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de la province de Guienne; elle se concevait, à la rigueur, après les troubles de la Fronde; mais, sous Louis XVI, ces remparts devenaient superflus. Le Château n’était plus qu’une caserne, et les canons des bastions n'avaient d’utilité que pour saluer des princes voyageurs, ou pour tonner en des jours de gala.
Il faut aussi tenir compte que, depuis 1750, la ville avait vu s’opérer des accroissements sensibles; déjà, l’on pouvait prévoir, dans un avenir prochain, la réunion du faubourg des Chartrons à l’antique cité. — Malheureusement, à toutes ces larges vues s’opposait l’intérêt des situations acquises : le grand commerce bordelais était établi dans la paroisse Saint-Michel; les hôtels des Jurats et des membres du Parlement se groupaient autour de l’Hôtel-de-Ville, et la vieille noblesse de Guienne habitait les paroisses Saint-Projet, Saint-Christoly, Saint André. Tous les puissants d’alors n’étaient point satisfaits de l’agrandissement du quartier de la nouvelle Salle de spectacle, et, par suite, ils firent à l’adoption du projet de Louis une opposition des plus vives dont nous allons, à grands traits, résumer les péripéties.
Vers le mois de juin 1781, M. Lemoyne, ancien commissaire de marine à Bordeaux, demandait confidentiellement à son ami l’ingénieur Beauvallon, si l’achat de la forteresse, sa démolition et l’exploitation du terrain qu’elle occupait, seraient une heureuse entreprise ? A ces questions l’ingénieur répondait :
« Il y a matière à faire une bonne affaire, mais la
» moindre erreur peut la rendre ruineuse . Plus je
» réfléchis sur l’affaire du Château-Trompette, plus elle » me fait frémir; je trouve la marchandise furieusement » chère à 4 millions; il s’agit de placer vingt mille
» toises de terrein dans la ville de l’Europe où l’on » est habitué de bâtir sur le plus petit espace possible.... » Je sçais qu’il existe un nombre de gens qui, sans la » réflexion nécessaire dans une affaire de la conséquence » de celle-cy, et ne voyant que le prix d’un seul empla- » cernent, ou de trois ou quatre, font des offres échappées » des petites maisons; de vous à moy, faj entendu » Louis estimer le Château 6 à y millions; il se seroit » donné des soins pour faire une société, et l’auroit » engagée à en donner cette somme, avec une espèce de » certitude de gaigner, par une forte commission, ou un » bon traitement pour faire les ventes, et pour les » constructions qu’il espéroit faire tant pour le public » que pour la compagnie 1 . »
Un mois plus tard, Beauvallon s’exprimait ainsi : <c J ai présumé, par votre silence sur l’affaire qui nous a » occupés, que quelques évènemens en empêcheroient la » négociation; je ne me suis pas trompé; il faut attendre,
» et que vos amis soient en mesure. »
Jusqu ici tout paraissait se passer d’une façon mystérieuse; 1 ingénieur réclamait le secret le plus absolu, et faisait recopier ses lettres, pour que son écriture ne fût vue que du copiste et de son ami.
Cependant, cette affaire ne fut pas tenue longtemps secrète, puisque, peu d’années après, deux nouveaux projets au moins étaient placés sous les yeux du Roi. On lit, en effet, dans le catalogue du Salon bordelais de *787 • * N 65. Lhote, architecte : Vue perspective de
Papiers de M.Lemoyne, commissaire-ge'ne'ral de la marine, à Bordeaux Bibliothèque de la Ville, section des manuscrits. Lettres de Beauvallon des 14 et 17 juillet et du 25 août 1781. Ces lettres sont accompagnées d un plan et d’un rapport très détaille' sur la marche à prendre pour mener à bien cette entreprise.
