‹ Victor Louis, architecte du Théâtre de BordeauxChapitre 40 sur 86 · PLACE LODIS XVI A BORDEAUX · texte numérisé non relu

PLACE LODIS XVI A BORDEAUX

six mois environ1. Mais il fallut, tout à coup, faire arrêter les travaux, alors que les fouilles, les nivellements, les préparatifs étaient dans la plus grande activité, et donner l’ordre à l’entrepreneur de tout abandonner2.

Revenons maintenant à Paris, pour finir d’exposer cette période de la vie de Louis.

Les galeries du Palais- Royal étant terminées, l’architecte poursuivit avec activité la construction du théâtre faisant façade rue Richelieu et attenant presque à ce magnifique jardin, qui « entouré des plus riches magasins » de l’Europe, et formant une dépendance du palais du » duc d’Orléans, était le rendez-vous des étrangers, des » débauchés, des oisifs, et surtout des plus grands » agitateurs. Les discours les plus hardis étaient proférés » dans les cafés ou dans le jardin même. On voyait un » orateur monter sur une table, et, réunissant la foule » autour de lui, l’exciter par les paroles les plus violentes, » paroles toujours impunies, car la multitude régnait là » en souveraine3. » Ce n’est qu’en se rappelant ce qui se passait à cette époque si violemment agitée, que l’on pourra se rendre compte de l’énergique volonté de Louis. Aux graves questions sociales qui se discutaient chaque jour, et dont il ne pouvait se désintéresser, ajoutons les faits nombreux qui l’atteignaient directement au cœur : la chute de M. de Calonne; la mort de son ancien

1 Louis prit domicile à Bordeaux, chez M. Mathieu, a rue Porte- Richelieu,)) aujourd’hui rue Esprit-des-Lois, dans la maison dont il est question p. 443; il y résida du mois de janvier au mois de juin 1789.

2 Voir le marché qui fut passé' entre Louis et Durand pour la construction des casernes, fait en double le i3 janvier 1789, et le mémoire de Louis, montant à 180,000 livres, dont 162,000 d’honoraires ! (État des pièces remises par le citoyen Louis au secrétariat du District de Bordeaux, en conformité de la loi du 9 brumaire. — Archives départementales de la Gironde , Série O. — Fonds révolutionnaire.)

3 Thiers, Histoire de la Révolution française, t. I, p. 79.

protecteur Richelieu, mort inaperçue qui survint avant le grand orage; la ruine de la Pologne et les malheurs de son dernier roi; le renvoi de Necker, peu de temps après le retour de ce ministre aux affaires; émotions compensées, il est vrai, par le rôle ambitieux que jouait en ce temps mémorable Louis-Philippe- Joseph, duc d’Orléans. Et de grands évènements se succédaient : l’ouverture des États-Généraux, les débats violents de l’Assemblée et des clubs, les bruits tumultueux des places publiques, les massacres dans les rues, le peuple affamé marchant sur Versailles, et Camille Desmoulins arborant la cocarde verte, criant aux armes et soulevant cet élan populaire qui, trois jours après, renversait la Bastille.

Quand on se souvient de l’état d’agitation brûlante où se trouvait le pays, état si bien décrit dans un immortel ouvrage, que faut-il penser des dispositions d’esprit dans lesquelles devait être Louis, au milieu de cet ouragan, entouré d’artistes et d’ouvriers, et dirigeant avec art leurs travaux ?

C’est dans des conditions si inquiétantes que l’architecte acheva cette salle de spectacle et ce fut le jour même où l’Assemblée nationale décréta qu’elle conférait au Roi et à la Nation le droit de faire la paix et la guerre qu’eut lieu l’inauguration du nouveau monument, le samedi i5 mai 17901. Laissons maintenant à la parole si autorisée de l’architecte Fontaine, successeur de Louis

1 Galette nationale ou Le Moniteur universel, n° 1 35, samedi i5 mai 1790. — Journal général de la France, n° i3-j, 17 mai 1790, p. 55a. « L’ouverture de la nouvelle salle s’est faite avant-hier par un prologue d inauguration mal-adroit, satyrique et dont tous les traits ?"tJ’arU P°rter sur ,le Théâtre Français, (qui était alors à l’Odéon). . affluence était considérable mais bien mal composée. »

THEATRE DU PALAIS-ROYAL A PARIS. 52 t

au Palais-Royal, le soin de nous dire ce qu'était alors le Théâtre- Français :

« Louis, qui fut un des premiers à mettre en usage le » mode des charpentes en fer, et qui l’employa avec un » grand succès dans les autres parties du Palais, avait » déployé dans la construction du théâtre toutes les » ressources d’un savoir profond et l’adresse d’un homme » habile. Le comble, la voûte, les planchers, les supports » des loges et leurs appuis étaient en fer et en pots arrangés » avec des combinaisons admirables. Des escaliers en » pierre, larges, commodes, faciles et d’une légèreté » remarquable, occupaient à peine l’espace des escaliers » ordinaires. Le terrain donné était fort étroit, mais » ménagé avec art, il avait suffi à tout. Jamais, en aucun » lieu, dans un aussi petit espace, on n’avait su » trouver une salle de spectacle plus complètement » pourvue de tous ses besoins, Belle ouverture d’avant- » scène, grandeur de théâtre suffisante, distribution, » arrangement de loges commode, corridors spacieux, d dégagements nombreux, abords convenables, solidité » à toute épreuve, sans soutiens apparents, tout était » digne de remarque dans cet édifice que des mains » inhabiles osèrent dégrader I. » Tel était originairement ce théâtre, dont la création seule eût rendu célèbre son auteur, et cependant pas un mot d’éloge ne fut prononcé

i Le Palais -Royal, 1829, p. 3 2-61. Pour la description du Théâtre Français, voir: A rchitectono graphie des Théâtres de Paris , par A. Donnet, 1857, p. 117. Dans le procès-verbal d’estimation et de réception des travaux exécutés à la salle des Variétés, du 2 janvier au 4 novembre 1790, figure, comme entrepreneur de maçonnerie, André Durand et Titeux, maître sculpteur, pour la peinture et la sculpture, dont le mémoire s’élève à 82, o3o livres i3 sous 3 deniers. — Berruer fit aussi des travaux, entre autres deux statues, au-dessus du manteau d’Arlequin, portant un globe orné des armes de Mar d’Orléans. Le mémoire de

lors de son inauguration; mais, à vrai dire, l’heure était peu favorable aux arts de la paix : le trésor de la France était en détresse, les autorités en lutte, les provinces en armes !

Berruer se monte à g,ooo livres. ( Archives nationales, Série O, n° 20,270. Salle des Variétés, actuellement des Français.)

Ce monument, d’après M. Fontaine, coûta trois millions; il avait e'té construit sous le nom de Théâtre des Variétés, mais il fut inauguré sous celui de Théâtre du Palais-Royal; vers la fin de 1792 on l’appela Théâtre de la République, puis Théâtre Français, et de nos jours on le désigne sous le nom de Comédie Française.

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