonfrède (Pierre), riche négociant bordelais, dont il a été déjà question p. 229; il fut le père de Jean-Baptiste Boyer Fonfrède, né en 177^5 député à la Convention nationale en 1792, qui partagea le sort des Girondins.
2 Sur le plan général des emplacements à vendre sont les notes suivantes : « C. C. Bâtimens de particuliers qui se bâtissent en suivant » une décoration uniforme pour leur façade. D. D. Bâtimens de parti- » culiers qui ne sont point assujettis à aucune décoration, à cause de la » pente du terrein. » Dans les premiers se trouvent les maisons de la rue Louis et de la place Richelieu; dans les seconds les maisons des rues Esprit-des-Lois et du Chapeau-Rouge. L’une de ces indications nous fait connaître la raison qui mit obstacle à l’uniformité générale des constructions élevées sur le glacis du Château-Trompette.
3 A l’époque des travaux de la maison Fonfrède, les nombreux enne-
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des salons, ornés de boiseries habilement sculptées, de chambranles de cheminées finement ciselés, est bien dans le style élégant et pompeux des appartements décorés sous la direction de Louis.
Sur cette même place Richelieu, et formant l’angle nord, s’élève l’hôtel de La Molère* 1 II, que Louis construisit de 1777 à 1780. Le terrain de cet hôtel avait été d’abord adjugé au sieur Léonard Lafitte, négociant, le 17 août 1774, «moyennant le prix et somme de quatre cent » vingt livres la toise, revenant à celle de vingt sept mille y> six cent neuf livres trois sols quatre deniers. »
En outre de l’indication de cet hôtel sur le Plan général des bâtiments construits à Bordeaux par M. Louis, deux documents prouvent encore la participation directe de l’architecte; l’un, est une «police du » 17 février 1777, passée entre Mathieu Duclou, maître » charpentier, de la paroisse Sainte-Croix, et Monsieur » Jean-Baptiste de La Molère, conseiller au Parlement » de Bordeaux, pour des ouvrages de charpente à exécuter » dans la maison que ce dernier fait construire près la
mis de Louis répétaient ce distique méchant composé par l’un d’eux, et qu’ils opposaient aux éloges qu’on faisait de l’escalier de cet hôtel.
L’architecte est un sot qui, perdant la raison,
Pour faire un escalier a gâté sa maison.
I La Molère (Jean-Baptiste), conseiller au Parlement de Bordeaux. Il émigra pendant la Révolution; sa bibliothèque fut confisquée, et son hôtel vendu comme bien national :
II prairial an IV (3o mai 1796). Vente par l’administration départementale d’une maison rue Esprit-des-Lois, n° 1, ayant appartenu à Lamolère, émigré: 126,000 r« (en assignats]. Cette maison a été successivement vendue :
Le 16 thermidor an IV (3 août 1796) . 20,000 fr.
Le 22 mai 1806 . 60,000
Le 12 mai 1823 . 92,000
Le 2 août 1828 . 102, 5oo
C’est dans les actes de 1823 et de 1828 que cet immeuble est désigné sous le nom d’hôtel Fumel (en raison de son occupation par M. le comte de Fumel), nom qui depuis a prévalu sur celui d’hôtel de La Molère.
» grille du Chapeau-Rouge, sous la conduite et inspecy> tion de M. Louis, premier architecte du roi de y> Pologne; » le deuxième document est la lettre suivante, existant à la Bibliothèque de Bordeaux
«A Paris, ce 21 octobre 1780.
» Monsieur,
» J’ay différé jusqu’à présent de vous parler des petites » affaires d’interest que nous avons ensemble, au sujet » des projets et de la conduite de la maison que jay fait » pour vous, imaginant bien que les malheurs de la » guerre mêtoit obstacle a ma demande ; mais, a présent » que tout me paroit a peu près rétabli, je vous présente » ma requête. Vous mobligeries infiniment si vous » voulies me satisfaire, d’autant mieux que la ville me » fait suporter de furieux retardemens pour ce qu’elle » me doit.
» J’ay l’honneur, etc. » V. Louis. »
Au dos de cette lettre : « Monsieur, Monsieur de La Molère, conseiller au Parlement de Bordeaux, à Bordeaux. »
Pour bâtir les maisons de la place Richelieu, il devint nécessaire de démolir la porte du Chapeau- Rouge, que Gabriel avait fait construire au bas des allées du même nom; cette porte était ornée de sculptures de Francin1 2.
1 Ce document, trouvé par M. Raymond Céleste, nous avait été
communiqué par M. Messier, bibliothécaire, bien avant le 8 mars 1878, jour de la présentation qui en fut faite à la Société Archéologique de Bordeaux. 5 4
2 Francin (Claude), statuaire, né à Strasbourg en 1701, mort à Paris le 19 mars 1773. Francin fit à Bordeaux de nombreux et importants travaux, sur lesquels nous publierons peut-être un jour quelques faits inédits.
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Louis fit alors élever une grille allant de l'angle nord-est de la Bourse au bastion du Château-Trompette. Dans l’état de dépense qui termine le VI0 chapitre se trouve le marché fait avec Jayer, maître serrurier, pour l’exécution de cette grille.
Il est encore une autre maison que Louis construisit sur les terrains concédés par le Roi; elle occupe l’angle occidental de l'îlot de maisons formé par les rues Espritdes-Lois1 et du Chapeau-Rouge. Cette maison avait été bâtie pour M. Mathieu et M. Legrix, trésorier de France, garde-scel du Bureau des finances de Guienne, l’un des meilleurs amis du célèbre architecte2. La maison de M. Legrix fut élevée dans le même temps que celles de M. Saige, placées à la suite de son hôtel; il est question de ces constructions dans les notes du Discours préliminaire ; elles sont maintenant annexées à l’Hôtel de la Préfecture, pour le service des bureaux.
Toutes les maisons dont nous venons de parler avaient été déjà citées sommairement par M. Gaullieur L’Hardy 3, qui ajoute, à propos de l’hôtel Fonfrède : « à angle » arrondi, où les gens de goût admirent un vaste escalier » disposé en spirale, dont la structure suffirait seule pour » assurer à son auteur la réputation d'habile architecte; » les autres parties de ce dernier bâtiment nappary> tiennent pas à Louis. » Cette dernière assertion n’est
1 Alors appelée Nouvelle rue Richelieu.
2 Le 10 avril 1776, contrat de vente d’un emplacement de 71 toises et i/c)e superficielles, situé rue du Glacis du Château-Trompette, passé par l’Intendant, au nom du Roi, en faveur de MM. J. -B. Mathieu, négociant, et Jacques Legrix, trésorier de France, moyennant la somme de 30,577 1* 1 5 s* 10 d. Le 25 floréal an IX, vente deM. Legrix à M. Pierre Loriague. Le 29 novembre 1834, vente par ce dernier à M. Jean-Joseph de Acha de Rieto, et enfin, en 18 56, vente au département de la Gironde pour agrandissement de l’Hôtel de la Préfecture.
3 Portefeuille ichnographique, p. 20.
ni confirmée ni contredite par les notes de Gabriel Durand, qui, dans le Bilan historique des principales opérations de sa vie1, énumère les constructions faites par Louis avec celles qui furent exécutées sans son intervention : « Mon frère et moy, associés d’intérest, «avions fait une infinité d’entreprises particulières; les » maisons de MM. Mathieu et Le Grix (sic), de La » Molère, de Boyer Fonfrède, l’hôtel Saige, Laf argue y> et Journu en firent partie, s Or, les maisons des propriétaires dont les noms sont en italique ne sont point indiquées sur le Plan général de Louis ; elles furent donc l’œuvre personnelle des frères Durand. Mais le moindre examen de la maison Journu2, qui se relie aux façades de la place Richelieu, montre une telle similitude dans les dispositions générales et dans les profils qu’il est impossible de ne point reconnaître que cette maison et bien d’autres de l’îlot du Chapeau-Rouge sont inspirées des plans de Louis; les mêmes épures ont dû servir aux frères Durand, soit qu’ils construisissent pour leur compte, soit qu’ils fussent employés à titre d’appareilleurs. Les frères Durand étaient des élèves de Louis; quoi de plus naturel que de les voir, au début de leur carrière, s’inspirer des œuvres de leur maître ?
En dehors des terrains du glacis du Château Trompette, se trouve indiqué, sur le plan qui nous sert de guide, longeant le cours du Jardin-Public et faisant l’angle de la rue Hustin, l’hôtel Nairac3, avec
1 Publié par son petit-fils, M. Charles Durand, architecte; Actes de l'Académie de Bordeaux, 1879, p. ia3.
2 J--B. Journu, l’un des directeurs de la Chambre de commerce. Cette maison est indiquée, sur le plan de lotissement, à la suite de la maison Fonfrède, et porte actuellement le n° 3 du cours du Chapeau-Rouge.
J Nairac (Paul), négociant. Le plan de cet hôtel, daté de 1775, est en possession de M. Henri Duphot, architecte à Bordeaux.
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double façade : l’une sur une cour d’honneur, l’autre sur un jardin1 2.
On comprend toute l’animation qui devait régner dans les bureaux de l’architecte, par suite de ces nombreux chantiers; et cependant nous ne sommes pas au bout de l’énumération des projets qui furent conçus à cette époque par Louis et qui donnent une idée de l’activité fiévreuse du grand artiste. Mais, pendant qu’il composait encore les plans de toutes ces résidences charmantes des environs de Bordeaux, que nous n’aurons garde d’oublier, Louis avait à lutter contre le mauvais vouloir des Jurats et les intrigues haineuses de ses confrères bordelais.
