COUPLETS
FAITS PAR M. MARMONTEL, A UNE FETE QUE LUI AVAIT DONNEE Mme LOUIS, FEMME DE L’ARCHITECTE.
Sur l'air : Daigne écouter l’amant fidèle.
Ici, pour moi, quel prodige s’opère?
Mon cœur renaît, je me sens ranimer.
Ah! c’est vieillir que de cesser de plaire,
C’est rajeunir que de se voir aimer.
Tendre amitié, que ta faveur m’honore Et de tes soins que le charme est touchant !
C’est toi qui veux me rendre heureux encore Et de tes fleurs embellir mon couchant.
Divins talents, plaisirs de l’innocence,
Des dons du ciel le plus pur, le plus beau,
Prolongez-moi voire douce influence Et ma vieillesse oubliera le tombeau.
Quoi! De vos mains je reçois la couronne Ah ! c’est à vous que je dois la donner.
Oui, que des cœurs le suffrage la donne :
C’est vous partout que l’on va couronner.
Parques, filez lentement, je vous prie;.
Qu’un jour pareil me soit encore permis ;
Tant de bonheur me fait chérir la vie;
Elle est charmante avec de tels amis.
« M. Marmontel habite depuis quelques années une petite ferme à l’acquisition de laquelle il a employé les derniers débris de sa fortune , elle est dans le voisinage d’une riche abbaye 1, aux environs de Rouen, dont M. Louis est devenu le propriétaire et où il est retiré avec toute sa famille. »
1 La chartreuse de Gaillon.
SON ENFANCE. — SES PREMIÈRES ÉTUDES ( i 7 3 i - i 7 5 5 )
C’est à Paris, entre le quartier Saint-Martin et celui du Marais, dans cette partie de la ville qu’on pourrait appeler le faubourg Saint-Germain de la rive droite, en raison des vieux et beaux hôtels qui s’y trouvent encore, que naquit l’architecte Louis le io mai i y3 r , rue du Pont-aux-Biches1 2.
Cette date de 1731, si franchement opposée à celles de 1733 et 1735, données par MM. Louis Dussieux % Adolphe Lance3 4 et Firmin Didot4, nécessite la publica-
1 La Rue du Pont-aux-Biches, quartier Saint-Martin, n’existe plus aujourd’hui. Elle faisait la continuation de la rue de la Croix jusqu’au coin des rues Notre-Dame-de-Nazareth et Neuve-Saint-Martin. Ce nom lui venait d’un petit pont construit sur l’égout pour faciliter la communication des deux rues auxquelles elle aboutissait et d’une enseigne représentant des biches. ( Tableau historique et pittoresque de Paris. Paris, H. Nicole et Le Normand, 1809, 3 vol. in-40. Voir vol. II, p.435.)
2 Les Artistes français à l'étranger. Paris, Gide et Baudry, 1 856, gr. in-8°, p. 38g.
3 Dictionnaire des A rcliitectes français . Paris, Ve Morel, 1 872,1. II, p. 88.
4 Nouvelle Biographie générale. Firmin Didot frères, Paris, mdccclx, 3 Ie vol., col. 1040.
tion du document primordial à toute biographie, document d’autant plus précieux que les archives de 1 état-civil du département de la Seine ont été anéanties en 1871.
Extrait du registre des actes de naissance de la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs « .
« Le treize may mil sept cent trente-un a été baptisé par nous, prestre soussigné, Louis-Nicolas, né de jeudy dix de ce mois, fils de Loiiis Louis, maître maçon, et de Marie-Catherine Guedon, sa femme, demeurants rue du Pont-aux-Biches. Le parrein, Nicolas Lambert, maître paveur, demeurant rue de la Tannerie, paroisse Saint-Gervais; la mareine, Michelle-Madeleine Le Duc, femme de Simon-François Selle, maître maçon, demeurant tue de la Croix, qui ont signé.
» Signé : MM. Le Doc, Lambert, L. Louis et Le Disser, prestre.
» Pour extrait conforme :
» Paris, le 2 juin i865.
» Le Conseiller d'État, secrétaire général, » SEGAUD. »
La première observation qui se présente après la lecture de cet acte, est celle relative aux prénoms de Louis, bien différents de celui mis au bas de ses dessins et des nombreuses lettres originales qui se trouvent à Bordeaux, à la Bibliothèque de la Ville et dans les Archives municipales et départementales.
