TRAVAUX DU PALAIS- ROYAL
L’histoire des constructions du Palais-Royal, sous la direction de Louis, a été publiée depuis longtemps par deux hommes bien connus dans les arts et les lettres : l’architecte Fontaine1 et le bibliothécaire Vatout2. Grâce à leur position officielle, à l’aide de plans originaux et de documents de première main, ils ont pu, mieux que tous autres, rédiger les annales de ce palais pour en indiquer les diverses transformations. Depuis lors, la plupart des livres ou brochures sur le Palais-Royal n’ont été que des extraits de ces deux auteurs, parfois des emprunts textuels ou dénaturés, sans indication d’origine.
La table bibliographique de ce volume signalera les ouvrages qui fournissent des détails complets sur les travaux de Louis à Paris ; en voici simplement l’analyse :
En 1770, le marquis Ducrest, frère de Mme de Genlis, se rendit au château de Sainte- Assise, afin d’obtenir, par l’ascendant de Mme de Montesson sur le duc d’Orléans, la donation du Palais-Royal au duc de Chartres.
Cette donation fut consentie le 3o décembre 1780.
1 Fontaine (Pierre-François-Léonard), né à Pontoise le 21 septembre 1762, élève d’André, puis de Peyre; il obtint le second prix d’architecture en 1785, et partit pour Rome, où la pension lui fut accordée par l’influence de Heurtier, inspecteur général des bâtiments royaux. De retour en France en 1792, il émigra et se rendit à Londres. Rappelé à Paris en 1798, il dirigea les décorations de l’Opéra, avec son ami Percier qui resta le collaborateur de la plus grande partie de ses ouvrages. Fontaine devint l’architecte du Premier Consul, de l’Empereur, de Louis XVIII, de Charles X et de Louis-Philippe; élu membre de l’Institut en 1811, il fit partie de toutes les Académies de l’Europe. Il mourut à Paris le 10 octobre 18 53. — Voir Dictionnaire des Architectes français, par Adolphe Lance, t. I, p. 265.
2 Vatout (Jean), né à Villefranche (Rhône), en 1792; il fut d’abord secrétaire particulier de Boissy-d’Anglas, préfet de la Charente, puis sous-préfet de Libourne (Gironde) et de Sémur (Côte-d’Or). En 1822 il obtint la place de bibliothécaire du duc d’Orléans, devenu plus tard Louis-Philippe; il fut élu membre de l’Académie française le 17 janvier 1848; après la révolution de février, il suivit le roi Louis-Philippe dans son exil en Angleterre, où il mourut, la même année, à Claremont.
« M. Ducrest revint à Paris, et trouva des capitalistes pour les constructions projetées par le Prince; il s’enferma plusieurs semaines de suite avec M. Louis, architecte, pour faire les plans et devis, qui s’élevèrent à trois millions cinq cent mille francs, et qui ne furent outrepassés que de cent mille écus »
Le 12 juin 1781, Louis-Philippe- Joseph d’Orléans signait le plan général de Louis, et il obtenait des lettres patentes pour son exécution1 2.
C’est alors que s’élevèrent de nombreuses et violentes récriminations de la part des propriétaires des maisons qui entouraient le jardin du Palais-Royal; mais ni les procès, ni les brocards, lettres anonymes et placets en vers, n’arrêtèrent les travaux.
En outre de ces épigrammes plus ou moins poétiques, des pamphlets violents se répandaient dans le public; qu’on en juge par ce passage des Mémoires secrets :
ce Ce sont tous les jours, au Palais- Royal, de nouveaux placards infâmes, qu’on affiche clandestinement dans la nuit et qu’on lit le lendemain. Cette voie abominable de tourmenter le duc de Chartres, par les menaces les plus insultantes et les plus vaines, lui ramène beaucoup de gens impartiaux, et ceux-ci commencent à présumer qu’il faut qu’il soit dans le droit incontestable d’effectuer tous les changements qu'il trouvera bons pour sa commodité et l’embellissement de son palais, malgré toutes
1 Vie politique de Louis-Philippe- Joseph d' Orléans-Égalité... Paris Hivertet Dentu, i832, in-8°, p. 19.
2 Ce plan fut très modifié. L’incendie de l’Opéra, qui avait eu lieu quatre jours avant son adoption, obligea Louis à recomposer toute la partie du Palais faisant l’angle des rues Richelieu et Saint-Honoré, et il dut y comprendre le projet d’une nouvelle salle de spectacle; ce second plan porte la date de 1784. On en voit la distribution dans l’ouvrage de M. bontaine : Parallèles entre plusieurs résidences de souverains.