C’est surtout au sujet des façades des maisons de la place de la Comédie qu’il eut à soutenir de vifs démêlés, à propos des plans de Lhote et de Bonfin, que l’administration municipale avait envoyés au ministre Bertin. Louis disait dans une lettre à l’Intendant- « On na jamais tant écrit sur un sujet qui le mêritoit si peu. » Le mot était dur, surtout pour l’architecte de la Ville, François Bonfin, qui, soutenu par les Jurats, prétendait faire adopter son projet préférablement à ceux de Lhote et de Louis. Cependant, il est facile de concevoir tout l’intérêt qu’avait ce dernier à tracer les dispositions des rues, de la place et des maisons qui devaient, pour ainsi dire, former le cadre de son œuvre
1 II a été fait à cette construction, sous la direction de M. Henri Duphot, quelques changements dans ses dispositions intérieures, particulièrement dans le grand escalier d’honneur; le nouvel aspect de cet escalier a été le motif d’un charmant dessin par M. Baltard fils.
2 Le dossier relatif à l’alignement des maisons de la place de la Comédie, déposé aux Archives départementales , Fonds de l’Intendance, série C, carton n° 1,227, ne contient pas moins de 80 pièces environ, rapports, lettres ou plans»
principale mais il faut aussi bien comprendre que les officiers municipaux tenaient d’autant plus à faire acte d’autorité, en opposant au projet de Louis celui de leur architecte, qu’ils n’avaient plus d’action directe sur la conduite des ouvrages de la Salle de spectacle, et qu’il leur semblait tout naturel d’agir en maîtres, à l’égard des autres embellissements de la ville. Les Archives de l’intendance de Guienne vont nous fournir tous les détails de cette affaire. Les grandes difficultés qui surgirent, pour l’alignement et la construction des nouvelles façades de la place de la Comédie, vinrent d’un acte de favoritisme et d’une lutte d’influence entre diverses autorités : les Jurats, les Trésoriers de France1 2 et l’Intendant. Au début de cette entreprise, qui fut pour Louis une nouvelle source de tracasseries, nous trouvons, à propos d’un projet de l’architecte Lhote, une lettre de M. de Clugny, depuis fort peu de temps Contrôleur général, mais n’ayant pas encore oublié tout ce qui s’était passé dans son ancienne généralité de Bordeaux.
M. de Clugny à M. Dupré de Saint-Maur.
« Paris, le 23 juillet 1776.
» Je suis informé, Monsieur, que les Trésoriers de France » de Bordeaux ont permis à un de leurs confrères d’avancer une » maison située dans l’angle de la place et de la rue de l’Intendance, » et l’on m’a assuré que l’alignement donné dégraderoit la place.
1 Voir le Plan du redressement de la place au devant de la nouvelle Salle de spectacle de Bordeaux , daté du mois d’avril 1776 et signé: V. Louis. Nous en donnerons l’analyse au Catalogue de son œuvre.
2. Officiers des finances, régulièrement organisés dans chaque généralité par Henri III. Ils étaient chargés de la répartition des impôts, de la surveillance des agents financiers, des questions domaniales, des aveux et dénombrements et de la grande voirie.
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» Je leur mande de faire suspendre les ouvrages et de vous » remettre un mémoire détaillé qui me fasse connoître leurs » motifs. Je vous prie de faire lever le plan du local et de » m’envoyer le tout avec votre avis.
» Comme cet alignement pourroit nuire au plan général qu’on «s’est proposé de suivre, pour l’embellissement de la ville de «Bordeaux, en construisant la nouvelle Salle de spectacle i le » sieur Louis sera en état de vous donner les éclaircissements «dont vous pourrés avoir besoin.
» Je suis, etc. » Clugny. »
(I.a signature seule est autographe.)
Le 20 août 1776, M. Dupré de Saint-Maur fit l’envoi du mémoire et des plans réclamés par M. de Clugny; il
accompagna cet envoi d’une lettre dans laquelle on lisait :
« Ce mémoire présentait au premier coup d’œil des raisons assez
spécieuses, mais à l’inspection du local et des plans, elles font peu
d’impression et l’on est tenté de croire que le désir de favoriser les propriétaires du terrein, à qui il s’agissoit de donner un alignement, a pu influer, jusqu’à un certain point, sur l’opinion de Mrs du Bureau des finances 3. Au reste, Mr, pour vous mettre à portée de prononcer sur le différend qui s’est élevé erttr’eux et Mr Louis, je joins aussy son projet d’alignement et de façade. La beauté de cette seconde partie vous paraîtra, je crois, mériter la préférence sur celle proposée par le Bureau des finances. Quant à la disposition de l’alignement, il me semble aussi, quoi qu’en disent ces Messieurs, que le pan coupé de Mr Louis offrant une obliquité semblable, à très peu près, à celle que présente l’autre extrémité de la façade, du côté des maisons de Tourny, il en résultera une simétrie agréable à l’œil en sortant
1 Lors des premiers travaux du Théâtre, Louis. donna d’abord un plan général de ses alentours; ce plan, adopté par arrêt du Conseil, enregistré en Parlement, fut exposé dans l’Hôtel-de- Ville, revêtu des signatures de Richelieu, du lieutenant de Maire et des Jurais, qui l’approuvèrent le 21 septembre 1774. (Mémoire manuscrit du temps.)
2 Pour bien saisir toute la portée de l’observation de M. Dupré de Saint-Maur, il est bon de dire que la maison qui faisait l'angle de la place et du cours de l’Intendance, appartenait à M. Marc Chaperon, premier président du Bureau des finances et Chambre du Domaine
de la Salle de spectacle; ce pan coupé procurera d’ailleurs un dégagement avantageux pour le débouché des carosses 1 . »
L’Intendant terminait son mémoire en insistant pour qu’il fût rendu un arrêt du Conseil ordonnant que les Srs Chaperon, Malescot, de Verthamon et de Roly1 2 seraient tenus de faire construire conformément à ce dernier projet.
L’on ne voit, tout d’abord, en présence de Louis, que l’architecte Lhote, son ancien dessinateur, devenu architecte du Bureau des finances, inspecteur de la voirie; mais, vers la fin de l’année 1776, les jurats chargèrent Bonfin de communiquer à l’Intendant le plan de décoration et d’alignement de la place au-devant de la nouvelle Salle de spectacle, alignement qui avait été ordonné, disaient-ils, en conformité d’une lettre du ministre Bertin, du 2 3 août précédent. Enfin, le 18 janvier 1777, les plans levés par les Srs Louis, Lhote et Bonfin furent envoyés au ministère, à Paris, où M. Bertin chargea Soufflot de les examiner et de se prononcer sur celui qui lui paraîtrait le meilleur. C’est alors que Louis, instruit de ce qui se tramait, écrivit à Monsieur Dupré de Saint-Maur.
« A Bordeaux, ce 18 janvier 1777.
» Monsieur,
» Il se passe des choses bien extraordinaires dans ce » pays-ci. Croiriez vous, Monsieur, que, depuis votre
1 Louis traçait son pan coupé par une ligne partant d’un point donné par la prolongation de la façade latérale de la Comédie et aboutissant à la rue de l’Intendance.
2 Noms des propriétaires des anciennes maisons qui faisaient face à la Salle de spectacle, mais n'étaient pas parallèles avec elle. Pour leur ancien aspect pittoresque, voir la vue faite par le chevalier de Bazemont, en 1755.
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» départ, Mrs les Jurats et Mrs les Trésoriers de France » sollicitent Monsieur Bertin pour obtenir de lui la per- » mission d’employer leur architecte, pour faire exécuter » la façade de M1 de Roly; qu’enfin ils ont obtenu qu’elle » seroit faite par l’un des deux. Il y a eu une assemblée, » il y a quelques jours : il a été dessidé par ce s Messieurs » qu’on suiveroit le projet de Mr Bonfin. Je vous laisse à » penser, Monsieur, combien j’ai à me plaindre de ce » procédé. Qu il vous souvienne que vous m’avez engagé » à déposer mon projet à l’Hôtel-de- Ville; c’est ce même » projet qu’on a suivi en le défigurant un peu. Mr de » Roly est furieux, d’autant qu’il ne s’étoit déterminé à » bâtir que pour avoir quelque chose de moy. J’avois » l’attache de feu Monsieur le Controlleur Général, et » vous aviez approuvé, Monsieur, ce que j’avois fait » pour cette façade. Mrs les Jurats, même en ma pré- » sence, vous avoient promis qu’on la suiveroit; ils ne » demandèrent la communication de ce dessein que pour » forme, à ce qu’ils vous ont dit en ma présence; vous » voyez cependant, Monsieur, qu’ils projettèrent dès lors » de me tromper, car c’est depuis ce temps que le » S' Bonfin a fait usage de ce qu’il avoit entre les » mains; et s’ils avoient eu la volonté de suivre ce qu’ils » avoient promis, il auroit empêché leur architecte de » me faire cette grossièreté, et ne protégeroit pas son » ouvrage. Je devrais être accoutumé aux mauvais procé- » dés de ce pays, depuis le temps qu’on en a pour moy;
» mais Mr de Roly est fort décidé à laisser sa maison » à bâtir, si on ne suit pas mes projets. D’ailleurs,
» Monsieur, cela ne s’accorde nullement avec le superbe » projet que vous avez de continuer l’alignement de » la façade de la Comédie, du côté du Chapeau Rouge. »
Cette lettre avance un fait qui n’est point à l’honneur des Jurats ni de leur architecte, puisque, par un abus de confiance, les idées de Louis, exprimées rapidement dans un simple croquis et communiquées au Corps de Ville, auraient été reproduites par Bonfin, à l’aide d’un plan plus développé, mieux étudié en apparence, et qui, par suite, obtint la préférence de Soufflot.