Des raisons de pure fantaisie sans doute ont engagé l’artiste à supprimer le nom de Nicolas, qu’il tenait de son parrain, le maître paveur Nicolas Lambert, et de là provient la cause qui a le plus dérouté les
1 Les actes de naissance et de décès de Louis-Nicolas Louis ont été déjà publiés dans le tome VI des Archives historiques de la Gironde, p. 433, 434.
chercheurs dans les registres de l’état-civil de la ville de Paris1.
Louis conserva ses prénoms de Louis-Nicolas pendant toute sa jeunesse. C’est ainsi qu’il est désigné sur les registres de l’ancienne Académie royale d’ Architecture de 1746 à 1755, et jusqu’à son retour de Rome. Mais à partir de 1 765, et surtout dans la période la plus brillante de sa vie, le célèbre architecte signa toujours Victor' Louis. C’est sous ces noms que sa gloire s’est faite, et de même qu’il serait étrange, dans une biographie de Molière ou de Beaumarchais, de ne désigner ces hommes illustres que sous les noms de Poquelin ou de Caron, les pages de ce livre ne rappelleront le plus souvent que Victor Louis.
Il est bon de faire observer que le milieu dans lequel s’écoula son enfance, dut tout naturellement le prédisposer aux études d’architecture : fils d'un maître maçon, ayant pour marraine la femme de Simon François Selle, lequel était aussi de la même corporation, tout autorise à penser que les premières années du grand artiste se passèrent au milieu des ateliers de maçonnerie en plein vent, et qu’il reçut de maître Loüis Loüis les notions élémentaires de stéréotomie ou science de la coupe des pierres, dans laquelle il a montré plus tard tant d’aptitude et d’habileté.
Les progrès du jeune Louis furent rapides, et rien ne prouve mieux sa précocité que son admission à l’École royale d’Architecture avant l’âge réglementaire,
1 En 1866, M. Charles Nuitter, archiviste de l’Opéra, qui nous a fourni, avec une extrême obligeance, des renseignements pour cette biographie, nous écrivait ceci t « Les recherches faites aux archives de )> la ville de Paris, table décennale des décès (1793-1802), n’ont donné » qu’un résultat négatif. »
en 1 746, alors qu’il n’avait pas encore seize ans, et malgré l’article 52 du règlement concernant les élèves, article dont voici le texte :
«Article LU. — Nul ne sera nommé élève de l’Académie qu’il n’ait au moins seize ans, qu’il ne soit de bonne vie et mœurs et ne fasse profession de la religion et foi catholique, qu .1 ne sache lire et écrire et les premières règles de l’arithmétique, qu il ne dessine facilement l’architecture et les ornements et, s’il se peut, la figure; qu’il n’ait, autant qu’il se pourra, une teinture des lettres et de la géométrie, et quelques connoissances des auteurs, des règles et d’autres premiers principes d architecture, par rapport à la pratique et à la théorie de cet art.
» Exemption de la milice dans le cas où elle seroit tirée a Paris t. »
Louis, vient-il d’être dit, fut admis élève de l’Académie d’ Architecture en 1746. On lit effectivement son nom pour la première fois dans le procès-verbal du 19 décembre de cette année; et, sur la liste des quarante-cinq élèves, il est inscrit le quarante-quatrième, c’est-à-dire l’avant-dernier : Louis -Nicolas Louis, rue Chariot, au Marais et sans désignation du nom de son professeur. Ce n’est qu’au concours de 1748 qu’il est désigné comme élève de Loriot.
Mais avant d’énumérer les succès que Nicolas Louis obtint à l’École d’Architecture, n’est-il pas de toute
1 Cet article figure dans les deux règlements de l’Académie royale d’Architecture, datés du mois de février 1717 et du mois de novembre 1775. Voir les LX articles de ce dernier dans le Xe registre des procès-verbaux de l’Académie, p. 14 et suivantes. ( Archives de l'Institut de France, classe des Beaux-Arts.)
2 « La rue Chariot (quartier du Temple) fut percée en 1626 et appelée d’Angoumois; elle ne porte pas d’autre nom dans nos anciennes nomenclatures et sur tous les plans du xvne siècle; mais un riche financier, appelé Claude Chariot, y ayant fait bâtir plusieurs maisons, le peuple lui donna le nom de ce particulier, et ce nom lui est r^sté. » ( Tabl . de Paris , vol. II, p. 637.)
justice de consacrer quelques lignes à la mémoire de son maître ?
