RETOUR DE LOUIS EN FRANCE — SES PREMIERS TRAVAUX
De retour à Paris, Louis s’entoura de puissants protecteurs ; car s’ils ont été et seront toujours utiles, jamais ils ne furent plus nécessaires que sous les dernières années du règne de Louis XV , à cette époque où la marquise de Pompadour était le véritable ministre d’État, et son frère, le marquis de Marigny, son sous secrétaire au département des Beaux-Arts.
Voici comment s’exprimait, en 1761, V Observateur littéraire de l’abbé de La Porte, au sujet de l’influence de la marquise de Pompadour et de son frère sur les gens de lettres et les artistes :
« Les grâces approchèrent du trône; elles favorisèrent, à leur tour, le goût qui leur en avoit procuré l'accès. Une divinité bienfaisante rouvrit avec éclat les sources fécondes de l’émulation, si longtemps fermées à la Cour pour les gens de lettres et pour les artistes. Ce moment fut le signal d’une heureuse révolution dont le ministre actuel des arts a sçu distribuer si utilement tous les avantages. Pourvu de toutes les connoissances propres à assurer le goût sur des principes inviolables, ce jeune dépositaire des intentions et des faveurs du souverain est venu régner sur nos artistes, bien moins par le pouvoir qui lui est confié, que par les lumières dont il les a éclairés lui-même 1 . # ! ! !
Depuis son grand succès à l’École d’Architecture, Louis n’avait eu garde de négliger le surintendant général
et recherchait toujours ses bonnes grâces; d’un autre côté, M. de Marigny, qui faisait oublier son origine par ses connaissances, son zèle et son amitié pour les artistes, dut avoir de vives sympathies à l’égard du jeune architecte et lui procurer d’excellentes relations. Il est également un autre milieu que ne négligea point Louis, c’est-à-dire ces salons en vogue où le tout Paris d’alors se réunissait, ces bureaux d’esprit, comme on les désignait au siècle dernier. Aussi devait-il être un des habitués des dîners de Fréron1, des lundis de Mme Geoffrin2, et des réceptions du maréchal de Richelieu.
Louis, si bien disposé pour la courtisanerie, recherchait surtout le Mécène qui devait lui fournir l’occasion de mettre ses talents en évidence. Nul mieux que lui n était propre à la création de ces habitations pompeuses, de ces galeries admirablement agencées, de ces vastes appartements destinés à .voir circuler tout un monde ruisselant de broderies, de dentelles et d’élégantes parures? Louis n’était pas né pour l’architecture bourgeoise, et lorsque des robins ou des marchands enrichis le choisirent pour leur architecte, il ne leur construisit pas des maisons, mais il leur éleva des palais!
Dès le début de ses travaux, il ne dédaigna pas 1 influence des périodistes, désignation des journalistes de cette époque; il avait devancé son temps et
i fréron (Elie-Catherine), critique français, né à Quimper en 1710, mort a Pans le ,0 mars 1776; il tenait table ouverte comme un fermier general; il admettait surtout les flatteurs qui venaient l’encenser ou 1 amuser. ( LEspion ou l'Observateur anglais, t. III, p. 125.) et™; ^plx^ M' ,Cll?rle.s de Moüy : Correspondance inédite du roi ?™'atowski et de Madame Geoffrin, p. a5 ; et les mercredis, d apres L Espion anglais, t. IV, p. a3.
RETOUR EN FRANCE
pressentait déjà toute l’influence de la réclame; rien ne le prouvera mieux que de reproduire, malgré son style froid, emphatique, boursouflé, la lettre publiée dans Y Année littéraire de 1761 ’, à propos des réparations de la chapelle de Notre-Dame-de-Bon-Secours1 2 :