Aussi n’y a-t-il pas lieu d’être surpris de trouver encore dans la correspondance de Louis de nouvelles et vives réclamations.
ce II n’y a que dans ce pays-ci où il se passe des choses » fort extraordinaires.
» Croirez-vous, Monsieur, qu’à la sollicitation de » Mrs les Jurats, M. Bertin vient d’ordonner que la » décoration des maisons, en face de la Comédie, seroit » faite sur les dessins de l’architecte de la Ville. Vous » n’ignorez pas, Monsieur, que s’étoit comme arrangé » que ce seroit moy qui donneroit les dessins de cette » façade1. Mrs les Jurats, même en ma présence, ne vous » demandèrent communication de mes desseins que pour » la forme; cependant, je n’ignore pas qu’ils ont fait » l’impossible auprès de Monsieur Bertin pour me donner » cette mortification ; il me semble que j’ai à revendiquer » des droits, puisque c’est en quelque sorte une suitte » de la décoration de ma Salle que le pourtour de cette » place. J’ai une observation importante à faire sur le » projet qu’on se propose de suivre : c’est qu’en gran- » dissant la place, comme on le projette, on ôte en » quelque sorte à mon bâtiment l’harmonie que j’ay
i Le plan de redressement de la place, au-devant de la Salle de spectacle, daté de Bordeaux, avril 1776, signé Louis , est aux Archives municipales de cette ville, bureau des plans.
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» cherché à y mettre, parce que, pour qu’une place soit » en proportion avec ce bâtiment, il faut qu’elle soit de » e3 toises, puisque la façade de la Salle de spectacle a » 23 toises de longueur. On a passé par dessus toutes » ces règles, parce que tout ce qui a rapport au goût est » ignoré dans ce pays.
» Je vous prie, Monsieur, de plaider ma cause auprès » du Ministre. Monsieur de Clugny l’avoit décidé; vous » l’aviez aussi approuvé; tout étoit d’accord; je ne puis » comprendre comment un homme qui n’est tout au plus » que vérificateur, ait l’audace de faire une cabale de » personnes que, à coup sûr, il compromettra, d’autant » qu’il n’entend nullement cette partie de décoration. Je » vous préviens même que le comte de Roly est absolu- » ment décidé à ne plus bâtir; il laissera son terrein en » friche, en attendant la justice qu’il se propose de vous » demander sur cette affaire. D’ailleurs, cela contrarie » le projet que vous aviés de prolonger l’alignement de » la Comédie jusqu’à la place Dauphine; cependant, on » en voit à présent la nécessité, depuis que les maisons » du Chapeau-Rouge s’élèvent.
» A Bordeaux, ce 8 février 1777 1. »
Voici, d’après un mémoire déposé aux Archives départementales de la Gironde1 2, le caractère des trois
1 Douje lettres de Victor Louis, p. 25. En terminant, Louis disait : « Les Jurats se vantent tout haut qu’ils vont bientôt me faire envoyer, parce qu’ils vont avoir la direction de la Comédie, que le Ministre leur a promis... Si cela arrivoit, je vous préviens, M., que je quitterois sur le champ Bordeaux. Avoir affaire à de pareils gens, ce seroit abréger mes jours de plus de vingt années. »
2 Fonds de l’Intendance, série C., carton nos 1,227-1,228. — M. Detcheverry n’a donné que l’analyse de ces trois projets, faite bien certainement d’après le mémoire que nous reproduisons textuellement.
projets de décoration pour la façade de la place devant la Salle de spectacle, qui avaient été soumis à l’examen du célèbre auteur du Panthéon, sur l’initiative des Jurats, mais sans l’adhésion de Louis :
Premier projet par l’ architecte de la Comédie (Louis).
Son plan général fixe la place à 22 toises 4 pieds 6 pouces, parallèlement à la façade du péristyle de la Comédie ; quoique cet alignement soit saillant de quatre pieds huit pouces sur l’angle des maisons de Tourny, joignant la rue Mautrec, dont il répette, dit-il, l’obliquité par un pan coupé de Si pieds, à l’encoignure sur la rue de l’Intendance, il n’y a point de simétrie entre le pan coupé de la rue de l’Intendance et l’obliquité des maisons de Tourny, sur la façade projettée; l’alignement donné s’y oppose; le pan coupé sur la rue de l’Intendance ne rend point exactement la même ouverture d’angle que les maisons de Tourny, et la rue Mautrec intercepte tout espèce de rapport et de liaison.
Les arcades du soubassement de sa décoration sont étroites; elles n’ont que sept pieds de large et il en faut davantage pour le passage d’une voiture.
2e Projet par l’architecte de la voirie (Lhote).
Il fixe aussi la place à 22 toises 4 pieds 6 pouces et termine sa façade aux deux bouts, sur les angles des rues de l’Intendance et Mautrec, par des pans coupés de huit pieds. Le pan coupé sur la rue de 1 Intendance est trop petit; il prend considérablement sur la voie publique et ne donne pas un assez grand dégagement à ce carrefour.
La décoration a peut-être un inconvénient, par rapport aux yeux de bœuf qui éclairent les entresols.
3e Projet fait par ordre de Messieurs les Jurats par ï architecte de la Ville (Bonfin).
L architecte de la Ville a regardé l’angle des maisons de Tourny, au coin de la rue Mautrec, comme le point auquel il fallait se raccorder, et dont la 'distance, parallèlement mise à la colonnade du péristyle, devoit faire l’alignement du fond de la place, au devant de la nouvelle Salle- de spectacle; de sorte que
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cette place auroit 23 toises 3 pieds 2 pouces, et 4 pieds 8 pouces de plus que par les deux autres projets.
L’axe de ladite Salle de spectacle, pour une simétrie exacte, devrait faire le milieu de la nouvelle façade; le premier projet s’en écarte de huit pieds et le second de quarante-cinq; ce projet ici, au contraire, s’en raproche à un pied près, fait l’axe de l’arcade du milieu de sa décoration, et cette différence n’est occasionnée que par les entraves qu’ont données les largeurs inégales des maisons comprises dans cette façade.
On est parvenu à trouver cette régularité, en donnant pour débouché à la rue Mautrec une porte de onze pieds et demi de large sur seize de hauteur, laquelle se trouve répettée à l’autre extrémité, du côté de la rue de l’Intendance, et prise chacune dans un avant-corps en pavillon, qui flanquent et terminent la décoration à chaque bout.
A l’extrémité de la porte figurée à l’angle de la place et de la rue de l’Intendance, on a formé un pan coupé de 3o pieds, dont la dimension s’est trouvée ainsi fixée en rapportant exactement la même ouverture d’angle que les maisons de Tourny, de manière que de la travée du milieu du péristyle de la Comédie, le point de vue sera parfaitement égal.
Ce projet n’a donc d’autre sacrifice que le débouché de la rue Mautrec par une large et haute porte, et ce n’est pas le seul exemple où l’ensemble d’une décoration est obligée à en former de semblables, à Paris et à Bordeaux; la rue des Faussets, à Bordeaux, ne débouche sur la place Royale que par une arcade de huit pieds de large et onze de hauteur.
On observera, d’ailleurs, que la rue Mautrec est courte et étroite; que le pavé forme une rampe à son entrée et qu’elle va finir contre l’extrémité du portail de l’église des Jacobins.
Les avantages qui résultent du parti qu’on a pris doivent l’emporter : i° on fait un ensemble général de la nouvelle façade projettée avec celle des maisons de Tourny; 20 on sauve le trou désagréable de la rue Mautrec, qui forme une lacune entre ces deux façades; enfin, on cache la difformité d un pignon en pierre qui s'apperçoit à l’angle de la dernière maison de Tourny, joignant ladite rue Mautrec, et qui choque la vue, puisqu’il ne répette que la moitié de la croupe couverte en ardoise qu’on voit en entier aux autres maisons. Cette difformité irréparable s’apercevra de tous les points de la place, si on laisse la rue Mautrec telle qu’elle est.
La décoration présente alternativement des grandes et des petites arcades; les grandes ont huit pieds de large et les petites cinq; elle est arrêtée par un pavillon à chaque bout dans lesquels sont les grandes portes dont il a été question.
