L ÉPREUVE DE LOR
— Mon fils, doQne-moi cette lettre, me dit-elle d'un air moitié suppliant, moitié impératif; la mitre de Paul veut lire ce qu'écrit la mère de Victorin.
Je levai vers elle un regard étonné, je restai muet; mais une idée subite m'inspira un artifice ;
— Venez et vous lirez, lui répondis-je avec une franchise simulée.
Je la conduisis dans le cabinet de travail voisin, et prenant dans un tiroir une lettre précédente de ma mère, qui ne contenait que des compliments et de simples salu- Uitions, je la lui présentai. Après l'avoir lue avec attention, la comtesse me la rendit et ajouta :
— Oui, oui, on voit que c'est une femme au cœur délicat; elle vous aime éperdùment. Mais je me serais servie avec mon Paul d'expressions bien plas tendres encore.
— Madame la comtesse, ma mère a un style à elle : son amour, elle me le fait mieux connaître en se taisant qu'en s'exprimant.
— Votre mère? insista-t-elle avec une admiration compatissante.
— La mère de Victoria, repris-je aussitôt.
— Eh quoi! vous croyez donc avoir deux mères?
— Non, Madame ; chaque individu n'a qu'une mère : les uns l'ont riche, les autres l'ont misérable.
— Et vous, Paul de ces deux mères, laquelle avezvous ?
— Si j'étais Paul, elle serait riche.
— Si vous l'étiez! si vous l'étiez! Et si vous ne l'étiez pas?
— Madame, de quel côté irons-nous nous promener