‹ Victor Louis, architecte du Théâtre de BordeauxChapitre 44 sur 86 · SA MORT · texte numérisé non relu

SA MORT

département de la Seine, y domicilié, rue de la Place Vendôme, n° 200, division du même nom i ; marié à Marie-Emmanuel Bayon sur la réquisition à nous faite par François Mangin 3, âgé de soixante-cinq ans, propriétaire, domicilié à Paris, rue Coquillière, n° 400, quatrième arrond'; le déclarant a dit être beau-frère du défunt, et par Antoine-Casimir Ethis 4, âgé de cinquante-quatre ans, maître de forges, domicilié à Ferrière, dép* du Doubs, de présent à Paris, rue du Croissant, n° 6, troisième arrond*, lequel a dit être ami de la famille du défunt.

» Signé : Mangin, Ethis.

» Constaté, suivant la loi, par moi soussigné :

» Lecordier, adÿ.

» Pour extrait conforme :

» Paris, le 8 mai 1 865.

» Le conseiller d’Etat , secrétaire général,

» SEGAUD. »

«Il est trop tard pour moi... Tout est dit!» furent les dernières paroles de Louis. Mais ces paroles, qui

1 Cette rue, créée en 1703, reçut le nom de Louis-le-Grand, celui des Piques, à partir de 1793, puis celui de la Place Vendôme , jusqu’en 18 1 5, époque où elle reprit son premier nom. D’après les Almanachs du commerce de Paris , par de La Tynna, Louis demeurait en l’an VIII, rue de la Michaudière (sic), n° 824, dans un hôtel construit par lui, vers 1785, et qui était en sa possession, lors de son décès; hôtel qui de nos jours porte le n° 6 et que l’on trouve désigné dans la correspondance de l’artiste sous les nos 9 et 12; mais il est certain, d’après un mémoire autographe, que Louis avait quitté son hôtel de la rue de la Michodière, vers le milieu de l’année 1799, et v^nt demeurer rue de la Place Vendôme, n° 200, où il mourut.

2 Marie-Emanuel (sic) Bayon, dont nous avons longuement parlé, page 95, était née à Marcei, département de l’Orne, en 1746; elle mourut à Aubevoye, canton de Gaillon, département de l’Eure, le 29 mars 1825.

3 François Mangin et le sculpteur Philippe Titeux, dont il a été question pages 472 et 491, avaient épousé les deux sœurs de Louis.

4 Antoine-Casimir Éthis, oncle du gendre de Louis, né en 1746, mort en 1822, conseiller à la cour royale de Besançon. Il ne faut pas s’étonner de la qualité de maître de forges qu’il porte sur l’acte de décès de Louis. Avant la Révolution, Casimir Éthis était subdélégué à l’Intendance de Franche-Comté; les événements de 1789 ayant brisé sa carrière, il s’occupa, pendant quelques années, de l’exploitation de forges dans le Jura, mais il entra plus tard dans la magistrature. (Extrait d’une lettre de M. Edmond Ethis, de Besançon, petit-fils de A, C. Éthis.)

se rapportaient principalement à des questions d’intérêts compromis, devaient aussi résumer dans la pensée de l’artiste toute une vie de luttes et d’illusions déçues. . .

Cependant, avait-il bien raison de désespérer ? N’a-t-il pas triomphé de cette obscurité relative dans laquelle sa mémoire est longtemps restée? Si parfois ce la gloire a le pied lent », n’est-elle pas arrivée maintenant pour Louis? Si des récompenses honorifiques ne vinrent pas sanctionner ses succès, si les portes de l’Académie restèrent closes pour lui, n’eut-il pas l’heureux sort d’élever à l’honneur de son nom et de l’art national des monuments d’une renommée universelle, et surtout ce beau Théâtre de Bordeaux, auquel, par une douloureuse destinée, sont indissolublement attachés les événements historiques de 1871 ? Aussi, comme il était bien inspiré lorsqu’après l’achèvement de cette salle de spectacle, en s’éloignant, le cœur ému, l’amour-propre froissé, il s'écriait : « J'espère, et c’est ce qui me console, que » l'avenir m’en fera raison, et que la postérité et les » honnêtes gens m’en dédommageront . y>

Cette prophétie, nous l’avons vue s’accomplir sous nos yeux. Cent ans après l’inauguration du Théâtre de Bordeaux, le 7 avril 1880, l’heure de la réparation est arrivée et a été pour Louis un grand jour. Ses nombreux admirateurs, les représentants des Beaux-Arts et des Lettres, l’Administration municipale ont confondu leurs hommages pour lui dresser une statue; la population bordelaise a pris une large part à cette ovation, et l’Académie d’Architecture, qui eût été fière de le compter parmi les siens, s’est empressée de déléguer deux de ses membres pour assister au centenaire du chef-d’œuvre de ce maître, si bien caractérisé par un de ses éminents

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