Ce mémoire n’est point signé, ni daté; néanmoins on devine qu’il avait été rédigé sous l’inspiration des Jurats et dans un esprit favorable au projet de Bonfin. Mais il fallait compter avec l’influence de M. de Saint-Maur, les protestations des propriétaires de la rue Mautrec et celles de M. de Roly, qui, pour la reconstruction de ses deux maisons, vis-à-vis la Salle, avait fait choix de Louis et réclamait énergiquement en faveur du projet de son architecte; il disait :
« Monsieur,
» Si Mr Louis avoit trouvé à propos de donner quatre pieds de » plus à la place, il lui étoit bien facile de placer la Comédie » quatre pieds plus loin.' Le Sr Bonfin a non seulement imaginé » de donner des dimensions à cette place, mais il a encore osé » nous prescrire un plan de décoration; il étoit bien plus naturel » de croire que l’un et l’autre objet auraient été fixés sur les » plans de M. Louis, qui, avec des talans supérieurs, doit sçavoir » ce qui convient le mieux au bel édifice qu’il construit; c’est » aussi à lui que je m’étois adressé pour la décoration de la façade » de ma maison, et pour m’en doner la distribution, que j’avois » en conséquence comancé à rebâtir. Ce nouvel arangement du » Sr Bonfin me jette dans un embaras qui me deviendra très » coûteux; j’espère que, lorsque vous aurés jetté les yeux sur ces «plans, vous ferés remettre les choses dans l’état où elles » doivent estre, et que vous sentirés l’injustice qu’on veut nous » faire, qui n’est que le fait d’une pique et d’une basse jalouzie L »
Pendant que le comte de Roly réclamait l’intervention de l’Intendant, les propriétaires de la rue Mautrec
1 Lettre de M. de Roly à M. Dupré de Saint-Maur, du 28 janvier 1777.
TRAVAUX A BORDEAUX
adressaient aussi un mémoire1 accompagné d’une lettre au Contrôleur général Taboureau, pour réclamer sa protection contre une entreprise étrange et l’inconséquence d’un projet qu’on avait, sur de faux exposés, fait agréer au Conseil. Ces plaintes leur paraissaient d’autant plus justes que leurs maisons se trouvant dans la mouvance du Roi, comme seigneur du fief de Puy-Paulin, il en résulterait un préjudice pour l’autorité royale2.
Les réflexions des propriétaires de la rue Mautrec furent parfaitement accueillies par M. de Saint-Maur (d’après une lettre de M. de Verthamon-Dambloy) et par M. Taboureau. Aussi, grâce à leur influence, l’Intendant et le Contrôleur général firent rendre l’arrêt suivant :
« Sur ce qui a été représenté au Roy, étant en son Conseil, que les propriétaires des maisons qui doivent être reconstruites sur la place et vis-à-vis de sa nouvelle Salle de spectacle, à Bordeaux, n’ont encore pu y faire travailler, à raison des difficultés qui se sont élevées relativement à l’allignement de la façade desdites maisons, -et Sa Majesté voulant éviter auxdits propriétaires le préjudice que leur causeroit un plus long retard; ouï le rapport du sieur Taboureau.... Controlleur général des finances; le Roi, étant en son Conseil, a ordonné et ordonne que les projets de
1 Ce mémoire fort long, qui avait été rédigé, sur les conseils de Louis, par l’avocat Hosten, peut être ainsi résumé : Le projet de l’architecte de la Ville détruirait le caractère obligatoire de la place et relierait d’une manière illogique des maisons conçues dans un style tout différent ; mais c’est surtout l’arcade projetée par Bonfin, à l’entrée de la rue Mautrec, qui était l’objet des récriminations les plus vives; cette arcade n’eût relié les maisons de la place à celles de Tourny que d’une façon nuisible; elle eût obstrué la vue, l’air et la lumière de cette rue et, vers le soir, eût favorisé des actes aussi contraires aux bonnes mœurs qu’à la salubrité publique.
2 Voici les noms des propriétaires signataires de la lettre : de Baritault (sous doyen du Parlement); Verthamon-Dambloy; le président de Verthamon; Duroy; F. Hélies (bourgeois); de Roly; d’Onis; M. Dirouard; Baurein, prêtre, trésorier de l’Académiedes Sciences, comme propriétaire dans ladite rue, en sa susdite qualité; F. Cairon, syndic du Chapelet; Doumerc (gentilhomme); Dasvin, pour M. Soüisse, propriétaire (juge à Pauillac); E. Cassaigne; Hosten (avocat au Parlement) et N. (illisible).
façade des maisons à construire sur la place.... seront incessamment, parle Sr Louis, architecte, que Sa Majesté. a commis et commet à cet effet, faits et dressés sur les alignements qui seront convenus avec les officiers du bureau des finances, et que lesdits plans et alignements seront remis ès mains du Sr Intendant et Commissaire départi dans sa généralité de Bordeaux, pour être ensuite lesdits projets arrestés au Conseil de Sa Majesté.
» Fait . à Versailles, le troisième jour d’avril mil sept cent
soixante-dix-sept.
» Signé : Bertin. »
Louis, qui n’ignorait point combien M. Dupré de Saint-Maur avait contribué à faire rendre le dernier arrêt du Conseil, lui adressa ses remercîments :
« Le 3 mai 1777.
» Je ne vous ai point moins d’obligation, Monsieur, » de la décision que vous avés bien voulu faire en ma » faveur, relativement à la décoration de la façade, vis- » à-vis la Salle de spectacle. Mrs du bureau des Finances » vont procédés à cet alignement; ils se sont déjà même » transportés à l’Hotel-de-Ville, relativement à cette » affaire; ils ont trouvé Mrs l'es Jurats fort indisposés de » cette décision ; ils se proposent très fort de revenir )> contre, disant qu’ils ne passeront jamais si leur projet » ne prévôt pas sur les autres; ils doivent avoir écrit à » cet effet à Monsieur Bertin.
» J’aurai l’honneur de vous rendre exactement compte » de tout ce qu’on fera à cet égard; il me paroit que » M les Trésoriers ne sont pas fâchés que cela soit réglé » ainsi. Si nous n’étions pas tracassé par Mrs les Jurats, » cc seroit une affaire bientôt terminée.
» Je suis à faire les projets pour vous les faire pari) venir; vous verrez, Monsieur, qu’ils ne contrarient
TRAVAUX A BORDEAUX
» pas le superbe projet que vous avez de continuer » l’alignement de la Salle de spectacle jusqu’à la porte » Dauphine; en suprimant le pan coupé, la façade se » terminera à l’alignement de la Salle de spectacle, en » conséquence des maisons qui se construisent le long » de la rue du Chapeau- Rouge, en allant vers la grille » de la Porte Royale... ' »
Les Jurats se récrièrent vivement contre le nouvel arrêt :»«... Trois plans, écrivaient-ils, dressés par trois » architectes, avoient été envoiés au ministre Bertin et » communiqués par lui au célèbre Soufflot, qui avoit » agréé le projet de l’architecte de la Ville.
» Il ne nous est donc pas permis de l’abandonner, à » la vue d’un arrêt qui a été rendu sans que nous ayons » été entendus, peut-être même sur un faux exposé, ou » tout au moins sur des représentations de la part des » propriétaires des maisons à bâtir, que nous ne connois- » sons, ni n’avons pu connoître. »
C’est surtout à la fin de leur lettre à l’Intendant que les officiers municipaux revendiquent avec énergie leurs anciens droits :
«Nous ajouterons, M., que nous sommes d’autant » plus fondés à nous plaindre de cet arrêt, que, dans » une de ses dispositions, il nous enlève un droit incony> testable, puisqu’il attribue à Messieurs les Trésoriers
1 Douçe lettres de Victor Louis, p. 36. — A la date du 28 juin 1777, Louis annonce encore à l’Intendant que les propriétaires de la place de la Comédie et de la rue Mautrec, ayant su qu’il avait pris leur défense sur le tort qu’on voulait leur faire, doivent lui témoigner leur satisfaction. Louis parle aussi, dans cette lettre, des trois mémoires qui ont été adressés à l’Intendant, au Contrôleur général et à M. Bertin; de l'alarme causée par les prétentions des Jurats, et croit qu’il y aurait du désordre s’il n’arrangeait pas cette affaire.
t> les allignements à faire, sans concours avec nous, ce » qui est manifestement contraire à l’usage et à plusieurs » arrest du Conseil; nous avons toujours été autorisés » à concourir avec le Bureau dans tous les allignements » qui se font sur les places publiques, où les plans de » décoration nous appartiennent exclusivement à tous » autres juges; ce droit nous appartient essentiellement; » il nous sera toujours cher et précieux, et nous ne cesse- » rons de le réclamer par toutes les voyes de droit 1 2 . » On vient de voir que ces protestations énergiques étaient datées du 3 mai; le 5, un nouvel arrêt du Conseil annulait celui du i3 avril et donnait gain de cause à l’architecte Bonfin, en mettant manche à manche le Corps de Ville et l’Intendant. Mais, soupçonnant les intrigues des Jurats, M. de Saint-Maur, avant d’avoir connaissance du nouvel arrêt, avait fait un projet de lettre qui contient ce curieux passage :
« Il semble qu’une sorte de fatalité ait inculqué de tout temps » au Corps municipal de Bordeaux des vues contraires à l’embel- » lissement et à l’accroissement de cette ville importante. Il n’y » a pas de chagrin que ce corps n’ait fait éprouver à M. de " Tourny, qui y a fait ce qu’on y voit d’agréable et d’utile. Sa » mémoire est maintenant en vénération dans l’esprit de tous les » habitants, mais les officiers municipaux n’en restent pas moins » opposés à quiconque voudra l’imiter, et je dois m’attendre, sur » ce point, à toutes sortes de mauvaises difficultés de leur part, » si le Ministre n’y met ordre 2. »
1 Lettre des Jurats à l’Intendant, du 3 mai 1777. Dans une autre de même date et à la même adresse/les Officiers du bureau des Finances reconnaissaient le droit des Jurats et s’exprimaient ainsi : « Quoique cet arrêt refasse aucune mention des Officiers municipaux de cette ville, cependant, et par égard aux désirs que vous nous aveq témoignés, nous avons cru devoir en conférer avec eux. »
