‹ Victor Louis, architecte du Théâtre de BordeauxChapitre 33 sur 86 · THEATRE DES VARIETES A PARIS · texte numérisé non relu

THEATRE DES VARIETES A PARIS

» payés1. » Sous la direction de la Montansier, cette salle, devenue trop petite, fut go quinze jours, dit M. Alexis Donnet, entièrement refaite par l’architecteLouis2, et prit alors le nom de Théâtre des Variétés, qu’il ne faut pas confondre avec le Théâtre des Variétés amusantes, salle provisoire, bâtie en charpente par deux entrepreneurs de spectacle, Gaillard et Dorfeuille3, près de l’emplacement où devait s’élever, quelques années plus tard, le Théâtre du Palais-Royal, appelé depuis Théâtre Français.

Pendant que les pamphlétaires et les libellistes remplissaient les gazettes de Paris de spirituels ou méchants vers à l’adresse du duc de Chartres; que des hésitations, des incertitudes, des embarras de finances retardaient l’accomplissement des travaux du Palais-Royal, Louis surveillait l’impression de son grand ouvrage sur la Salle de spectacle de Bordeaux L Heureuse prévoyance du grand artiste; car, pour bien étudier ce Théâtre tel qu’il sortit des mains de son auteur, le seul guide est le livre qu’il publia en 1782, et qu’il dédia au maréchal de Richelieu, en un style qui peint bien le xvme siècle.

« Monseigneur,

» Pour parer cet ouvrage du nom du premier vain - » queur de Mahon, votre confiance et vos bontés

1 Le Palais-Royal, par M. Fontaine, p. 3o.

• 2 A rchitectono graphie des Théâtres de Paris , t. I, p. 44.

3 Gaillard et Dorfeuille avaient été, après une année d’exploitation des actionnaires, les premiers directeurs de la nouvelle Salle de spectacle de Bordeaux, de 1781 à 1783.

? ^ S de spectacle de Bordeaux , par M. Louis. Aux dépens de l’auteur, et se trouve à Paris, chez Esprit, libraire au Palais-Royal, m. dcc. Lxxxri, avec approbation et privilège du Roi, gr. in-folio. Épitre dédicatoire au maréchal de Richelieu, frontispice, 12 pages de texte et XXII planches, gravées par Berthault, Poulteau et Sellier. — Cette même année, ^appréciation du Théâtre de Bordeaux figurait dans V Essai sur V Architecture thcdtrale, par M. Patte,

4S4 VICTOR LOUIS. v '

» persévérantes sembleraient seules mauthoriser; mais D j’y suis porté par un sentiment de justice encore plus )> impérieux . Vous ave ^ senti la nécessite de donnei » une Salle de spectacle a la ville de Boi deaux, et vous » mave\ nommé pour être l’instrument de votre projet ; » mon hommage est donc une dette ; il falloit m en » acquitter envers vous, Monseigneur, et devant la » postérité. Heureux si vous voulez bien l’agréer aussi » comme un témoignage de ma reconnaissance.

» Je suis avec un profond respect, Monseigneur, » votre très humble et très obéissant serviteur.

» Louis. )>

Au nombre des personnes de qualité auxquelles Louis fit hommage de son livre se trouvait, à bon droit, M. Dupré de Saint-Maur. L’exemplaire offert était accompagné de cette lettre d’envoi 1 :

a A Paris, le 2 mars 1783.

» Monsieur,

» J’ai l’honneur de vous envoyer un exemplaire de ma » Salle de spectacle ; c’est un hommage que je vous dois » à tous égards. Vous avez été le protecteur de cet » ouvrage, et c’est à ce titre que je désire qu’il soit » toujours sous vos yeux.

» Il est essentiel, Monsieur, que vous sachiez que » M. de Vergennes a été fort surpris de voir que ce » monument n’étoit point à la charge de la Ville, comme » on avoit cherché, jusqu’à présent, à le lui faire croire-,

1 Nous devons à l’obligeance de M. Ernest Gaullieur la communication de cette lettre, dont l’original est déposé aux Archives départementales de la Gironde, série C, no i2o5.

» il m’a avoué, à cet égard, qu’il étoit fort étonné de tout » ce qu’on lui avoit dit et écrit à ce sujet; en me présen- » tant au Roi, il eut la bonté de lui dire que la Salle de » Bordeaux ne coûtoit rien à la Ville, et, pour l’en » convaincre, il fit lire à Sa Majesté le résultat des y> dépenses, à la fin du Discours préliminaire ; le Roi » en parut satisfait, et le Ministre de la province m’a s promis de me donner satisfaction sur toutes les calom- » nies que le Corps de Ville s’est permis sur mon » compte.