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la place Louis XVI et d’un jardin projeté, au pied de la statue projetée 1 sur I emplacement du Château 1 rompette, mise sous les yeux de S. AI,, en novembre 1784, avec un plan de distribution des terreins. » Ce plan avait été critiqué dans une brochure intitulée V Amateur et le Négociant, laquelle comparait les projets de Lhote et ceux de Louis, et donnait l'avantage à ce dernier2. Il est donc établi que, vers la fin de l’année 1784, la question de la démolition du Château Trompette était à l’ordre du jour. C’est pourquoi le Procureur syndic de l’administration municipale, l’avocat Buhan, en entretenait, le 27 décembre, le sieur Servat chargé d’affaires de la Ville, à Paris : « L’affaire de » l’amortissement des terreins, sur lesquels notre Salle » des spectacles a été bâtie, se trouve suspendue, dans ce » moment, par l’événement d’une autre bien plus impor- » tante. Il est publié, ici, que la vente du Château » Trompette et de tous les terreins qu’on suppose en » dépendre vient d’être consommée. » Et huit jours après, le 4 janvier 1785, M. Buhan écrivait : ce On est très » persuadé, ici, qu’il n’est plus question de la vente du » Château, faute d’actionnaires qui soient disposés à en » faire les fonds. On est bien convaincu que cette entre- » prise seroit ruineuse pour les adjudicataires; ils ne » retrou veroient point leurs fonds dans l’espace de » cinquante ans, qui suffiraient à peine pour procurer la
1 Le 26 décembre 1783, le maréchal de Mouchy avait écrit aux Jurats de Bordeaux :
«Je vous remercie de m’avoir fait part de la demande très prématurée » que vous avez faite au Roy de sa Statue, pour la mettre dans une place » qui ne sera pas faite dans trente ans ....» ( Archives municipales de Bordeaux. Lettres des Gouverneurs de Guienne, série AA, n° 19.)
2 Voir pour les dispositions générales de ces deux projets : Histoire des Théâtres de Bordeaux, p. 108.
» revente des terreins 1 . . . » Néanmoins, sans perdre de temps, les Jurats avaient adressé un mémoire au maréchal de Ségur, ministre de la guerre, pour réclamer, au nom de la Ville, la propriété qu’elle prétendait avoir des glacis et esplanades du Château. Mais le ministre leur répondait que « ces sortes de questions ne » concernoient en rien le département de la guerre ; qu’ils ï dévoient s’adresser au Contrôleur général des finances » ou au Conseil du Roy. »
Tandis que les propos les plus divers se tenaient à Bordeaux, que la municipalité se préparait à s’opposer à l’aliénation de la forteresse 2 et que le plan de Lhote réunissait l’assentiment général des Bordelais, Louis, par de grandes influences et surtout par la puissante protection de Galonné, obtenait l’adoption de son magnifique projet; le i5 août 1785, étaient données à Versailles les lettres-patentes du Roi, qui ordonnaient la démolition du Château-Trompette, et déterminaient les différentes constructions à faire sur son emplacement, ainsi que d’autres établissements utiles à la ville de Bordeaux.
M. Detcheverry a très longuement détaillé les faits qui précédèrent et suivirent la concession du Château3 à une compagnie dont Louis était l’âme, mais dans laquelle il ne figurait pas en nom. Ce qui compliquait même cette entreprise et devait amener d’inextricables embarras, c’est que le seul concessionnaire en titre, le chevalier
1 Archives municipales. Correspondance des Jurats. Série DD, n° 93.
2 La Cour des Aides de Bordeaux fit paraître le 8 avril 1786 des remontrances à ce sujet. ( Hist . des Théâtres, p. 122.)
3 Voir le chapitre VI de Y Histoire des Théâtres de Bordeaux, p. 107, pour l’acte de société du 27 février 1785, passé entre Louis et les sieurs Reboul et Montmirail, la retraite de Reboul et le nouvel arrangement entre Gaudran, Montmirail et Louis.
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Mengin de Montmirail-, n’était pas le véritable bailleur de fonds. Ce fut un conseiller à la Cour des Aides de Paris, messire Jacques de Regnier1 2 3 4, envers lequel Montmirail et son associe, Antoine Gaudran, écuyer, consentirent une obligation de 7,5oo,ooo livres, qui devaient être employées au payement des matériaux du Chateau-Trompette, dont la vente avait été consentie à Mengin de Montmirail, le 17 décembre i785, par le Contrôleur général de Calonne et l’Intendant des domaines de forges^, commissaires du Roi. L’intérêt de Louis, dans cette spéculation, était fixé d’abord à 100,000 livres d’honoraires, pour ses plans, et à la
concession de 3,869 toises de terrain, <r . pour le
» remplir de ce qu il auroit droit de prétendre pour ses » services passés, présents et futurs, que de ce qui » pourrait lui revenir et appartenir, en vertu dudit acte, » dans les bénéfices et produits de la concession, quels » qu’ils puissent être. »
Le 20. janvier 1786, quatre mois et demi s’étaient écoulés depuis la publication des lettres-patentes; Louis vint à Bordeaux, en compagnie de l’abbé Baudeau 4 que l’architecte tenait à consulter sur le parti le plus
1 Mengin de Montmirail (Messire Philippe-Martin), chevalier, conseiller secrétaire du Roi, maison-couronne de France et de ses Finances, grand audiencier de France et conseiller en la Cour des Aides de Paris.
