TRAVAUX DU PALAIS-ROYAL A PARIS
les clameurs des parties adverses1. » Enfin parut, en 1781, dans le cours du mois de juillet, un Exposé des changements à faire au Palais-Royal , imprimé par ordie du duc de Chartres qui le faisait distribuer avec profusion dans le public. Cet exposé décrivait longuement tous les nouveaux projets composés par Louis, qui bien certainement dut collaborer à cette publication2; elle concluait en ces termes :
« L'objet du Prince est de faire, du Palais-Royal, T) un monument superbe 7 un lieu de promenade corn- » mode, même dans tous les tems de l’année ; un » rendez-vous général des nationaux et des étrangers, » avec tous les agrémens possibles. » Ces lignes, datées de 1781, n ont-elles pas été ratifiées par le jugement de la postérité? Et, dès 1829, l’architecte Fontaine n’avait-il pas raison d’écrire :
« L’époque à laquelle la seconde restauration du )) Palais-Royal fut entreprise doit être remarquée. C’est » celle où les arts, et particulièrement l’architecture, » éprouvaient les premiers symptômes de l’effervescence » extraordinaire qui, dans toutes les classes, annonçaient » les efforts et les besoins d’une amélioration prochaine. )) Les bonnes maximes, les saines doctrines oubliées ou )) méconnues, étaient rappelées : la science étendait par- ? tout ses lumières; déjà, quelques maîtres habiles, » parmi lesquels M. Louis tenait un haut rang, commen- » çaient à les mettre en pratique. Cet architecte montra )> par ses travaux qu’il était digne de la préférence qui )) lui avait été accordée, et, quoiqu’en plus d’un point on
1 Mémoires secrets, t. XVII, p. 262.
2 Le résumé de cet Exposé est inséré dans les Mémoires secrets, t. XVII, p. 264 et 265, et t. XVIII, p. 3g.
» ait dû lui reprocher de fréquents écarts de goût et de » grands défauts de correction, il faut reconnaître qu'il » conçut pour le Palais-Royal un projet vaste, ingénieux, » qui fut généralement admiré et que le Prince eut raison » d’approuver1. »
Les deux plans de Louis et la vue du Palais (en 1786) du côté du jardin, publiés par M. Fontaine, donnent une connaissance parfaite de l'ensemble des constructions projetées par le grand architecte. Dans les bâtiments qui s’élevèrent avec rapidité sur les trois cotés du jardin, on retrouve l’aspect des façades latérales du Théâtre de Bordeaux.
C’est dans les premières années des travaux, de 1782 à 1783, que fut construite, par Louis, à l’extrémité des arcades de l’aile occidentale du Palais, et ne formant pas un monument isolé, la Salle Beaujolais , « occupée d’abord par ce qu’on appelait les petits comédiens du comte de Beaujolais2 d . cc Elle fut d’abord louee, par » bail du 3o août 1783, à Gardeur, pour la somme » de quinze mille francs. Démarets l’acheta le 25 juin » 1787 et la céda à la dame Montansier3pour la somme » de cinq cent soixante-dix mille francs, qui ne furent pas
1 Palais-Royal , 1829, p. 20-21. — Voir, dans les Parallèles entre plusieurs résidences de souverains, les deux plans de Louis de 1781 et 1784, gravés par Hibon, et la « Vue du Palais-Royal, côté du jardin, d’après le dessin du chevalier de Lespinasse, 1786, projet. »
2 Elle tenait ce nom d’un des fils de Philippe-Joseph d’Orléans, le comte de Beaujolais (Louis-Charles d’Orléans), né au Palais-Royal le 7 octobre 1779, mort à Malte le 29 mai 1808.
3 Montansier (Marguerite-Brunet, dite la), née à Bayonne en 17^0, morte à Paris le i3 juillet 1820. A la suite d’une vie des plus aventureuses, elle obtint, par la protection de la reine Marie-Antoinette, le privilège exclusif des spectacles de Versailles, puis dirigea ceux, de la Cour. En 1789, elle vint prendre la direction du théâtre Beaujolais, au Palais-Royal. Nous la retrouverons, dans quelques années, faisant l’ouverture d’une autre salle de. spectacle construite par Louis.