2 Projet de lettre de M. l’Intendant de Bordeaux au Contrôleur général, du g mai 1777.
TRAVAUX A BORDEAUX
Mettre de l’ordre! Voilà précisément ce qui faisait défaut dans les agissements du Ministère, continuellement ballotté par des influences opposées. On pourra s’en convaincre par les aveux naïfs contenus dans la lettre que le Contrôleur général adressait à M. Dupré de Saint-Maur, en lui envoyant le nouvel arrêt du Conseil :
«Vous reconnoîtrez, Monsieur, que cet arrest est contradictoire b avec celui du Conseil royal que vous m’aveq fait rendre le » i3 avril précédent.... Cette contrariété d’arrests a, M., excité » les représentations des parties intéressées, et M. Bertin, à qui » elles les ont adressées, m’en a fait part. J’ay reconnu, par la » conférence que ce Ministre et moi avons eue ensemble à cet » égard, qu’il étoit question depuis longtemps de ce projet de » décoration des bâtiments, en face de la Comédie; que cet objet » avoit toujours été suivi dans le département du secrétaire » d’État; que c’étoit lui qui avoit reçu les plans qui y étoient » relatifs et qui les avoit fait examiner par M. Soufflot, dans » lesquels plans ceux du sr Louis lui-même avoient été compris; » que c’étoit d’après cet examen que le plan proposé par » l’architecte de la Ville avoit été adopté par les Jurats; qu’enfin » c’étoit à la suite de toutes ces précautions que M. Bertin avoit « porté, dans les premiers jours d’avril, l’affaire au Conseil des » dépêches, où le plan de l’architecte de la Ville avoit été agréé » par le Roy.
» Cette décision du Conseil est, Monsieur, antérieure à l’arrest « que vous m’avés fait rendre le i3 avril, et elle m’ étoit entièreb ment échapée Lorsque je l’ai signé. Quoique l’arrest que «M. Bertin a fait rendre en conséquence, le 5 may, soit « postérieur à celui du Conseil royal, rendu le i3 avril, celui-là « seul ne doit pas moins avoir son exécution ' .... b
La réponse de l’Intendant donne l’historique de cette affaire, et l’on voit visiblement que tous ces arrêts
1 Lettre de M. Taboureau, Contrôleur général, à M. Dupré de Saint- Maur. Paris, 4 juin 1777.
contradictoires provenaient des intrigues ourdies dans les deux camps 1 :
M. Dupré de Saint-Maur à M. le Contrôleur général.
« A Paris, ce 6 juin 1777.
« Monsieur,
« Lorsque j’ay eu l’honneur de vous proposer l’arrest qui a été » rendu le i3 avril dernier... concernant la façade des bâtimens » à construire en face de la nouvelle Salle des spectacles, à » Bordeaux, je n’avois aucune connoissance que cette affaire eût » été décidée antérieurement, au Conseil, sur le rapport de » M. Bertin. Je n’imaginois pas même qu’elle regardât son » département, d’autant que, dans le principe, elle avoit été » portée devant M. de Clugny, votre prédécesseur, qui s’en est » occupé jusqu’au moment de sa maladie. Il paroît, M., parla » lettre que vous m’avés fait l’honneur de m’écrire à ce sujet, le >' 4 de ce mois, qué vous pensés que lorsque M. Bertin a fait » prononcer la préférence en faveur du projet de l’architecte de » la Ville, il étoit instruit des difficultés que ce projet avoit » éprouvé, tant de la part du Bureau des Finances que de celle » des propriétaires intéressés; je puis vous assurer, cependant, » que ce Ministre, avec qui j’ay eu occasion d’en causer mercredy » dernier, m’a avoué qu’il n’en avoit rien sçu, et qu’il étoit prest » à revenir sur l’arrest qu’il a fait expédier le 5 may, pour peu » qu’il y fut fait opposition. Je devois même, à cette occasion, » vous prier de vouloir bien me faire repasser les mémoires » présentés par les propriétaires de la rue Mautrec, afin de les » luy communiquer.
» Voicy comment les choses se sont passées : il avoit été » d’abord formé deux projets, l’un par l’architecte du bureau des » Finances et l’autre par le sr Louis. Les défauts du premier » avoient donné lieu au second, qui fut ordonné par Mr de » Clugny, à qui ils furent adressés l’un et l’autre; sa maladie » ayant laissé les choses indécises, les Jurats en profitèrent pour
i Le comte de Mellet; le maréchal de Mouchy, le comte de Fumel tenaient pour Louis; mais les jurats étaient habilement secondés par leur agent spécial à Paris, le sieur Trouvé, écuyer, chargé des affaires de la ville de Bordeaux, à la suite de la Cour et des Conseils de Sa Majesté, depuis l’année 1738.
TRAVAUX A BORDEAUX
» demander au sr Louis communication de son projet, feignant » de vouloir chercher les moyens de conciliation qu’ils pourroient » prendre, à l’effet de le faire adopter aux Trésoriers de France, » et, sous ce prétexte, ils en firent faire une copie, probablement «peu fidèle, qu’ils adressèrent à M. Bertin, avec le projet de « l’architecte du Bureau des Finances, et un troisième qu’ils » firent faire en secret. Ils ne dirent pas un mot de ce qui s’étoit » passé au Ministre, qui, croyant que ces officiers avoient fait » dresser les trois projets pour le bien de la chose et qu’il ne » s’agissoit que de choisir celuy qui pouvoit être d’un meilleur » goût, crut avec raison pouvoir s’en rapporter à la décision de » M. Soufflot sur ce point, ne se doutant pas que les intérests » de qui que ce soit y fussent compromis, et qu’il y eut ni » difficulté, ni contradiction, relativement à cette façade. Pour » moy, Mr, qui n’ay, dans tout cela, que le désir de voir prendre » le meilleur parti, je persiste à croire que la chose est susceptible » d’un nouvel examen, qu’elle en vaut bien la peine et qu’il ne » pourroit jamais y avoir aucun inconvénient à l’ordonner. » Cependant, je vais retirer l’arrest du i3 avril et j’auray l’hon- » neur de vous le renvoyer comme vous le désirés. »
(Minute non autographe.)
Les citations des lettres précédentes démontrent non seulement la vive opposition qu’éprouvait l’architecte Louis, mais l’esprit d’antagonisme qui régnait entre le Corps de Ville et l’Intendance.
Qu’on se figure ce que devait être la conduite des affaires publiques, au xvme siècle, quand les fonctionnaires en sous-ordre cachaient le plus souvent, comme on vient de le voir, l’état réel des choses à leur supérieur1. La poursuite d’une entreprise était hérissée d’obstacles insurmontables et les mois succédaient aux mois, les années aux années, sans amener une solution.
1 « Je ne doute point que cette affaire n’eût été beaucoup plus promptement terminée, si l’on n’avoit pas soustrait à votre connoissance les représentations pressantes et multipliées des propriétaires, ainsy que les fréquentes lettres que j’ay eu l'honneur de vous écrire à ce sujet. » ( Lettre de M. Dupré de Saint-Maur au ministre Bertin, du 19 novembre 1779.)
L’affaire des maisons de la place du Théâtre eut le sort commun : trois ans s’écoulèrent en pétitions, contrepétitions, mémoires, rapports, lettres et démarches, tant de la part de l’Intendant que de celle des Jurats, des propriétaires que des Trésoriers de France, de l’architecte du Théâtre que de ses confrères. Enfin, le 1 2 février 1779, Soufflot écrivait à Louis :
« ... Je ne sçais où vous en êtes pour les façades opposées à » celles de votre Salle de spectacle, mais il y a longtemps que j’ai » remis ce que l’on m’avoit demandé à cet égard. J’ai cherché, » dans le plan que l’on a exigé que je fisse, à mettre, en trichant » sur les arcades et les trumeaux, le milieu de cette façade vis à » vis le milieu de la vôtre, soit que l’on suivit le petit alignement » de la rue des Fossés de l’Intendance, soit qu’on exécutât le » petit alignement projetté, je crois, par M. de Tourny ; et toutes » fois j’ai marqué que je m’en rapportois à ce que vous croiriés » le mieux , étant sur les lieux et à portée d’en juger mieux que » je ne puis faire d’icy. »
Cette lettre prouve que Soufflot n’avait point, à l’égard de Louis, cet esprit de rivalité jalouse dont le soupçonne M. Detcheverry 1 . Cette nouvelle décision du célèbre Soufflot, comme MM. les Jurats se complaisaient à le désigner, fut loin de les satisfaire ; aussi, ce mémoire et ces plans ayant disparu, M. le comte de Roly, « la partie souffrante dans cette affaire, » exprimait ainsi ses doléances à l’Intendant, le 3i juillet 1779:
«Je n’en suis pas plus avancé, Monsieur, pour ma maison, » que lorsque vous êtes parti d’icy; ce n’est pas que j’aye négligé » les démarches que j’ay cru nécessaires, soit auprès de M. de » Bertin, soit auprès des trésoriers de France. Les jurats me » dirent qu’ils avoient chargé M. Buan2, qui étoit à Paris, de » presser M. Bertin, pour la décision de mon affaire; je fus chez
