‹ Victor Louis, architecte du Théâtre de BordeauxChapitre 39 sur 86 · PLACE LOUIS XVI A BORDEAUX. 5 I · texte numérisé non relu

PLACE LOUIS XVI A BORDEAUX. 5 I

Trois mois après, une lettre du comte de Brienne autorisait Louis 1 à se transporter incessamment à Bordeaux, pour y faire travailler aux casernes; cette lettre dévoile le nœud de l’intrigue qui avait été imaginée en 1785 par de Calonne : Ainsi, les douze cent mille livres nécessaires pour bâtir les nouvelles casernes étaient, d’après M. de Brienne, à imputer sur les sept millions cinq cent mille livres dues au Roi par les sieurs de Montmirail et Gaudran. Donc, la quittance d’espèces sonnantes délivrée par M. Savalette de Langes, garde du Trésor royal, enregistrée par le Contrôleur général des finances le 11 octobre 1786, n’était qu’une quittance fictive. — Et lorsque M. Régnier vendait à Louis « 5,ooo toises carrées de terrein à prendre sur ceux formant l’emplacement du Château-Trompette, » pour lui tenir compte de ses honoraires et de ses avances dans son entreprise, M. Régnier vendait ce qu’il n’avait pas payé lui-même à MM. de Montmirail et Gaudran, et ces derniers au Roi. Seulement, à l’aide de tous ces contrats, d’un aspect régulier, les concessionnaires du Château-Trompette trouvèrent, pour commencer les travaux, des prêteurs dont les noms se lisent sur l’acte de vente consenti à Louis, prêteurs qui, persuadés que les obligations des concessionnaires avaient été remplies, se croyaient bien garantis par les inscriptions hypothécaires prises sur les terrains concédés. Dans toute cette opération que nous laissons au lecteur le soin de qualifier, Louis fut évidemment du nombre des victimes, car il fit, en pure perte, un apport sérieux : son temps et son génie.

1 Lettre de M. le comte de Brienne, ministre de la guerre, à M. Louis, de Versailles, 28 octobre 1788, imprimée à la suite de Y Acte de vente de terrains, etc.

On doit comprendre maintenant pourquoi les Jurats protestaient avec tant de vigueur contre la vente du Château et pourquoi M. de Secondât1 fulminait de violentes critiques sur l’administration de M. de Calonne 2; aussi, bientôt la situation réelle de cette affaire se dévoilant, une catastrophe éclata. « Des propos, qui parurent » d’abord calomnieux ou exagérés, se répandirent en » même temps et finirent par prendre de la consistance,

» en devenant des actes ministériels . Le contrôleur

» des bons d’État conclut à la nullité de la quittance » donnée par le garde du Trésor royal, et à ce que le » sieur de Montmirail fût tenu de payer les termes échus » du prix de sept millions cinq cent mille livres. » Tous travaux cessèrent; « un procès scandaleux s’engagea entre » le controleur des bons d État joint à l'administrateur » des Domaines, et les créanciers et acquéreurs3. » Finalement, un arrêt du Conseil du Roi, du 24 août 1790, déclara nulle et de nul effet la cession du Château T rompette au sieur de Montmirail, et les lettres-patentes du i5 août 1785 furent rapportées.

La construction des casernes au fort du Hâ fut également interrompue, par suite de l’arrêt mentionné cidessus; on a vu déjà que cette construction avait été ordonnée en 1785. Et cependant, les plans et devis signes et approuvés par le Roi, déposés au bureau de la guerre, l’avaient été aussi par le Ministre, et, par son ordre, Louis s’etait transporté à Bordeaux, où il demeura

1 Secondât (Jean-Baptiste, baron de), fils de Montesquieu, conseiller au Parlement de Bordeaux, agronome, physicien, naturaliste.

2 Pensées dun amateur de la vérité sur les affaires présentes, 1780. — m-S», sans nom d’auteur ni d’imprimeur. (Voir à la Table Bibliographique.) — L’auteur qualifie la construction du Théâtre: d’inepte magnificence.

3 Detcheverry, Histoire des Théâtres de Bordeaux, p. 121.

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