» Vous sentez bien que je ne perdrai aucune occasion » pour convaincre le public de cette vérité. J’ai étably » mes calculs sur les comptes fendus au contrat » général; en conséquence, je fais voir clairement l’imv posture de vos Jurats, puisque, d’après ce qu’ils ont » écrit à M. de Vergenne, ils prétendoient être ruinés. y> Je vous dirai plus, Monsieur, c’est que le Ministre m’a » paru déterminé à changer l’administration du Corps de « Ville; il m’a paru pénétré de tout ce que ces gens-là » m’avoient fait souffrir, car je ne lui ai rien laissé )> ignorer.

» J’ay vu aussi M. le maréchal de Mouchy; il m’a paru » enfin disposé à croire qu’on l’avoit trompé. Je lui ai » arraché cette vérité en lui présentant un écrit qui étoit » un libel contre moy, que le Corps de Ville lui avoit » envoyé, et qu’il avoit eu la faiblesse de remettre lui- » même à Monseigneur le duc de Chartres, qui, un » moment après l’avoir reçeu, me le remit. C’est d’après » ce même écrit que j’ay établi mes calculs; je le lui ai « prouvé en comparant les deux totaux; il m’a paru » pénétré de ce qu’il avoit écrit et dit contre moy. Il m’a » donné sa parole qu’il répareroit tout le tort qu’il avoit

» pu me causer. Je vous envoie enfin ce libel; vous » jugerez vous-même si je me suis écarté de la vérité.

» J’ai l’honneur d’être avec respect, Monsieur, votre » très humble et très obéissant serviteur.

» Y. Louis. »

Copie i : « Cependant la Comédie en total, compris tous les » objets de dépense auxquels sa construction a donné lieu, » revient, suivant l’état envoyé à M. le Directeur général, le » mois de janvier 1781, à 2, 680, 833 liv. 3 s. 5 d., sur quoi, » défalquant 100,000 liv. dues au Roy, à cause de la concession » du terrein, les intérêts des sommes empruntées, le marc d’or » et le sceau,, la grille du Chapeau-Rouge et autres objets occa- » sionnés par l' établissement de la Salle, les dépenses absolument » directes à l’édification de cette Comédie reviennent à deux » millions quatre cents trente six mille cinq cents vingt trois » livres dix neufs sols un denier . 2,436,523 liv. 19 s. 1 d.

A propos de cette citation, nous déclarons que, malgré toutes nos recherches, nous n’avons pu recueillir les documents qui établissent le chiffre exact de la dépense faite pour le théâtre de Bordeaux. Bien des mémoires ont disparu et l’état définitif de la liquidation de cette entreprise, si tant est qu’il ait jamais existé ou qu’il ne soit pas devenu la proie des flammes, n’a pas encore été retrouvé. Puis, il faut ajouter aux chiffres qui ont été énoncés dans divers ouvrages, que, deux ans après le départ de Louis, la Ville dut négocier un nouvel emprunt de cinq cent mille livres pour solder définitivement des comptes non réglés1 2 et parfaire des ouvrages imprévus

1 Extrait de l’écrit envoyé par le Corps de Ville au maréchal de Mouchy, et que Louis qualifie de libelle.

2 Comme preuve de la nécessité de cet emprunt et des plaintes nombreuses qui s’élevaient contre les Jurats, voici la réponse que fit le 27 novembre 1780 M. Dupré de Saint-Maur au Directeur générai des finances, réponse qui trahit le peu de sympathie de l’Intendant pour

ou que l’expérience réclamait. Voici les différentes sommes qui ont été indiquées comme total de la dépense :

1783 Salle de spectacle de Bordeaux (Louis). 2,436,523! icp (Ces chiffres ont été adoptés par MM. Gaullieur L’Hardy et Lamothe.)