1 Histoire des Théâtres de Bordeaux, p. 106.
2 Buhan, avocat, procureur syndic.
TRAVAUX A BORDEAUX
» M. Buan, à son retour; il me dit qu’il en avoit parlé très sou- » vent au Ministre, qui lui avoit répondu que c’étoit la faute de » M. Soufflot, qui ne lui avoit pas encore remis les plans qu’il lui » avoit donnés; que croire de tout cela, Monsieur, après la lettre » que vous avés vu où M. Soufflot écrit à Louis, du 12 février » dernier, qu’il a remis à M. Bertin les plans des façades qui » sont vis à vis la nouvelle Sale de spectacle; qu’il a fait en sorte » de mettre le milieu de ces façades vis à vis le milieu de son » bâtiment; que, d’ailleurs, il a mis au bas de son mémoire qu'il » s’en rapportoit entièrement à lui, sur cet objet, parce qu’il étoit » plus à portée de juger ce qui étoit le plus convenable. Je vous » avoueray que j’ay lieu de croire que les dernières lignes de cette » lettre ont empêché le mémoire de paraître ; M . Louis restant en » quelque façon le maître de faire les façades et l’alignement, » c’étoit une espèce de triomphe dont aparament l’Hôtel-de-Ville » auroit été humilié. Enfin, quoi qu’il en soit, je suis, dans cette » affaire, la partie souffrante1... »
M. le comte de Roly dut encore prendre patience, puisque ce n’est qu’à la date du 4 novembre 1779 que le ministre Bertin adressait à l’Intendant le nouveau plan fait par Soufflot et la lettre qui l’accompagnait : « Je suis fâché, disait M. Bertin, que la mauvaise santé de ce célèbre artiste 2 et le changement qui est arrivé dans mes bureaux ayent retardé l’expédition de cette affaire... »
Soufflot au ministre d’Etat.
« Monseigneur,
» Vous me fîtes l’honeur, il y a quelque tems, de m’adresser un » paquet qui contenoit divers plans et lettres concernant des
1 Lettre de M. lecomte de Roly à M. Dupré de Saint-Maur ( Arch . dép. de la Gironde ; fonds de l’Intendance, série C, n°s 1227-1228).
2 Germain Soufflot mourut l’année suivante, le 29 août 1780, à l’âge de soixante-onze ans ; c’est donc vers la fin de sa vie qu’il avait été choisi comme arbitre, pour l’adoption du plan de la place vis-à-vis le Théâtre, et l’on vient de voir qu’en fin de compte il s’en rapportait à l’opinion de Louis qui, pour Soufflot, était un jeune confrère, dont il avait vu les brillants débuts à l’École d’architecture.
» maisons à rebâtir en face de la nouvelle Salle des spectacles de » la ville de Bordeaux. Vous me faisiez, de nouveau, une » demande à laquelle j’avois satisfait sur la fin de l’année der- » nière, en vous envoyant un plan de la façade desdittes maisons » que j'avois fait, suivant vos ordres, pour concillier les intérêts » des parties contestantes.
» J’avois aussi cherché, Monseigneur, à mettre la façade en » question en face de celle de la Salle des spectacles, et milieu » pour milieu, ce qui devenoit plus régulier, au cas qu’il ne s’y » trouvât pas d’inconvénient, que je n’aurois pas pu prévoir d’icy. » J’avois même écrit à M. Louis, l’architecte de la Salle des » spectacles, qu’il étoit à portée, si besoin étoit, de rectifier mon » plan, qui indiquoit l’allignement actuel de la rue de l’Inten- » dance, et celui projeté par M. de Tourny, au cas qu’on voulut » l’exécuter. Rien n’ayant été envoyé à Bordeaux, on vous en a » fait, Monseigneur, de nouvelles demandes; rien ne s’étant » aussi trouvé dans vos bureaux, et n’ayant pas gardé de » double de mon plan, parce que je croyois cette affaire finie, » c’est de ressouvenir et d’après quelques fragments que j’ay fait » le nouveau plan ci-joint 1. Je souhaite qu’il contribue à » mettre tout d’accord; j’ay fait de mon mieux pour répondre à » vos vues.
» Je suis avec un profond respect, Monseigneur, votre très » humble et très obéissant serviteur.
, . » Soufflot.
» Pans, ce 29 octobre 1770. »
A partir de 1780, l’hôtel de M. de Roly se construisit rapidement et devint le modèle des maisons voisines. Mais l’inauguration du Théâtre ayant eu lieu le 7 avril de cette année, Louis, qui désirait si vivement quitter Bordeaux, abandonna, de guerre lasse, la surveillance des travaux de la place; c’est alors que, loin d’adopter le moins radical des deux projets de Soufflot, lequel eut permis plus tard de rectifier l’alignement du cours de
1 Ce plan, à 1 aide d’un rabattement, présente deux projets : l’un qui conserve l’alignement de M. de Tourny, l’autre l’alignement actuel de a rue de l’Intendance, avec le pan coupé proposé par Louis; ni l’un ni autre ne furent exécutés. Arch. départementales de la Gironde , série C., nos 1227-1228.
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l’Intendance, suivant les idées de Tourny et de M. Dupré de Saint-Maur, les officiers du bureau des finances abusant de leur autorité, permirent à leur président de bâtir une maison qui fait saillie de trois arcades sur l’alignement de la Salle de spectacle.
Rien ne prouvera mieux que l’on n’a pas tenu compte des observations des intendants et de Louis, et combien ces intelligences d’élite se préoccupaient sérieusement de l’embellissement de Bordeaux, que de produire quelques extraits de leur correspondance de 1776 à 1778.
M. Dupré de Saint-Maur à Louis.
« A Péiigueux, ce 20 novembre 1776.
» J’ai toujours sur le cœur, Mr, que l’alignement de la rue de » l’Intendance ait été manqué et que la vue du port soit masquée » aussi désagréablement par le pavillon de la Bourse. En y faisant » réflexion, il m’est venu une idée qu’il faut que je vous commu- » nique pour que vous veuilliez bien me marquer si elle est » susceptible d’exécution ou non. La terrasse qui sert, pour » ainsi dire, de socle à votre bâtiment de la Comédie, est le seul » obstacle qui s’oppose à ce que ce ne soit pas de ce côté-là que » l’on détermine l’alignement de la rue. Cette terrasse doit avoir, » autant qu’il m’en souvient, 36 pieds de largeur; peut-être si on » la réduisoit à io, ou même à 12, ne dépasseroit-elle pas de » beaucoup la maison de M. Chapperon et celles qui sont » au-dessus. En ce cas, rien n’empêcheroit plus de réduire, de » l’autre côté, la rue de l’Intendance, par une ligne qui seroit tirée de l’encoignure extérieure du pavillon de la Bourse » jusqu’à l’angle du bâtiment qui fait le coin de ladite rue et de » la place Dauphine. Je crois que la rue auroit encore une largeur » très suffisante et presque égale.
» Vous devez en avoir le plan ; il vous seroit fort facile, en » m’en renvoiant un simple croquis exact, de me faire connoître » si ce que je vous propose est impossible; mais, dans le cas où » il n’y auroit pas d’impossibilité absolue, il ne faudrait pas se » presser de régler la façade de M. de Rolly, vis-à-vis la Comédie, » parce qu’il y auroit un changement à faire dans le plan que
» vous' avez fait à ce sujet; la maison de M. Chapperon ne devroit » plus pour lors être avancée, ainsi que vous l’avez proposé, sur » la rue de l’Intendance. Je suis fort aise d’ailleurs de me procurer » cette occasion d’avoir de vos nouvelles, etc. »
Louis à M. Dupré de Saint-Maur.
« A Bordeaux, ce 3 décembre 1 776,
« Vous ne perdez pas un instant de vue les objets qui » intéressent le public; c’est en donner bien la preuve » que d’avoir pensé au projet que vous m’avés fait » l’honneur de me communiquer, au sujet de l’alignement » de la rue de l’Intendance; je ne puis que l’approuver, » Monsieur, et j’ose assurer que c’est la seule manière de » réparer le ridicule coup d’œil du pavillon de la Bourse, » qui cache absolument le port. J’ai cru nécessaire non » seulement de faire un plan général, mais d’y adjouter » des nottes, ainsi qu’un mémoire1. »
Le plan dont vient de parler Louis se trouve dans les bureaux de l’Hotel-de-Ville de Bordeaux, et voici le rapport qui l’accompagnait :
Mémoire pour repondre aux viles de M. l’ Intendant , concernant
l alignement des rues du Chapeau-Rouge et de /’ Intendance.
« 11 est certain que l’avancement de l’aile de la Bourse sur la rue de 1 Intendance, en cachant la vue du port, est tout à fait ridicule; le moyen que. propose M. l’Intendant corrigeroit absolument ce deffaut, en prolongeant l’alignement des maisons neuves du Chapeau-Rouge et celuy de la Comédie, qui en est une suitte, dans toute la longueur jusqu’à la porte Dauphine, si, de l’autre côté de la rue, à partir de l’angle de la Bourse, on menoit une parallèle qui seroit continuée, également en ligne droite, jusqu’à laditte porte Dauphine.
» Sans contredit, ce seroit le meilleur party, et en même temps
1 Dou^e lettres de Victor Louis, p. 7 et suivantes.
TRAVAUX A BORDEAUX
le seul qu’il y aurait à prendre, car ses deux rues seraient droites, et les cotés parallèles d’un bout à l’autre ; et la Bourse ne bornerait plus la vue du port, puisqu’elle se trouverait cachée par l’avancement des maisons.