Louis -Adam Loriot est de nos jours complètement oublié, même de la plupart des architectes, et les dictionnaires biographiques, où son souvenir avait droit d’être conservé, ne donnent pas de renseignements sur lui, ou les donnent d’une manière inexacte L
D’après M. Lance, Loriot aurait été élu membre de l’Académie royale d’Architecture en ty35; il est certain que son nom se trouve, à la date du 28 août 1747, sur le VIIe registre des procès-verbaux de l’Académie en qualité de membre de la seconde classe. L’année suivante, à la séance du 4 mars, on annonça la mort de M Jossenay, et ses confrères délibérèrent sur la présentation de son successeur comme professeur d’architecture.
Le 18 mars eut lieu la proposition des candidats : Blondel, Loriot et Le Bon, tous trois académiciens de seconde classe, furent désignés. Le 22 avril, une lettre de M. Le Normand de Tournehem 1 2 donna connaissance du choix qu’avait fait le Roi de M. Loriot pour remplacer
1 M. Adolphe Lance, dans son Dictionnaire général des Architectes français, ne fournit sur Loriot que cette brève indication: «Admis à l’Académie d’Architecture en 1 735, il devint professeur en 1748 et mourut la même année. « La date du décès de Loriot n’est point exacte.
L e Dictionnaire de l'Académie des Beaux-Arts, en citant les quinze professeurs qui coopérèrent à l’enseignement académique, désigne Loriot comme « mécanicien remarquable, inventeur d'un mortier auquel on a donné son nom.r> (T. I, p. 107.) Le rédacteur de cet article, qui avait pourtant sous sa main les registres de l’ancienne Académie d’Architecture, a confondu Loriot, l’architecte, avec Antoine-Joseph Loriot, le célèbre mécanicien, né en 1716 près de Pontarlier, et mort à Paris le 9 décembre 1782. (D’après la Nouvelle Biographie générale de Didot.)
2 Le Normand de Tournehem, directeur général des Bâtiments du Roi, mort en 1751. Il eut pour su.cesseur M. de Vandières, depuis marquis de Marigny.
M. Jossenay, et le 29 avril le nouveau titulaire présenta le brevet suivant à l’Académie :
« Aujourd’huy, 20 avril 1748, le Roy, étant à Versailles, bien informé des talents, de la capacité et de l’expérience du sieur Louis-Adam Loriot, l’un des architectes de la seconde classe de son Académie établie au Louvre, à Paris, Sa Majesté l'a nommé et choisi pour remplir la place de professeur d’architecture de ladite Académie, vacante par le décès du sieur Jossenay. » (VIIe registre, page 1 6 1 .)
Sept jours après la présentation de ce brevet, Loriot figure, en sa nouvelle qualité, sur le procès-verbal de la séance du 6 mai 1 748, et le 1 3 mai le jeune Louis-Nicolas Louis est inscrit sur le même registre avec le titre d’élève de Loriot *.
A partir de 1749, au nombre des membres les plus exacts aux réunions de l’Académie et qui prennent une part très active à ses travaux, il faut citer le nouveau professeur, qui est très souvent chargé de faire des rapports sur des ouvrages présentés à l’examen des architectes du Roi; il assiste à toutes les séances de 1 année, comme le registre en fait foi, et son assiduité se continue les années suivantes.
Afin de donner suite à une. délibération du 18 janvier 1 7^3, Loriot fit un projet pour placer la figure équestre du Roi vis-à-vis le Pont tournant, projet qu’il soumit
à l’examen de ses collègues le if!r juillet 1754 2.
1 Voici les noms de quelques élèves de Loriot
iyfiS, renversée le 10 août 1792, et qui se trouvait auiourd hui 1 obélisque de la place de la Concorde.
Le lundi i3 février 1758, l’Académie était informée de la confirmation, par le Roi, de l’élection de Loriot à la première classe; mais ce ne fut que le lundi 14 août qu’il présenta son brevet à ses confrères pour être enregistré, bien que ce brevet porte la date du 6 avril.
En 1761, le 16 et le 23 novembre, Loriot présenta quarante-huit dessins à l’Académie pour le sujet de ses leçons, et le 22 décembre il fit un parallèle entre des églises gothiques et des modernes'.