2 Regnier (Jacques-Marie-Joseph de), chevalier, conseiller du Roi en la Cour des Aides de Paris.
3 Forges (André-Charles-Débonnaire de), chevalier, conseiller du Roi, maître des requêtes ordinaire de son Hôtel, intendant au département des Domaines et Bois.
4 Voir Journal de Guienne , t. I, p. 83.
«c On sait que M. de Calonne, connoissant cet abbé pour un homme très versé dans les matières économiques, l’avoit fait inviter, au commencement de l’Assemblée des Notables, pour venir l’aider de ses lumières et travailler entre lui et M. Le Noir.» ( Mémoires secrets . t.XXXV, p. 5.)
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avantageux qu’il y avait à tirer de la division des terrains du Château. A dater de cette époque, l’artiste fut l’homme des vastes entreprises; mais, s’il conserva pour le tracé de ses plans une étonnante habileté, il se montra peu clairvoyant au sujet des spéculations où l’entraînèrent des financiers aventureux.
Pour mieux faire saisir le rôle actif et multiple de Louis dans les dernières années de sa vie, nous avons eu la bonne fortune de voir publier, en 1879, par l’Académie de Bordeaux', une série de lettres presque toutes en possession de M. Charles Durand, architecte, membre de cette Académie. Ces lettres fournissent sur les événements qui vont survenir des renseignements aussi précis que curieux.
En outre des inquiétudes que lui donnait son grand projet de Bordeaux, Louis était fort occupé par les constructions du Palais-Royal, qui ne marchaient pas avec la célérité désirable; la modification du tracé primitif, les circonstances politiques , les questions d’argent, furent les causes de bien des lenteurs. C’est alors que Louis détacha des chantiers du Palais-Royal Gabriel Durand, qu’à bon droit il considérait comme un de ses meilleurs amis, et le chargea de hâter les démolitions du Château-Trompette et les fondations des premiers ouvrages.
Gabriel Durand, sous le titre d’inspecteur général des bâtiments de la nouvelle place Louis XVI, à Bordeaux, partit pour cette ville, où il arrivait au commencement de 1786, afin de prendre la direction des travaux1 2. Une
1 Actes de l'Académie de Bordeaux, 1879, p. 117, V. Louis , etc., par Charles Durand.
2 Aux notes biographiques indiquées page 1 65 , nous ajouterons ce passage du Bilan historique de Gabriel Durand: «En 1782, M. Louis
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correspondance des plus actives fut, dès ce moment, échangée entre l’architecte et son inspecteur ; correspondance qui fait connaître l’ardeur que Louis mettait à conduire à bien son grand projet, la prévoyance qu’il apportait dans ses conseils pour l’établissement des fondations des maisons du quai de Calonne, enfin la rapidité vraiment prodigieuse avec laquelle il composa les plans du Théâtre-Français.
Louis à Gabriel Durand ' .
«A Paris, ce 25 avril 1786.
» Je n’étois pas moins inquiet, mon cher Durand, de » savoir à quoi m’en tenir sur la partie du sol que j’avois » laissé à fonder après mon départ. On m’avoit bien » écrit qu’on espéroit trouver le bon sol, mais on ne )> m’avoit rien annoncé de certain sur cela. Enfin, vous » m’annoncés que vous avés commencé àétablir. J’imagine » que vous avés fait toutes les réflexions convenables
m’engagea à quitter Bordeaux.... Je ne balançai pas à me rendre à Paris dans les premiers jours de 1782, où je fus chargé de suitte de la totalité
des immenses travaux du duc d’Orléans, au Palais-Royal et ailleurs .
Je demeurai à Paris jusqu’en 86; à cette époque, l’entreprise du Château-Trompette me fut offerte; je l’acceptai J’arrivai à Bordeaux au
commencement de 1786, où de suitte j’ouvris les atteliers de divers genres, pour l’érection du projet sur les terreins du Château-Trompette; les travaux de cette entreprise se continuèrent pendant l’espace de deux ans environ.» ( Actes de l’Académie de Bordeaux, 187g, p. 124,) 1 Les lettres de 1786 à 1788 portent diverses suscripùons, mais le plus souvent : A Monsieur Durand, inspecteur des batiments de la nouvelle place Louis XVI, qui se construit à Bordeaux; \e titre d'inspecteur général lui est donné deux fois, de même que celui à'' architecte et à? entrepreneur des travaux. Ces lettres, timbrées de Paris, étaient scellées de cire sur laquelle se voit encore l’empreinte du sceau dont se servait Louis, ce qui démontre que le grand artiste eut la faiblesse de céder à un sentiment de vanité, en faisant graver sur son cachet un mauvais rébus, en forme d’armes parlantes : à côté d’un Loup accroupi se dresse une Hie , instrument de paveur : Loup-H ie!