» Reste à parler de quelques inconvénients; peut-être n’y en en a-t-il qu’un seul qui pourroit rendre l’exécution de ce projet un peu difficile ; ce serait celui de faire consentir quelques particuliers au reculement de leurs maisons; par exemple, la maison cantonière de M. Chaperon sauterait entièrement et celle, à la suite, de M. de Vertamont, etc., reculerait au moins de 24 pieds.
» Cet alignement pénétreroit aussi chez les PP. Recolets, mais ils ne perdroient qu’un terrein de peu de conséquence, puisque c’est leur jardin qui borde la rue.
» Mais le côté opposé de la rue présente, au contraire, bien de l’avantage aux particuliers, car toutes les maisons, à commencer de l’hôtel de l’Intendance en allant vers la Bourse, gagneraient depuis 25 pieds jusqu’à 48 pieds de terrein en avancement.
» Ces deux rues auraient encore 70 pieds d’ouverture dans toute leur étendue. Quoique, vis à vis le côté de la Comédie, il s’y trouve une terrasse, il ne faut pas se figurer qu’elle soit dans le cas de gêner d’aucune manière la circulation publique, non plus que d’interrompre la vue ; cette terrasse, d’un bout est à fleur de terre et ne s’élève que de 3 pieds, dans la plus grande hauteur, renfermant un triangle très étendu; elle va se terminer en rampant et se niveller avec le pavé de la rue; elle aura 3o pieds de largeur, et il restera encore 40 pieds du pavé jusqu’à l’alignement des maisons. Ces terrasses d’ailleurs servent à écarter le bruit des voitures et sont nécessitées par la pente du terrein, qui, naturellement, auroit empêché de pratiquer des boutiques, sy l’on n’avoit pas pris le party de faire ces terrasses. »
Plus tard, alors que les Jurats et l’Intendant étaient au plus fort de leurs discussions, M. Dupré de Saint Maur écrivit une longue lettre au ministre Bertin, à qui il exposait, dans un style quelque peu boursouflé mais plein d’enthousiasme, non seulement les avantages du plan d’alignement proposé par Louis, mais l’oppo-
sition du Corps de Ville à toute initiative du grand architecte.
«... Quoiqu’il puisse vous paraître aussi indifférent qu’à » moi que le Conseil adopte tel ou tel genre d’architecture » dans la décoration des maisons particulières de cette » façade (vis-à-vis la Comédie), je suis convaincu qu’au » premier coup d’œil que vous jetterés sur le plan de la » rue des Fossés de l’Intendance, que je joins ici, et qui » est sans contredit la plus belle rue de la ville, vous » penserés que tout projet qui s’opposerait au redresse- » ment, aussi simple que naturel qu’elle présente, doit d être mis de côté. Or, il est certain que si l’on exécute » aujourd’hui le plan de l’architecte de la Ville, pour les » bâtimens à construire en face de la Salle de spectacle, » il ne peut plus à jamais être question de redresser cette » rue, et que ce défaut de redressement rendra de même » à perpétuité la place de la Comédie d’une irrégularité » choquante, puisque les différents côtés de cette place » ne seront plus perpendiculaires entr’eux. J’en appellerai, » Monsieur, à cet égard, au jugement soit de M. Soufflot » lui-même, soit de tous autres maîtres de l’art qu’il vous y> plaira de consulter. Les Jurats diront sans doute que ce y> redressement seroit l’affaire de plusieurs siècles, et » d’une dépense immense pour les indemnités qu’il fau- » droit payer. Il me seroit facile de prouver qu’on en » viendrait à bout en assés peu de temps, et que le » terrein que l’on gagnera d’un coté paiera amplement » celui qu’il y aura à perdre de l’autre; il ne s’agit pas,
» en effet, d’élargir cette rue, mais de la rétrécir, en ne ■» lui donnant pas plus de largeur à un bout qu’elle se )) trouve en avoir à l’autre. Au reste, le plus ou moins
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» de temps pour l’exécution de ce superbe projet ne doit » pas entrer en ligne de compte, et ne peut être regardé » comme un motif suffisant pour y renoncer, ou pour y » mettre un obstacle éternel. Que l’on se contente main- » tenant de décorer, de manière ou d’autre, la façade de y> la place de la Comédie, sur' la même étendüe que » présente le péristile de la Salle de spectacle qui est vis- » à- vis; il se trouvera peut être un jour, à Bordeaux, » à la tête de la municipalité, des administrateurs » qu'un enthousiasme plus actif portera à imaginer les » moïens d’achever de tirer la ville de cette barbarie » gothique où elle semble se plaire à rester plongée, - » malgré le flambeau avec lequel M. de lourny a » commencé à l'éclairer.
» Au fond, quel est donc l’intérêt si grand que peut » avoir la Jurade actuelle à contrarier ainsi le goût des » propriétaires, et empêcher, par exemple, quelques-uns » d’entr’eux d’avoir à chaque étage de leurs maisons » 4 croisées au lieu de 3 ? Je conçois que si la Salle de )> spectacle eût été construite sur les desseins du sieur » Bonfïn, architecte de la Ville, les Jurats pussent se faire » une sorte de point d’honneur de lui conserver le droit » exclusif de décorer le reste de la place, et qu’il y auroit » même de l’injustice à le lui refuser. Mais c’est précisé- » ment le contraire; ils doivent aux talents du sieur » Louis le plus magnifique monument de ce genre qui » soit dans le monde entier , et au lieu de l’encourager à » continuer de travailler pour l’embellissement de la » ville, ils s’opposent à ce que les propriétaires des » terreins qui se trouvent en face de cette Salle se servent )) de lui pour édifier leurs maisons... »
(Minute autographe datée de Paris, le 12 juillet 1778.)
L’opposition constante que l’artiste éprouvait soit pour l’adoption de son projet de place au devant de la Salle de spectacle, soit pour la construction de la Salle elle-même, ne lui faisait point un lit de roses, pendant son séjour à Bordeaux; aussi doit-on comprendre que pour reposer son esprit fatigué de la vie active des affaires, il eut, dans cette ville, une existence mondaine et qu’il demanda des distractions aux émotions nerveuses d’une table de jeu.
C’est maintenant qu’il faut parler des constructions nombreuses attribuées à Louis et qui devaient encore le distraire des actes vexatoires dont il était l’objet. Parlons surtout de ces maisons de plaisance, de ces rendez-vous de chasse ou d’amour, habitations empreintes d’un air perpétuel de fête et qui semblent avoir été créées pour un monde toujours dans les plaisirs. De tous ces petits 1 nanons que d’opulents financiers firent élever vers la fin du siècle dernier, l’un des plus gracieux est sans contredit le séjour des champs du banquier Peixotto ' .
1 Peixotto ( Charles-Paul-J oseph de Beaulieu), banquier, possesseur dune immense fortune, condamné le 6 frimaire an II (16 décembre t794)> par la Commission militaire de la Gironde, à 1,200,000 francs d’amende. (Hist. de la Terreur à Bordeaux, par A. Vivie, t. II, p. 3go).
L ancienne propriété Peixotto est située dans la commune de Talence non loin du bourg, sur la route de Gradignan, à l’angle du chemin de Peylane, où se voit un petit pavillon dans le style de la maison principale. Le domaine de Peixotto appartient aujourd’hui à Mme la baronne de Ezpeleta, dont l’un des fils nous a très gracieusement fait visiter cette charmante résidence, entourée d’épais ombrages, de riantes prairies et de limpides cours d'eau.
U existe, aux Archives départementales de la Gironde, un Mémoire très curieux du banquier Peixotto, envoyé à la municipalité de Talence a propos des armoiries placées sur sa maison, et qu’il lui était ordonné e aire disparaître. «L’exposant observe que l’on ne peut regarder comme des armoiries le pédréal qu’il a fait graver sur le fronton de sa maison et qui est la marque distinctive de la maison de Lévy, dont il descend. » M. Théophile Malvezin parle de ce Mémoire dans son Histoire des Juifs à Bordeaux , p. 269.
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Le logis principal, construit en chartreuse, présente une double façade; celle du midi est décorée d’un porche ionique composé de quatre colonnes soutenant un fronton semi-circulaire, qui avait, au centre, des armoiries mutilées en 1793. Sur les côtés de ce péristyle se développent deux ailes terminées par des pavillons; le tout est couronné d’une large corniche et d’une galerie à balustres dérobant la vue des toitures. Au milieu de la façade nord se présente, en saillie, une demi-rotonde percée de trois portes avec impostes cintrées et donnant accès sur un perron. Entre la corniche et l’extrados des arcades est une élégante ornementation de sculpture composée de médaillons soutenus par des guirlandes de fleurs et de feuillages. Nous n’omettrons pas de signaler encore la fenêtre, d’un arrangement très heureux, placée au centre de la façade ouest.
A l’intérieur, il n’y avait, dans l’origine, que des pièces de réception; le grand salon de forme ellipsoïdale donnant sur le parc, est décoré de lambris avec panneaux, de pilastres et de trophées dans les attiques, composés des attributs symbolisant la Pêche, la Chasse, l’Agriculture, l’Industrie, le Commerce, les Sciences et les Beaux-Arts; l’ensemble est surmonté d’une large voussure dans laquelle se déroulent de gracieux rinceaux. Toutes ces sculptures, faites sur pierre, sont d’une grande habileté et d’un effet très mouvementé, dû à la liberté fort irrégulière du tracé des panneaux et de leurs ornements.