L’année suivante, le i5 novembre 176a, Loriot donna sa démission de professeur d'architecture, et Jacques Blondel fut pourvu de sa place. On lit à ce sujet dans le VIIIe registre des procès-verbaux, page 126, l’extrait d’une lettre de M. de Marigny1 2, écrite de Fontainebleau, présentée et lue à l’Académie par M. Gabriel :
« Le sieur Loriot, Monsieur, m’ayant remis sa démission de la place de professeur de l’Académie royale d’ Architecture, Sa Majesté a nommé le sieur Blondel pour remplir cette place, et elle a créé, en faveur du sieur Le Roy, celle d’adjoint à professeur et celle d’historiographe de ladite Académie. »
Blondel fit immédiatement l’ouverture de ses leçons au Louvre, et prononça, à ce propos, un discours dans lequel il rendait justice à tant d’habiles maîtres, ses prédécesseurs; une large part de ses éloges revenait tout naturellement à Loriot 3.
1 On trouve sur le VIII' registre de l’Académie que Loriot soumit à son examen des plans et profils du portail de la cathédrale d’Orléans et des observations sur Notre-Dame de Dijon.
2 Marigny (Abel-François Poisson, marquis de), directeur général des bâtiments du Roi, né à Paris en 1727, y mourut le 10 mai 1781. Sa sœur, Mme de Pompadour, lui fit accorder, en janvier 1746, la survivance de la direction générale des bâtiments royaux qu’elle avait fait, l’année précédente, donner à Le Normand de Tournehem. ( Journal de Paris, t. II, 2° partie.)
3 Le discours de Blondel est inséré dans le VIIIe registre.
Mais l’heure définitive de la retraite avait sonné pour le maître de Louis, car à partir de 1763. sa signature devient très rare au bas des procès-verbaux, dans lesquels on peut constater qu’il ne prend plus une part active aux travaux de l’Académie. Désormais, sa présence aux réunions de ses confrères ne se produit qu’à de longs intervalles sur le VIIIe registre, où, dans le mois de septembre 1766, il appose son nom pour la dernière fois.
Dans la séance du lundi 4 mai 1767, l’Académie procéda, au scrutin, au choix de trois architectes du Roi, de la seconde classe, pour remplir la place vacante dans la première par la mort de M. Loriot. Son successeur fut M. Hazan, contrôleur des bâtiments du Roi, à Choisy, et cette élection fut communiquée à l’Académie, par une lettre de M. de Marigny à M. Gabriel, le lundi ier juin 1767.
Ce simple exposé chronologique des principales phases de la vie d’Adam Loriot prouve que Nicolas Louis était à bonne école, et l’on aime à penser que le vieux maître, avant de mourir , ayant eu la douce satisfaction de voir les succès de son élève, dut pressentir sa brillante carrière.
Reprenons maintenant le cours des études de Louis à l'École royale d’Architecture, de 1748 à i755, à l’aide des divers procès-verbaux contenus dans le VIIe registre de l’Académie.
Du lundi 6 mai 1 y 48.
“ L Academie étant assemblée, on a délibéré sur le sujet qu’on proposerait aux élèves pour concourir aux prix de cette année et on est convenu de leur proposer le sujet suivant : « Une bourse «pour le commerce , composée d’une cour de vingt-cinq toises
» en quarré, entourée de portiques colonnades au rez-de-chaussée. » La colonnade sera entourée de corps de logis distribués en » plusieurs grandes et petites pièces, à l'usage des négociants qui » y traitent de leurs affaires. »
» Les élèves feront seulement le plan du rez-de-chaussée et feront deux élévations, l’une d’une face extérieure, l’autre d’une face intérieure, et marqueront sur ces élévations un premier étage.
» On marquera sur le plan une chapelle, et sur l’une des élévations un pavillon pour y mettre une cloche destinée à avertir de l’heure de l’ouverture et de la clôture de la bourse. L’échelle sera d’un pouce pour toise.
» Les élèves apporteront leurs dessins et ils les exposeront à l’Académie le lundy 19 août matin, pour donner à la Compagnie le temps de les examiner, et on ne recevra aucun dessin qui ne soit fini, et tous ceux qui n’auront point achevé avant le 19 août ne concourront point pour les prix.
» Signé : Boffrand, Tanevot, de Cotte, Lespée, Le Grand, Blondel, Beausire, Chevautet, Godot, Loriot, Contant, Guillot -Aubry, de Luzy, Lespée fils, Le Bon, Camus, Cartaud, Le Dreux, Garnier de L’Isle. »
Du lundi i3 mai 1748 [.
« L’Académie étant assemblée, on a examiné les esquisses des élèves qui ont travaillé lundi dernier pour concourir aux prix de cette année, et, de toutes, la Compagnie n’en a reçu que six pour être mises au net. Ces esquisses sont de :
i° M. Lelu, élève de M. D’Isle.
