VIII INTRODUCTION
Ces louanges étaient sans doute hyperboliques. L'œuvre de Louis ne prétend point égaler le Parthénon de Périclès ou le Panthéon d’ Agrippa ; mais nul ne conteste que, sous le ciel de l’Aquitaine, le Théâtre de Bordeaux ne soit la plus haute expression de l’art architectural au xvnie siècle. Et cependant, sauf quelques voix amies qui le félicitèrent de ses succès, Louis n’eut pas la satisfaction de jouir du triomphe que lui annonçait le marquis de Saint-Marc.
Ses confrères le jalousèrent à l’excès; l’Académie d’ Architecture refusa de l’admettre dans son sein, et sa vie, d’une activité fébrile, qui s’écoulait au milieu d’une société si fortement ébranlée, devait se briser et s’éteindre, non dans la misère, comme on l’a dit, mais sans éclat, sans retentissement.
L’année 1790 fut l’apogée de son existence d’artiste. A partir de cette époque, les tracasseries et les déboires l’accablèrent plus que jamais. Nombreux pourtant étaient ses projets, mais 1 heure était peu propice à l’exécution de vastes entreprises et de conceptions grandioses.
Les embarras financiers du règne de Louis XVI, les évènements politiques, l’inquiétude qui se répandait partout à la veille de la crise sociale apparaissant à l’horizon, tout contribuait à mettre obstacle sur obstacle aux splendides monuments que son imagination féconde avait conçus.
Dès lors la renommée de Louis n’alla qu’en s affaiblissant, à tel point qu'au lendemain de sa
mort, le 2 juillet 1800, pas une feuille publique ne mentionna cette perte regrettable.
Dix-sept jours après était inséré dans le Journal des Arts un article nécrologique de quelques lignes, dans lequel on dispensait tout aussi bien le blâme que l’éloge. Puis il se fit un silence absolu. Vingt-huit ans plus tard parut une première étude biographique par un littérateur étranger, M. Gaullieur L’Hardy, étude où la fin de l’architecte illustre était décrite d’après une version légendaire, qui avait alors cours à Bordeaux et à laquelle son biographe donna trop de crédit.
Cependant, malgré l’oubli dans lequel demeura le nom de Louis, son souvenir ne s’est point effacé de la mémoire des hommes; bien loin de là, sa réputation n’a fait que s’accroître avec le temps.
Des critiques éminents, des architectes célèbres, ont sanctionné par leurs jugements le mérite de ses ouvrages : Millin, Fontaine, Vaudoyer, Dauban, Hittorff, MM. Gabriel Davioud, Charles Garnier, ont exalté le Grand-Théâtre de Bordeaux, et son renom est de nos jours européen. Mais, étrange coïncidence, alors que le succès de l’œuvre grandissait, nous en sommes toujours restés pour l’auteur aux indications fournies il y a plus de cinquante ans.
MM. Marcelin et Vaudoyer, en 1834 et 1837, M. de Lamothe, en 1 853, M. Gustave Brunet, en 1 855 , M. Detcheverry, en 1860, ont, il est vrai, dévoilé plusieurs faits inédits et curieux, mais