Si nous n’avons pas trouvé de titres désignant Louis comme le véritable auteur de cette délicieuse chartreuse, nous devons dire que cette attribution est acceptée par plusieurs architectes. Puis, il n’est pas indifférent de
rappeler que le banquier Peixotto fit l’un des premiers des offres à la Jurade pour l’achèvement du Théâtre, proposition qui dut établir entre l’artiste et le financier des relations sympathiques.
Nous ne pouvons décrire toutes les maisons de ville et de campagne où Louis eut une part plus ou moins directe; nous constaterons seulement qu’elles présentent un air de famille; on y retrouve le même parti d’arrangement dans les façades, les portiques, les entablements, l’ampleur et la belle disposition des escaliers. Presque partout des salles de réception affectant de préférence un plan circulaire, elliptique ou polygonal, revêtues de lambris habilement sculptés et qui bien sûrement étaient l’œuvre des mêmes mains '.
Voici l’exposé sommaire des constructions bordelaises et girondines de Louis, de ses élèves ou de ses imitateurs. A Bordeaux, le petit pavillon de la propriété de M. Vergnes-Dupuch, rue Saint-Laurent, n° 25; l’ancien hôtel de M. de Bacalan, aujourd’hui a M. P. Adam, rue Duplessis, n° g; celui de la rue Desfourniel, n° 27; quelques autres maisons dans les rues Rolland, du Cancera, Saint-Charles, Jean-Jacques-Bel et sur le cours d’Albret1 2 3.
1 Dans toutes ces résidences, on retrouve des compositions identiques ou^d une grande similitude d’exécution. A ce propos, nous rappellerons qu’en outre du praticien Vandandris, plusieurs sculpteurs ornemanistes vinrent à la suite de Louis : Philippe Titeux, allié à la famille de
architecte; Prévost, que Soufflot avait employé longtemps au Panthéon et qu’il recommandait à Louis; Hallot et Flamand, les sculpteurs des chapiteaux de 1 intérieur de la Salle. Nous nommerons encore deux anciens membres de l’Académie de Peinture, Sculpture et Architecture de Bordeaux, qui participèrent à la décoration des hôtels construits à cette epoque . Cabirol et Deschamps; enfin, nous désignerons comme travaillant concurremment ou sous les ordres des artistes que nous venons de citer : Basset, Combes, Demontreuil, Mercier, Bonino etQuéva.
3 Y.0lr,??ns leS Motifs ^toriques d’architecture, etc., 2» série, publiés par M. César Daly, la reproduction de motifs empruntés à quelques unes de ces maisons. 2 q i
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Le joli castelet du Vallon, commune de Pessac1 ; le logis domanial de Coudol, bâti pour M. Saige, au bourg de Cadaujac2; la chartreuse de Bourriot, à Caudrot3 4 5, située sur une belle terrasse dominant la vallée de la Garonne. Dans la même commune, la maison Filhol-Dézelin. Castel-d’Andorte, au Bouscatb Le château de Chêne Vert , près lavieilletour de Veyrines, et l’établissement si connu sous le nom de Tivoli 6 . Dans le Médoc, la maison
1 Le domaine du Vallon, à 5oo mètres environ du bourg de Pessac sur le bord du Peugue, était un rendez-vous de chasse qui, malgré son peu d’éloignement de Bordeaux, se trouvait alors entouré de grands bois et de landes désertes ; il fut construit pour M. Walter Johnston, dit le Pauvre, homme bienfaisant, grand ami des arts et des sciences. — Voir sa Notice biographique, par M. Lacour, dans le Bulletin polymathique. Bordeaux, 1819, t. xvii, p. 3i. Le Vallon est aujourd’hui la propriété de M. A. Boutin.
2 Cette propriété a successivement appartenu aux familles de Verthamon, de Piis, de Noaillan; elle est actuellement à M. Cabrol.
3 Arnaud Bouchereau, juge royal et criminel de la prévôté et juridiction de Caudrot, acheta, en 1775, à M. de Bourriot, subdélégué de l’intendant, domicilié à Bazas, la métairie du Maynet, située à Caudrot, sur le bord de la Garonne. Cette métairie tombait en ruines ; Bouchereau lit construire sur son emplacement, de 1775 à 1780, d’après un plan de Louis, la maison qu’on voit encore, appelée de Bourriot. (Communication de M. Roborel de Climens.)
4 Castel-d’Andorte, ou Castet-en-Dorte (château du désert), appartenait, vers le milieu du xvne siècle, au chevalier Duval (Etienne), commandeur de l’ordre militaire de Saint-Lazare, mort le 28 décembre 1778. M. l’abbé de Laborde, doyen du chapitre de Saint-Seurin de Bordeaux, en devint ensuite propriétaire. En 1794, le domaine et la maison furent vendus comme biens nationaux. Castel-d’Andorte, après diverses mutations, est actuellement la propriété de M. le docteur Desmaisons, descendant de l’architecte Desmaisons, qui fut admis à l’ancienne Académie royale d’Architecture en 1762.
5 Le château ou maison-noble de Chêne-Vert a été construit pour M. R. Vias, vers 1780. On y conserve encore deux peintures à la gouache, signées de Gonzalès, artiste bordelais, reproduisant les vues du nord et du midi de la Maison noble de Chêne -Vert, et datées de 1782.
6 Cette maison aurait été construite par Louis, vers 1780, pour les frères Labottière, les Didot bordelais. (D’après une communication du R. P. Sercan, économe de l’établissement actuel de Tivoli, faite à M. l’abbé Corbin, qui a bien voulu nous la transmettre.) «Ce lieu » portait anciennement le nom de Tartifume. On prétend que les plai- » doyers du père Girard et La Cadière, que les Labottière imprimèrent,
principale de Ballac, et dans le Bourgez, le château du Pia. Ce n’est pas tout encore : dans les communes de Blanquefort, Saint- Aubin, Bruges, le Bouscat, Caudéran, Mérignac, Pessac, Léognan, Cestas, Gradignan, Lansac, Tauriac, Cubzac, Izon et Sainte-Eulalie-d’Ambarès, on recueille des récits plus ou moins légendaires, des versions, des on-dit. Or, avouons-le sincèrement, ces attributions, pour la plupart douteuses, qui soulèvent de vives protestations, augmentent bien moins la gloire de Louis qu’elles ne satisfont l’amour-propre des propriétaires. Il est donc sage de se prémunir contre cet engouement, et cr mieux vaut déclarer franchement que l’on ignore que de propager une erreur » 1 .
Après cette nomenclature de constructions d’une origine si problématique, nous en indiquerons trois autres dont Louis s’occupa d’une manière certaine, mais après l’achèvement du Théâtre : la maison Gobineau, l’hôtel Saint-Marc et le château du Bouilli2, près de Saint André-de-Cubzac (Gironde). Seulement, on verra, dans le chapitre suivant, qu’il fut puissamment secondé par
» firent leur fortune. Cela fit donner le nom de Girardine à la maison » de plaisance qu’ils possédaient aux environs de Bordeaux. » (Manuscrit de René Renaire.) Ce n’est que vers 1798 que l’architecte Dufart organisa des fêtes champêtres dans l’ancien jardin des Labottière, qui prit alors le nom de Tivoli bordelais (Laboubée).
1 Parmi les erreurs, nous relèverons les suivantes : L’hôtel de Lisleferme, aujourd’hui le Muséum, a été construit par Bonfin père; l'hôtel Journu, cours de Tourny, les maisons Chaperon et Boyer-Guillon, cours
e 1 Intendance, par Lhote; la maison Bonaffé, angle nord-est de la rue Sainte-Catherine, par Laclotte; les maisons Meyer, allées de Tourny, et Sarget, cours de l’Intendance, par Combes; la maison Brascassat, cours d Albret, 47, par Nicolas Papon, et l’hôtel de l’ancienne Banque, jUe ,sPr’t des L°ts, n’est point de Louis, malgré ce qu’en dit le Guide de l etranger à Bordeaux, de 1827, p. 246.
2 II est question des travaux de la maison Gobineau, de l’hôtel Saint- Marc et du château du Bouilh dans les lettres de Louis à Durand, des j février, 20 mars et 4 avril 1787 (Actes de V. Académie de Bordeaux ■°79) P- 1 17. Victor Louis, par M. C. Diirand.)
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Gabriel Durand, Roche et Duval, son neveu. Mieux encore, il est positif qu’un grand nombre de plans et de dessins, au bas desquels se trouve cependant la signature du célèbre architecte, ne sont pas de sa main; cette signature ne prouve que l’approbation du maître pour l’exécution de projets dont il avait esquissé la première idée.
De plus, il faut se souvenir que trois artistes bordelais : Bonfin, Lhote et Dufart, avaient fait partie de l’agence des travaux de la Salle de spectacle; dès lors on conçoit que ces derniers durent s’inspirer des compositions que leur illustre confrère avait en portefeuille, ou qu’il devait parfois crayonner sous leurs yeux. Enfin, il est indéniable que Louis eut une puissante influence sur les maisons les plus remarquables qui s’élevèrent à Bordeaux, de 1775 à 1790; aussi ne doit-on pas être surpris de voir les revues spéciales et les livres illustrés des travaux publics, emprunter aux nombreux hôtels construits dans cette ville, vers la fin du xvme siècle, les motifs les plus caractéristiques de l’architecture française à cette époque.
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