2° M. Parvy (ou Parvis), élève de feu M. Jossenay.
3° M. Patte, élève de M. Camus.
40 M. Duvivier, élève de M. Camus.
5° M. Giroux, élève de feu M. Jossenay.
6° M. Louis, élève de M. Loriot.
«Toutes les esquisses de ces six élèves ont été signées de M. Loriot, professeur, et de M. Camus, secrétaire de l’Académie,
1 VIIe registre, p. 162 et 1 63 .
et resteront entre les mains du secrétaire pour être rapportées lorsque les élèves apporteront leurs dessins au net.
» Signé : Garnier D’Isle, Camus, Boffrand, Tanevot, Le Bon, Le Grand, Godot, de Cotte, Loriot, Beausire l’aîné, Beausire le jeune, Aubry, Chevautet, Lespée, Cartaud, de Luzy, Blondel. »
Du lundi 20 mai 1748 ’.
a L’Académie étant assemblée, M. de Boffrand a lu un discours prononcé par M. de Pouilly, lieutenant des habitants de la ville de Rheims, à la rénovation des officiers, le 6 mars 1748. Ce discours a pour objet l’avantage des mathématiques et des beaux-arts.
» On a mis en délibération si le sieur Louis seroit admis à composer pour les prix, et si son esquisse, qu’on a trouvée fort bien, seroit admise, quoiqu’il soit accusé d’avoir été aidé dans la composition de cette esquisse. L’Académie, pour s’assurer si cette esquisse étoit véritablement du sieur Louis, a décidé que M. Camus lui proposerait un sujet à sa volonté pour en faire une esquisse dans sa loge, sans en sortir, et, cette esquisse étant faite, l’Académie jugera, par les différentes touches des deux esquisses, si la première qu’il a faite pour concourir aux prix est véritablement de lui.
» Signé : Blondel, Boffrand, Gabriel, Loriot, etc. » Du lundi 77 juin 1748.
« Le sieur Louis, pour se conformer à la délibération du 20' mai dernier, ayant fait, en présence de M. Camus, une esquisse du sujet qu’il lui a proposé, et cette esquisse ayant paru à l’Académie aussi bien touchée que la première que le sieur Louis avoit faite pour concourir aux prix, elle a jugé que la première esquisse étoit véritablement de lui, et, en conséquence, elle a décidé qu’il seroit admis à mettre son esquisse au net pour concourir aux prix avec les autres qui ont été reçus. »
En 1748, Louis n’avait alors que dix-sept ans^ et
' VII» registre, p. 164.
l’incident du concours de cette année, qui vient d’être mentionné, démontre que l’on ne pouvait croire qu’il fût l’auteur d’un projet si bien conçu.
Le 2 septembre, le jugement eut lieu, et les prix furent décernés dans l’ordre suivant :
Ier prix : Parvis; 2e prix : Lelu; et 3e prix : Duvivier.
En 1749, Louis ne figure pas au nombre des sept élèves qui furent admis à concourir. Mais en 1700, d’après un extrait du Journal des placets, lettres, mémoires, renvois et décisions du Roy et de M. Le Normand de Tournehem, directeur général des bâtiments de Sa Majesté, — Académie, années 1750 et 1751 ', — son nom se lit en tête de la liste d’admission.
« L’Académie, assemblée ce lundy 4 may 1750, a donné pour sujet des prix aux élèves «une Orangerie de 60 toises de face » sur cinq toises de profondeur, avec le plan, profil et élévation, » sur une échelle de neuf lignes pour toise, avec un plan général » du jardin, de 120 toises de longueur sur la largeur de 60 toises, » dont l’échelle sera de trois lignes pour toise 1 2.
» J’ai reçu le même jour, sans avoir quitté l’Académie, les esquisses de ceux qui m’ont paru estre [admissibles] à l’Assemblée suivante, dont le nombre étoitde neuf concurrents; etl’ Académie, à l’Assemblée du 1 1 may, après avoir examiné les esquisses, elle n’a jugé que sept pour concourir aux prix, et a fixé que les élèves remettroient leurs ouvrages finis à l’Académie pour le lundy 17 août, pour en faire l’examen; elle ne jugera des prix que lorsque M. le Directeur général aura donné jour. Les sept concurrents sont MM. :
» i° Louis-Nicolas Louis-,
1 Archives nationales, S. O., n» io,og5.
2 Ce programme est pareillement reproduit dans le VIIe registre, p. 206, mais les noms des élèves admis sont inscrits dans un ordre différent: Moreau -Despreaux, Viltard, Hélin, Peyre, Julien Le Roy, Louis et de Wailly ; au lieu d’occuper la première place, Louis n’est ici qu’à la sixième.
