‹ Victorien Sardou et l'Oncle SamChapitre 5 sur 6 · LA FLIRTATION · texte numérisé non relu

LA FLIRTATION

(( Premier acte : Le Pont du bateau à vapeur » Saint-John. »

(( Deuxième acte : l'École de Flirtation.

« Troisième acte : la vieille France et la jeune » Amérique.

c( Quatrième acte : Sept Coups de revolver » pour une femme. »

Tout le journal-programme auquel j'emprunte cette nomenclature des quatre actes est consacré à Sardou. Le programme est à la première page. A la seconde, sous ce titre : Oncle Sam^ une affiche-annonce dont j'extrais ce qui suit :

« Cette semaine, M. Daily présentera au public la dernière nouvelle pièce due à la plume du grand écrivain dramatique M. Victorien Sardou, auteur de Patrie, de Fernande, du Roi Carotte et de beaucoup d'autres productions à sensation. C'est le début de M. Daily au grand Opéra Ilouse; le titre Oncle Sam en dit assez sur la pièce. La mise en scène est extraordinaire, telle qu'on ne la voit sur aucun autre théâtre de NcAv-York.

(( Cette comédie est une satire des mœurs américaines avec ses particularités; elle a à ce point alarmé la censure du gouvernement français, qu'on a défendu l'Onde Sam, pour ne pas blesser un peuple ami. M. Daily, au contraire, se plaçant sous la protection du public intelligent de New-York, a monté la comédie sans supprimer un mot, telle qu'elle est sortie de la plume de M. Sardou. M. Daily sait que le public des États-Unis n'en veut pas aux écrivains étrangers qui s'attaquent à ses ridicules, depuis les Notes de Dickens jusqu'à nos jours,

et il aime mieux s'amuser d'une satire que de bâiller à une apothéose de la grande République. »

Cette note du directeur est d'un Américain pratique, qui connaît son public. La grande République termine heureusement son boniment pour calmer les chauvinistes de New-York. La troisième page contient sous ce titre : Une Visite à Victorien Sardou^ un article fantaisiste qui est fort amusant pour ceux qui connaissent l'auteur.

Le journaliste américain fait le portrait d'un Sardou inconnu à Paris, tel qu'on se le figure à New-York, mais qui est bien loin de la réalité.

« Quand la vieille servante, écrit ce fantaisiste, m'eut introduit dans la galerie si connue des visiteurs de Maiiy, l'auteur de Frou-Frou s'approcha de moi et me tendit la main. M. Sardou a une excellente mémoire, et, quoiqu'il ne m'eût pas vu depuis seize ans, il me reconnut sur-le-champ.

(( Quel changement dans ces seize années,

depuis que je le visitai en 1857 dans sa misérable mansarde, près de l'Odéon, sur la rive gauche de la Seine ! Il n'était alors qu'un pauvre jeune homme, si pauvre que son futur beaupère lui refusa en ma présence la main de sa fille. Les autorités impériales voyaient à cette époque Sardou d'un fort mauvais œil, car on le disait imbu des idées démocratiques!

(( Et maintenant :

« Je le retrouvai avec des cheveux tout blancs dans un intérieur comme seul peut le rêver un auteur français millionnaire, entouré d'un luxe incroyable. Sa plume de fe**, depuis seize ans, s'était transformée en plume d'or. »

Cet échantillon suffit. Retrouver un Sardou avec des cheveux blancs, un petit Sardou ratatiné, que personne ne connaît à Paris, c'était réservé à mon confrèire de New-York qui assista en 1857 à cette terrible scène où un beaupère refuse à un jeune homme pauvre la main de sa fille. Toute la biographie est de cette force. Evidemment, fécrivain américain s'était trompé

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