» ainsi que tout l’examen possible pour vous convaincre » de la bonté du sol; je le vois par le petit détail que » vous me faites sur la nature du sable et cailloux que » vous avés trouvé à cettè profondeur. Je pense comme » vous qu’il aurait été inutile d’aller plus bas, sans » risquer de trouver de l’eau en abondance et nuisible à » votre fondation. Mais il est de toute nécessité de faire » ce mur de face, en fondation, avec le procédé dont » vous m’avés envoyé l’idée. Pour persuadé (sic) que je » l’approuve, je joins à ma lettre un tracé de la coupe de » ce mur que j’ay signé1. Mais surtout ne ménagés rien » pour cette construction. Ayés attention que les pierres » dont vous vous serviras soient de la plus forte dimention, » dans le cour d’assise du bas, et de la meilleure qualité. )> Faites vos arcs renversés; ils sont absolument néces- » saires dans ce cas; je les préfère à tous les grillages » possibles, ne fesant qu’une masse totale qui s'opposera » incontestablement au fardeau qui sera élevé dessus et » qui pèsera nécessairement également. Mais, je vous le » répète, suivés bien ce travail; vous devés sentir les » conséquences de cette besogne. Employés les meilleurs «ouvriers et les mattériaux d’excellente qualité. Je » connois votre intelligence; je m’en rapporte à vous » absolument.
» Je vous prie, mon cher Durand, de mettre beaucoup » de célérité; nous voulons absolument élever dans » l’année les deux façades sur le quai de Calonne;
» préparés vous pour avoir élevé ces deux bâtimens
i Ce procédé représentait une suite d’arceaux renversés, ou sortes de pilotis en pierres reliés entre eux par la base et sur lesquels devaient s élever les façades du quai de Calonne. Grâce à l’amitié de M. Charles Durand, nous possédons ce petit croquis.
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» dans l’année. Je vous préviens d’avance, afin que » vous fassiés provision des matériaux nécessaires pour » n’éprouver aucun retardement, car il est indispensable » de remplir cette tâche; autrement nous mettrions un » siècle à cette besogne, et il ne faut y mettre que » trois ans. Je vous prie, mon cher Durand, de faire » tous vos efforts pour aller bien et très vite1.
» Forcés vos démolitions; nous aurons le Château » plus tôt que l’on ne le croit à Bordeaux. Nous » n’éprouverons aucune difficulté; c’est ce que je puis » vous assurer sans entrer dans des détails.
» J’irai à Bordeaux vers le mois de juin ou juillet; » je suis si accablé d’affaires que je n’ai pas un moment » à moy.
» Je suis tout à vous, mon cher Durand; comptés y> absolument sur moy. Bien des choses pour moy à » votre chère épouse.
» V. Louis. » ■
Le style enfiévré de cette lettre et les détails minutieux qu’elle contient forment un contraste frappant. Quand on songe à la lenteur, aux difficultés de voyager au xvme siècle, on est surpris des allées et venues de Paris à Bordeaux que projetait Louis.
Malgré ses nombreuses préoccupations au sujet du Palais-Royal, il ne suivait pas moins d’un œil attentif, à cent soixante lieues de distance, les particularités des premiers travaux du quai de Galonné. Ce qu’il faut
i A la date du 7 mars 1 78 6, on écrivait, de Bordeaux, au rédacteur des Mémoires secrets : « Les travaux sont commencés et se continuent avec la plus grande activité sur le terrein du Château-Trompette; presque toutes les rues sont alignées et tracées. » (T. XXXI, p. 166.)
encore observer, dans cette lettre, c’est le désir ardent qu’il témoigne de voir s’élever très promptement les bâtiments des deux façades : Mette \ beaucoup de célérité, autrement nous mettrons un siècle à cette besogne, et il ne faut y mettre que trois ans. Sa confiance dans la réussite de son projet était grande, mais il pensait que le succès de cette affaire tenait surtout à la promptitude de son exécution, bien certain que plus l’entreprise serait avancée, plus il serait facile de vaincre les obstacles, car Louis n’ignorait pas la toute-puissance des faits accomplis.