» 2° Pierre- Louis Moreau-Despreaux, qui a gagné le troisième prix l’an passé;
» 3° Étienne Viltard ;
» 4° Charles de Wailly ;
» 5° Joseph Peyre;
» 6° Pierre-François Hélin ;
» 7° Julien Le Roy, qui a gagné le deuxième prix l’an passé. »
Les prix de 1750 furent ainsi distribués, d’après le procès-verbal du 3i août :
« L’Académie, étant assemblée pour le jugement du concours, accorde le premier prix à Julien Le Roy, le deuxième prix à Pierre-Louis Moreau-Despreaux, et l’accessit ou troisième prix à Charles de Wailly. M. de Tournehem, directeur général des bastimens du Roy, présent à l’Assemblée, a fait la distribution de ces prix. »
En 1751, le 17 mai, l’Académie donna pour sujet de concours :
« Une fontaine publique, décoration d’architecture de 20 toises » seulement de face, avec plan du rez-de-chaussée et d’entablement » détaillés, dont l’échelle sera de un pouce et demi par toise. » L’Académie leur laisse, au surplus (aux élèves), la liberté du » choix de l’ordre d’architecture pour y être employée. »
Sur quatorze esquisses présentées à l’admission, six seulement furent acceptées, dans cet ordre : celles des sieurs Moreau, Viltard, Hélin, Peyre, Louis et de Wailly.
Le jugement des prix eut lieu le 6 septembre et donna pour résultat :
Ier prix : Marie-Joseph Peyre; 2eprix: Pierre-Louis Moreau-Despreaux; 3e prix ou accessit : Pierre Hélin.
Le concours de l’année 1752 s’ouvrit le 8 mai; le sujet était ;
« Façade extérieure de palais, de soixante toises de longueur > pour la principale entrée, en supposant qu’il y aura une cour.
SON ENFANCE — SES PREMIERES ETUDES. l3
» entre deux ailes de batimens, comme au Luxembourg et à » l’Hôtel de Bourbon. Les élèves feront seulement un plan du » mur extérieur de ladite façade et de la décoration, et ne feront » rien pour le plan de la cour ni pour les batimens dont elle sera » environnée et sont dispensés de faire une coupe. L'échelle des » dessins au net sera d’un pouce par toise. Les dessins seront «apportés à l’Académie et y seront exposés le 21 août, pour y » être examinés. »
Louis fut reçu le premier sur les huit élèves admis en loge, mais il n’eut encore aucun succès : Charles de Wailly obtint le premier prix, Pierre Hélin le deuxième, et Moreau-Despreaux le troisième.
Au concours de 1753 ", Louis prit définitivement rang parmi les lauréats de l’Académie. Le procès-verbal de la séance du 3 septembre contient le résultat du jugement de cette année; en voici les termes :
« L’Académie étant assemblée extraordinairement à onze heures du matin, et M. de Vandières, directeur général des batimens du Roy, arts, jardins et manufactures royales, étant présent, on a procédé, par le scrutin, au choix des desseins qui méritoient les prix. »
Louis-François Frouard obtint le premier prix, Louis- Henri Jardin le second, et Louis-Nicolas Louis le troisième.
A l’égard de ce dernier, le procès-verbal s’exprime ainsi :
« Dans le troisième scrutin, le dessein marqué B, composé par le sieur Louis-Nicolas Louis , a eu la pluralité des voix pour
1 Le 14 mai 1753 l’Académie donna ce sujet de concours : Portail pour une église déjà construite , qui aurait 18 toises de largeur hors œuvre et 5 toises 4 pieds au milieu de la nef. Mais les esquisses n’ayant pas été trouvées en règle, l’Académie convoqua une assemblée extraordinaire, le 28 mai, et proposa, pour le prix de cette année, le sujet suivant : Projet de galerie de 5 0 toises de longueur hors œuvre, avec un talon dans le milieu. (VIL registre, p. 269.)
VfCTOR LOUIS.
l’accessit ou troisième prix. Le prix de cet accessit est une petite médaille d’argent, semblable à celle d’or du premier prix. »
Louis reçut cette médaille des mains de M. de Vandières; elle représentait le portrait du Roi, autour duquel on lit :
LVD. XV. REX CHRIST IANISS ;
au revers, la naissance de Mgr le duc de Bourgogne, avec cette légende :