1785 Histoire complète de Bordeaux, par O’Reilly : Mémoire des Jurats à M. le

comte de Vergennes . 2,680,833! 3S 53

1827 Guide ou conducteur de l’étranger à

Bordeaux . . . . . . 3, 000, 000

1845 Le Cicerone bordelais . 4,000,000

1867 De Paris à Bordeaux. — Guide Joanne. 3, 000, 000 Éditions antérieures . 2,5oo,ooo

Pas un de ces chiffres, maintes fois reproduits, ne peut être donné comme l’expression fidèle de la vérité '. D’après un mémoire fort bien fait* 1 2, adressé par les

les officiers municipaux : « M. le maréchal de Mouchy paroît désirer » fortement que je vous atteste la nécessité où est la ville de Bordeaux » de faire un emprunt pour açhever de païer les diverses dépenses ». auxquelles la construction de la nouvelle Salle.de spectacle a' donné » lieu. Mon suffrage, à cette occasion, ne peut cependant pas être fort » éclairé, d’autant que je n’ai aucune connoissance de l’état des choses » à cet égard, depuis environ deux ans. Tout ce que je puis donc vous «certifier, M., c’est que nombre ! d’ouvriers et de fournisseurs se « plaignent hautement de ce que la Ville n’a pas tenu les engagemens » qu’elle avoit contractés avec eux, ou de ce qu’elle a affecté de ne rien » païer de tout ce qui restoit dû, lorsqu’on lui a remis la disposition des » fonds destinés à cet effet, de sorte que ce sont véritablement les plus « anciens créanciers de ce genre qui sont le plus en souffrance. » (Archives départementales de la Gironde.)

1 Si dans ce tableau se trouvent des ouvrages de première main et d’autres d’une compilation plus ou moins hâtive, c’est que ces derniers, étant les plus répandus, propagent plus facilement les erreurs. ^ ^

2 Ce mémoire, cité par M. Detcheverry (Histoire des Théâtres de Bordeaux, p. Sia), a été publié in extenso par M. l’abbé O’Reilly ( Histoire complète de Bordeaux, i1B partie, t. III, p. 372). Mais la date de 1788, donnée par cet auteur, est certainement erronée, puisque M. de Vergennes était mort à cette époque et qu’il s’agit d’une réponse pressée à la lettre du ministre, ainsi conçue :

a Versailles, 29 novembre 1785.

» Messieurs,

» Je vous envoie un mémoire par lequel M. Louis, architecte, sollicite « une pension sur les revenus de la Ville de Bordeaux, pour le

Jurats àM. le comte de Vergennes’,le 17 décembre 1785, mémoire rédigé avec un parti pris très évident de rendre Louis responsable des difficultés qui mirent tant d’obstacles à l’édification du Théâtre, de passer sous silence l’omnipotence de Richelieu, de ne tenir aucun compte du magnifique résultat obtenu, il aurait été dépensé 2,68o,833 liv. 3 s. 5 d.; mais le chiffre afférent spécialement à la construction et sur lequel devaient porter les honoraires de Louis, avait été arrêté par l’Administration municipale à 2,032,298 liv. 19 s. 1 d., ce qui faisait, à 7 1/2 pour cent (comme il avait été convenu en 1774), la somme de 152,497 liv. 8 s., que les Jurats disaient avoir acquittée en 1785. Les honoraires avaient été refusés sur les dépenses excédant le devis de février 1 779 et s’élevant à 214,291 liv. i5 s., soit en moins pour l’architecte 16,071 liv. i5 s. Il resterait encore une dépense de 22,396 liv. i3 s., sur laquelle les honoraires, montant à 1,679 l5 s., n’auraient pas été calculés, pour arriver au compte dressé par Louis au 3i mai 1780, et fixé par lui à 170,249 livres* 1 2.

” dédommager des pertes que lui a occasionnées la construction de » la Salle de spectacle. Vous voudrez bien me donner le plus tôt possible » un détail de tout ce qui a été fait à son égard et des sommes qui lui ont » été payées, en y joignant les observations dont la demande vous pourra » paroître susceptible.» ( Archives municipales de Bordeaux. — Registre de correspondance. — Lettres reçues par les Jurats (1782-1786).— Copies.)

1 Vergennes (Charles Gravier, comte de), ministre de Louis XVI, né à Dijon en 1717, mort à Versailles en 1787.

2 Ce compte d’honoraires de Louis, que nous avons retrouvé bien tardivement aux Archives municipales , nous permet de rectifier la note de la page 428 et d’expliquer qu’à partir du 73e rôle, les dépenses étant réglées directement à l’Hôtel de Ville, le délégué de l’Intendance ne pouvait « octroyer bonne et suffisante décharge » que de soixante-douze rôles provenant de l’agence des travaux; mais, depuis lors, les états

e dépenses s’élevèrent au nombre de i3q au moins d’après le mémoire de Louis, et furent remis aux Jurats.

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