THÉÂTRE DU PALAIS-ROYAL A PARIS
une nouvelle impulsion, les grands travaux du Palais Royal.
C’est ici qu’il faut placer l’exécution du second plan de Louis % qui amena, dans la partie de l’angle sud-ouest du Palais, d’importantes modifications. Par suite de l’incendie de l’Opéra1 2, la cour intérieure, où se trouvait précédemment l’orangerie, fut destinée à l’élévation d’un nouveau théâtre, et les bâtiments des trois côtés du jardin étant achevés, l’architecte entreprit la fondation de la colonnade qui devait les séparer de la cour royale ou cour d’honneur.
Dans l’historique de ces travaux, MM. Fontaine et Yatout ne parlent pas d’un personnage plus spécialement occupé des intérêts financiers du Prince, l’abbé Baudeau3, que les Mémoires secrets désignent comme veillant à la location des bâtiments, ayant « imaginé de former, dans l’espace entre les parties de colonnes déjà élevées à une certaine hauteur, une espèce de foire perpétuelle 4. »
1 Voir Parallèles entre plusieurs maisons de souverains; Plan général du req-de-chaussée du Palais-Royal, par M. Louis, architecte, année 1784. PI. n» v.
2 On a vu, p. 480, que cet incendie précéda de quatre jours 1 adoption du premier plan. L’espoir de conserver l’Opéra dans les dépendances du Palais-Royal, malgré l’opposition .de la commune de Paris, fit alors concevoir au duc de Chartres le projet d’établir -une nouvelle salle de spectacle, à l’opposé de l’emplacement de l’ancienne; le plan de cette nouvelle salle est reproduit dans le plan général de 1784, cité ci-dessus.
3 Baudeau (Nicolas), économiste, hé à Amboise en 1730; il fut destiné d’abord à l’état ecclésiastique, de là son titre. Vers 1765, il abandonna le professorat de théologie qu’il exerçait à l’abbaye de Chancelade, et vint à Paris, où il fonda le recueil périodique connu sous le nom des Êphémérides du citoyen, etc. En 1771, il fit paraître son plus remarquable ouvrage, intitulé : Première introduction a la philosophie économique. Les Mémoires secrets citent des faits nombreux se rapportant à l’abbé Baudeau, surtout pour les constructions du Palais-Royal, où il devint à la fois le conseiller financier des projets du duc d’Orléans et celui des entreprises de Louis; il mourut vers 1 792*
4 Mémoires secrets, t. XXVI, p. 269.
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L’abbé Baudeau était, avec Louis, du petit nombre des conseillers intimes de Philippe-Joseph d’Orléans, et cette intimité nous explique l’intérêt que le prévôt des économistes prit au projet le plus grandiose que conçut pour l’embellissement de Bordeaux le génie du célèbre architecte : la construction de la place Louis XVI, sur l’emplacement du Château-Trompette.
Ce splendide projet allait ramener Louis à Bordeaux cinq ans après son départ de cette ville où bien des fois dans ses lettres à l’Intendant il s’était écrié : « Au nom du ciel, Monsieur, chassez-moi de ce maudit pays; j’y mourrai ! » Louis ne devait pas y mourir, mais la grande entreprise qu’il y rêvait lui suscita de nouvelles vicissitudes, qui répandirent sur les derniers jours de son existence une teinte de tristesse et de découragement.
Contrairement à ce qui a été dit jusqu’ici, Louis n’eut point la première idée de la démolition du Château et de l’exploitation de son emplacement. Bien avant la venue de l’architecte à Bordeaux, des spéculateurs et des ingénieurs de cette ville s’étaient préoccupés très vivement de ce projet; c’était une idée vieille, vieille d’au moins quinze ans, puisqu’en 1771 M. de Beauvallon1 exposait un tableau de distribution du terrain sur lequel s’élevait la forteresse. — « Qui l’auroit dit à Vauban, lorsqu’il se plaisoit à présenter les plans du Château-Trompette à Louis XIV..., que cet ouvrage ne subsisteroit pas un siècle 2 ? »
En effet, vers 1780, tous les esprits sensés reconnaissaient l’inopportunité de cette fortification à l’intérieur du pays; sa raison d’être se comprenait après la conquête
1 Beauvallon (Antoine de), ingénieur à Bordeaux.
2 Mémoire sur le Château-Trompette, 1 788, in-8°, p. 8.