Le 27 mai 1786, nouvelle lettre à Gabriel Durand :
« Mon cher Durand, je pense, avant de prendre un » parti quelconque pour assoire nos fondations du côté » des Chartrons, qu’il seroit essentiel de sonder les murs » actuels du Château, en faisant une tranchée assez » profonde, auprès desdits murs, pour qu’on put juger » de la manière dont ces mêmes murs ont été établis. » Nous ferions très bien alors de suivre les mêmes » procédés qu’on a employés pour la fondation de cet » édifice. Nous n’aurions pas à nous reprocher d’avoir » suivi une marche incertaine. Ainsi, mon cher, ne » perdés pas un instant à découvrir le pied de vos murs, » et vous suivrés exactement les mêmes principes dont » on s’est servi, lors de l’établissement de ce fort. Vous » emploirés les pilots, si vous trouvés des pilots, ou » vous établirais sur la terre glaise, si l’on y a établi.
» Il y a un siècle que je n’ai vu M. de Montmirail. Il » a cependant, ce matin, dit à quelqu’un qu’il viendroit » diner avec moy avant que de partir pour Bordeaux. Je » ne sais pas s’il vous fait parvenir sufisamment de fond
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» pour aller le plus en avant possible. S’il y avoit quelques » difficultés de fond, mendés le moy afin que j’y supplée » d’une manière à ne pas vous laisser languir.
» Je pars demain matin pour Etampes. Je serai de » retour mardi à Paris. Je n’ai pas un instant à moy. Je » suis obligé de commencer tous les travaux du Palais » Royal, le premier juillet, et je n ai pas encore » commencé à faire mes études pour la salle que j’y y> dois bâtir. Je dois cependant commencer par là, mais » je suis si accable d’affaires que je ne puis pas trouver » le moyen pour travailler; je vais toujours courant.
» Avancés le plus possible, et faites moy part jusqu’au » moindre détail de votre affaire. Soyés bien tranquille; » quoi qu’on dise de votre entreprise, nous viendrons à » bout de tout sans difficultés. »
Déjà l’on voit poindre des inquiétudes ; « mais, disait Louis, s’il y avoit quelques difficultés de fonds, j’y suppléerais. » Quelle assurance, et comme nous sommes loin de l’homme, toujours inquiet, de 1776! Dès à présent l’artiste est trempé pour la lutte, et son énergie sera d’autant plus grande que les difficultés grandiront.
Voici les instructions que l’architecte adressait à Durand, quoique bien rassuré sur ses capacités. « Je ne » vous parle pas de la manière de construire; je compte » trop sur vos soins pour avoir la moindre inquiétude » pour cette partie.... Mettés, je vous le conjure, le plus » d’ouvriers, le plus d’activité et le plus de célérité » possible, pour nous retirer de ces cruelles fondations! » Cruelles, il est vrai, par le temps et l’argent qu’elles absorbaient. Louis, on le voit, veut prendre possession du sol au plus tôt, aller en avant ; mais, peu sûr du
lendemain, il tient à profiter de la présence au ministère de M. de Calonne, en faisant poursuivre avec vigueur les bâtiments du quai, qui portait déjà le nom du Contrôleur général1. Malheureusement, les concessionnaires du Château ne faisaient pas de ventes; Durand en prenait souci, à quoi Louis répondait : <c Si ces Messieurs ne » vendent pas, c’est qu’ils ont leurs raisons. Ne croyés » pas que ce soit deffaut de titre pour le faire. C’est un » projet (entre nous soit dit) qu’ils ont, qui me paroît des » plus raisonnable, quoiqu’il leur donne du ridicule, » quant à présent. Le public en reviendra, quand il » connoîtra leur opération2. »
Les craintes de Durand étaient cependant bien motivées; aussi l’architecte ne cessait de lui dire: «Faites » l’impossible, mon cher ami; il faut que nous ayons » monté les façades sur le quai de Calonne; il faut » qu’elles soient terminées cette année. » L’inspecteur opposait l’insuffisance des fonds, ce qui motivait cette réponse de Louis, datée de Paris, 2 5 juillet 1786 :
« J’imagine, mon cher Durand, qu’on ne vous fera » pas languir. On me dit chaque jour qu’on va fournir » l’argent nécessaire pour aller le plus vite possible. Je » l’espère autant que je le souhaite... Ne vous découragés » pas; nous parviendrons à tout et nous finirons notre » grande opération...
1 «Nos travaux delà place Louis XVI.... se poussent avec une vigueur «étonnante; chaque jour voit éclore quelque chose de nouveau. On «s’occupe des fondations du quai de Calonne du côté des Chartrons; « les rues sont toutes alignées et marquées par des pieux, en sorte « qu’on conçoit déjà quelques idées légères de -ce vaste et magnifique « ouvrage. « (6 mai, extrait d’une lettre de Bordeaux, Mémoires secrets, t. XXXII, p. 26.)
2 Victor Louis , etc., par Ch. Durand. Lettre du 10 juin 1786,