SAINT-ELOI DE DUNKERQUE
Les divers mémoires payés pour la construction de ce péristyle forment un total de 776,767 1. 10 s. Malheureusement, les matériaux employés pour cette construction furent de mauvaise qualité ; ils nécessitent un coûteux entretien. Nous pourrons même dire avec M. Gaspard : « La destruction de cette pièce monumentale n’est qu’une » affaire de temps, et la somme énorme qu’elle aura » coûtée ne nous aura assuré qu’une ruine et des >> décombres. »
Aux travaux de l’église Saint-Eloi se rattachent le souvenir d’André Durand, l’appareilleur en chef de la Salle de Bordeaux, et celui du sculpteur Titeux 1 .
C’est à l’époque de la présence de Louis à Dunkerque qu’eut lieu son voyage à Liège, en compagnie de Grétry, son ancien camarade de Rome. Les deux célèbres artistes furent reçus comme des princes ; le 2 1 décembre 1782, Grétry se rendit, le soir, à la Comédie, et fut conduit à la loge municipale, « où les bourguemestres- » régents le placèrent au milieu d’eux; les comédiens » donnoient son charmant opéra de l'Amant jaloux, ï précédé d’un divertissement analogue à la présence de » l’auteur... Le 23, la Société d’émulation tint une séance » publique extraordinaire, à son occasion; elle le fit » complimenter par son secrétaire perpétuel, et elle remit » à M. Louis, l’architecte du roi de Pologne, directeur » général des bâtiments de M. le duc de Chartres, qui
1 Titeux (Philippe-Joseph-Hyacinthe), né à Saint-Hubert (Ardennes), en 1744, mort à Fresnoy le g février 1809; après qu’il eut coopéré à la décoration du Grand-Théâtre de Bordeaux, Louis le chargea de diriger tous les travaux de sculpture de l’église Saint-Éloi, de Dunkerque; il fit de ses mains la chaire à prêcher. Son petit-fils, Philippe- Auguste Titeux, obtint à Paris, en 1842, le premier grand prix d’architecture, et mourut à Athènes le ier février 1846. (Voir la notice sur le sculpteur Titeux dans la Biographie ardennaise de l’abbé Boulliot.)
)) avoit fait le voyage de Liège avec M. Grétry, une » patente d’associé honoraire 1 . »
Louis était doué d’une étonnante organisation; ainsi, au sujet des immenses projets du Palais-Royal, qui suscitaient toujours des critiques acerbes, l’artiste ne trahissait aucun découragement; son séjour à Bordeaux l’avait tout à fait aguerri ; maintenant, il menait de front, haut la main, les affaires et les plaisirs. Ainsi, pendant qu’il « dirigeait des entreprises considérables pour le duc )) de ‘Choiseul, sur les terreins avoisinant la Comédie » italienne2, » il trouvait assez de loisirs pour composer une pièce, le Prince dupé3 4, qui fut jouée en février 1784, par la troupe de Mme de Montesson, sur le théâtre du duc d’Orléans, rue de Provence. Il n’est même pas impossible qu’il ait joué lui-même, comme le faisaient le Duc, Mme de Montesson +, le chevalier de Cossé, secondés par des acteurs de talent.
Vingt mois plus tard, Louis-Philippe d’Orléans mourait à Sainte-Assise, le 18 novembre 1785, laissant une fortune considérable à son fils, le duc de Chartres, qui prit alors le titre de son père et fit poursuivre, avec
1 Mémoires secrets, t. XXII, p. 37 à 3g.
2 Actes de l’Académie de Bordeaux, 187g : Victor Louis, par Charles Durand, p. 1 17.
3 Mémoires secrets, t. XXV, p. 182 : « On donnera pour petite pièce le Prince dupé, par M. Louis, de l’Académie d’ Architecture. » (C’est à tort que les Petites Affiches donnent ce titre à Louis, puisqu’il ne fut même jamais académicien de seconde classe.)
4 Montesson (Charlotte-Jeanne Béraud de Lahaie de Rioux, marquise de), née à Paris en 1737; devenue veuve du lieutenant-général marquis de Montesson en 176g, elle s’unit, par un mariage secret, au duc d’Orléans, petit-fils du Régent, le 24 avril 1773; son amabilité, ses vertus, ses talents, la firent respecter de toute la Cour; pour distraire l’esprit chagrin de son époux, elle composa des pièces de théâtre qu’elle faisait représenter dans ses appartements, et où elle jouait toujours un rôle. Madame de Montesson mourut à Paris, dans son hôtel, rue de la Chaussée d’Antin, le 3 février 1806.